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Elyes Ghariani : L'onde de choc des extrêmes européens atteint le Maghreb
Publié dans Leaders le 26 - 05 - 2025


Le spectre qui hante l'Europe
L'Europe, projet de paix bâti sur les ruines de la guerre, semble secouée par le retour d'une force que l'on croyait disparue : la droite radicale. Nationaliste, souvent xénophobe, obsédée par une vision figée de l'identité, elle gagne du terrain partout, de Lisbonne à Varsovie, de Berlin à Rome. Ses idées s'installent dans les parlements, influencent les gouvernements, et accèdent parfois au pouvoir. Ce n'est plus une contestation passagère, mais un bouleversement profond qui ébranle les fondements démocratiques de l'Europe - ce pacte de dialogue, de compromis et de droits humains forgé après la guerre.
Partout en Europe, des discours simplistes et nostalgiques gagnent du terrain, promettant un retour illusoire à un âge d'or national, prônant la fermeture des frontières et désignant des boucs émissaires – l'immigré, les élites, Bruxelles – pour canaliser les peurs. Comment expliquer cette fascination pour des récits aussi réducteurs ? Est-ce la peur de perdre une identité perçue comme menacée ? La colère sourde des oubliés de la mondialisation ? Ou le symptôme d'une démocratie fatiguée ? Derrière l'ascension de ces forces extrêmes, c'est l'idée même d'Europe qui vacille, avec ses valeurs d'ouverture, de dialogue et de solidarité. Et cette onde de choc ne s'arrête pas aux frontières de l'Union. Sur l'autre rive de la Méditerranée, le Maghreb, lié à l'Europe par l'histoire, les échanges et une proximité humaine profonde, observe avec inquiétude ce repli sur soi. Car une Europe qui doute, qui se ferme et se replie sur ses peurs, c'est aussi une Europe qui se détourne de ses voisins du Sud, affaiblissant une relation déjà fragile. Dans un espace méditerranéen marqué par les déséquilibres, cette fermeture progressive pourrait avoir un prix : celui d'une rupture silencieuse, au moment même où les défis communs – développement, sécurité, climat, jeunesse – imposeraient au contraire un sursaut de coopération et de lucidité partagée.
Une vague brune qui déferle sur le continent : Panorama d'une Europe sous tension
L'Europe, symbole de modération, voit la droite radicale s'imposer comme une force incontournable. Longtemps marginale, elle influence désormais les agendas politiques.
Si les formes varient, les thèmes sont récurrents : rejet viscéral des élites, crispation identitaire agressive face à la mondialisation et à l'immigration (perçues comme une menace), et critique acerbe, voire hostilité ouverte, envers le projet européen. Cette tendance témoigne d'une transformation profonde du paysage politique et la progression se voit dans les urnes.
À l'Est, où les démocraties sont parfois fragiles, les signaux sont inquiétants. En Roumanie, l'ultranationaliste AUR a frôlé la victoire présidentielle. En Pologne, l'extrême droite gagne du terrain. En Hongrie, Viktor Orbán a installé une « démocratie illibérale », démantelant les contre-pouvoirs.
Le Sud n'est plus épargné. Au Portugal, Chega est devenu la troisième force politique. En Italie, Giorgia Meloni (post-fasciste) dirige le gouvernement. En Espagne, Vox influence la droitisation du Parti Populaire.
Au Nord et à l'Ouest, les bastions vacillent. En Allemagne, l'AfD est la deuxième force nationale. Aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders a formé un gouvernement. En Suède, les Démocrates Suédois dictent une politique migratoire restrictive. En Belgique, le Vlaams Belang progresse. En France, le Rassemblement National est le premier groupe d'opposition.
Les conséquences profondes : une Europe fracturée et affaiblie
L'impact de cette montée radicale fissure le paysage politique et social. Le centre politique traditionnel s'affaiblit. Les grands partis modérés (sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens) voient leur base s'éroder, pris en étau entre une gauche fragmentée et une droite radicalisée. La Finlande et l'Autriche illustrent ce déclin. Cette érosion signe la disparition d'une culture du compromis essentielle à la démocratie européenne.
