Des sirènes Des feux qui déchirent ton ciel Des cimetières anonymes Des maisons comme des tombes Je voudrais t'aimer monde Champ de blé gerbe d'épis bercés par les envolées Des oiseaux migrateurs par-dessus les plaines Nourricières les vallées dans la résonance des chants libres Ce vent emportant mon pollen jusqu'à l'éclosion de tes saisons Un bourgeon compagnon de l'autre les fruits en partage Loin des visages de l'ombre Des bottes d'enfer Des balles sifflantes Des plombs durcis Des mots aux venins versés sur les ondes de l'abîme Je voudrais t'aimer monde Tournesol veillant sur les chemins de lumière Sans épouvantail les pétales s'alliant à ta beauté Où que tu te tournes se trouve le rêve Ami des rivières les roselières dans le zéphyr Disant à l'eau sois douce pour l'océan Tant de sels alourdissent sa houle Loin des abandonnés dans les décombres Des potentats aux griffes de vautours Leurs becs grand-ouverts comme des mâchoires le sang autour D'invasion en spoliation, ennemis des primevères Je voudrais t'aimer monde Amandier en fleurs oranger suave olivier debout Chanson remplie comme une coupe par les soirs de retour Un verre s'élève l'autre se pose entre l'horizon et le rivage Les vagues apportant tes embruns flocons de caresse Loin des fosses en nombre Des murs qui séparent des pierres qui se lamentent Des drones Des chars Des appareils de haine Marchant sur mon poème les césures béantes Les stigmates des balles sur le front des demeures Je voudrais t'aimer monde Fenêtre ouverte sur le monde sans barreaux ni chaînes Ma plume attachée aux lueurs du jour Les pas rythmés sur les lignes aux rencontres festives Les baisers comme des sillons fertiles Loin des errants qui sombrent Des camps indignes Des dunes ondulantes Dans l'effacement des traces les ensablements sans gloire L'Histoire au gré des arrogances poussière Je voudrais t'aimer monde Pluie attendue sur les paumes en prière Palmeraie aux portes de la mer vivante L'eau arrivant aux parcelles reine des séguias Tant de miracles surgis des sources Tes verdures larges hautes offrandes Loin des pluies acides des nuages toxiques Des nappes orphelines des tourterelles tristes Sur les cimes des adieux dans la solitude Je voudrais t'aimer monde Vol d'hirondelles accueillant ton soleil qui se couche Par les nuits où se dessine ta voie lactée De vision en vision l'utopie remuée Songe dissipant les raisons obscures Loin des affres de l'exil Des naufrages De la terre qui tremble Des nuées nuisibles Des arbres réduits en cendre Des forêts qui flambent L'une tombe l'autre s'effondre Je voudrais t'aimer monde Port d'attache Parole de salut érigée comme un sourire Les Humains des poignées de rosée fraternelle Serrées par les matins où éclosent tes soleils Invitant les sept merveilles Ô monde ! Tahar Bekri