La polarisation croissante transforme peu à peu le débat public en un terrain d'affrontement, où le compromis et la nuance laissent place aux oppositions frontales. Les parlements, jadis espaces de dialogue, se transforment en scènes de confrontation entre visions devenues irréconciliables, rendant la gouvernance plus fragile. Le cas du Danemark en est un exemple frappant : longtemps perçu comme un modèle d'ouverture, le pays a adopté la politique migratoire considérée la plus dure d'Europe, sous l'influence d'une extrême droite capable d'imposer son agenda sans même participer au pouvoir. Ce paradoxe danois, où un Etat libéral devient un terrain d'expérimentation des politiques anti-immigration, montre à quel point la pression populiste redéfinit les équilibres. Peu à peu, un climat de défiance s'installe, sapant les fondements mêmes du vivre-ensemble.
Plus insidieusement, on assiste à une banalisation de l'illibéralisme. Des discours et pratiques autrefois inacceptables (rejet de l'Etat de droit, remise en cause des libertés fondamentales, hostilité à l'UE) gagnent en légitimité. La Hongrie d'Orbán et la Slovaquie de Fico défient ouvertement les règles de l'UE, bloquant des décisions cruciales.
Quand l'immigration devient le cœur d'un récit anxiogène
Le succès de la droite radicale repose sur une mécanique efficace pour exploiter les angoisses et transformer la peur en levier électoral. Au cœur : l'obsession de l'immigration.
Présentée comme une invasion, une menace mortelle pour l'identité et la sécurité, elle devient le ciment idéologique. Des partis comme AUR, Chega ou AfD martèlent un discours anxiogène amalgamant immigration, criminalité et chômage. Slogans chocs, images trompeuses et théories conspirationnistes comme le « grand remplacement » simplifient les enjeux à une lutte binaire entre « eux » (étrangers, élites) et « nous » (le peuple).
Face à cette peur fabriquée, la droite radicale défend une identité nationale fermée. Elle divise la société entre un « peuple pur » et des ennemis désignés : les élites, les étrangers. Elle réécrit l'histoire pour faire croire à une nation uniforme en danger. Ce repli identitaire, bien que trompeur, rassure ceux qui se sentent exclus ou laissés-pour-compte.
Pour amplifier ce discours et court-circuiter les médias traditionnels, ces mouvements déploient des tactiques de communication sophistiquées. Viralité émotionnelle, messages courts et percutants, vidéos choc, présence massive sur les plateformes numériques permettent de toucher directement les citoyens. Un climat d'urgence est entretenu par des scénarios catastrophes et des chiffres tronqués. Une guerre des récits est menée contre les médias et experts, accusés de mentir. En se posant en victimes, ces partis renforcent leur image de seuls porte-paroles crédibles du « vrai peuple ».
Un continent en mal de repères
Pour comprendre la montée de la droite radicale en Europe, il faut regarder les fractures profondes qui traversent les sociétés : inquiétudes économiques, malaise identitaire, et perte de confiance dans les institutions. Depuis 2008, les crises se succèdent – austérité, désindustrialisation, inflation, précarité – laissant un sentiment d'abandon, surtout chez les classes populaires et moyennes. Beaucoup se sentent déclassés, ignorés par une mondialisation perçue comme faite pour les élites.
Dans ce contexte, les discours simplistes de la droite radicale, promettant sécurité et retour à l'ordre, gagnent du terrain. En désignant des coupables faciles – les immigrés, les élites – et en proposant des solutions radicales, elle capte la colère. À cette fracture sociale s'ajoute un malaise identitaire : pour certains, la mondialisation menace leur mode de vie et brouille les repères. L'immigration devient alors le symbole de cette insécurité culturelle. La droite radicale exploite ce sentiment en idéalisant un passé national rassurant.
Enfin, la méfiance envers les institutions s'est aggravée. Les scandales, le langage technocratique, l'impression que le pouvoir est loin du quotidien nourrissent un profond désenchantement démocratique. Beaucoup n'y croient plus. Ce climat ouvre un boulevard aux forces populistes, qui se présentent comme les seules à parler au nom du « vrai peuple », quitte à affaiblir les principes fondamentaux de l'Etat de droit.
Dérives politiques, tensions sociales : les retombées concrètes
La progression de la droite radicale en Europe a des effets durables sur les équilibres politiques et les sociétés. L'un des changements les plus notables est le déplacement du débat public vers des thèmes autrefois marginaux : immigration, sécurité, identité. Pour rester compétitifs, plusieurs partis traditionnels reprennent ces priorités à leur compte. Ce recentrage du discours politique se fait souvent au détriment d'autres enjeux majeurs, comme la justice sociale, l'éducation ou la transition écologique. Dans plusieurs pays, les politiques migratoires se durcissent, et un vocabulaire de méfiance s'impose progressivement dans le langage politique courant.
Cette évolution s'accompagne aussi d'une fragmentation croissante de la scène politique. La polarisation rend plus difficile la formation de majorités stables. Le débat parlementaire devient parfois un lieu de confrontation, plus que de compromis. Cela alimente un sentiment de lassitude, voire de distance entre les citoyens et leurs représentants. Lorsqu'ils accèdent au pouvoir, certains partis critiques des contre-pouvoirs institutionnels peuvent fragiliser les équilibres démocratiques, en remettant en cause le rôle des médias, de la justice ou de la société civile.
Enfin, cette dynamique rejaillit sur le lien social. La mise en cause répétée de certaines minorités ou de groupes perçus comme « extérieurs » contribue à nourrir les tensions. La méfiance se banalise, et les réseaux sociaux amplifient parfois des discours clivants.
Dans plusieurs cas, une hausse des actes de rejet ou de violence à caractère xénophobe a été observée. C'est la qualité du vivre-ensemble, essentielle à toute société démocratique, qui se trouve fragilisée.
L'Europe face à ses contradictions
La montée de la droite radicale en Europe révèle un profond malaise. Elle reflète les tensions non résolues d'une mondialisation qui a creusé les inégalités et nourri un sentiment d'abandon chez de nombreux citoyens. Entre ouverture nécessaire et tentation du repli, l'Europe semble hésiter.
Se contenter de condamner moralement les extrêmes ne suffit plus. Il faut comprendre les raisons de ce basculement : peur du changement, insécurité économique, crise de confiance envers les élites. Une Europe qui se referme sur elle-même risque de perdre son rôle sur la scène mondiale.
L'enjeu est de taille : il s'agit de concilier lucidité et responsabilité. Relever les défis – migrations, climat, transitions économiques – sans céder à la peur. Se souvenir que l'histoire européenne s'est aussi construite sur la diversité et l'échange. L'avenir de l'Europe ne se jouera pas dans l'érection de murailles, mais dans sa capacité à rester un pont entre cultures, un laboratoire de démocratie. Forteresse assiégée ou phare pour le monde ? Le choix est urgent.
Un tournant qui dépasse l'Europe
Le basculement idéologique de l'Europe n'est pas un simple débat interne : il redéfinit les rapports de force dans son voisinage immédiat. Pour le Maghreb, région intimement liée au continent européen par l'histoire, la géographie et les interdépendances stratégiques, le repli européen sonne comme un désengagement inquiétant. Ce retrait progressif affaiblit non seulement les liens humains et économiques, mais fragilise aussi les équilibres régionaux dans une Méditerranée déjà sous tension.
Face aux défis partagés — instabilité géopolitique, pressions migratoires, sécurité énergétique, changement climatique — l'Europe ne peut se permettre d'ignorer le Sud. Un Maghreb marginalisé serait un Maghreb plus vulnérable, mais aussi un voisin moins coopératif, dans un espace où d'autres puissances avancent déjà leurs pions.
L'Europe est à un tournant : soit elle se replie sur elle-même, soit elle choisit de jouer un rôle stratégique à la hauteur de ses valeurs et de ses intérêts. Pour cela, elle doit construire un partenariat solide et respectueux avec le Maghreb, fondé sur le dialogue, la confiance et des projets communs. C'est à travers cette coopération qu'elle pourra renforcer sa stabilité et son influence dans une région clé.
L'Europe a le choix : céder au repli et perdre en influence, ou redevenir un pont stratégique vers le Sud — car c'est dans sa capacité à renouer avec le Maghreb qu'elle jouera sa crédibilité et son rôle dans l'équilibre méditerranéen.
Elyes Ghariani


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