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Quand la durabilité rencontre l'intelligence artificielle
Publié dans Leaders le 13 - 04 - 2026

Par Mohamed Fitouri - « Re-Penser la durabilité à l'ère de l'IA : perspectives et leviers en action » : tel a été le thème du Colloque International pour l'Innovation en Management, en Finance et en Economie (CIMAFE). Organisée par le Laboratoire LISEFE de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Tunis (FSEGT), sous la direction du Pr Samia Karoui Zouaoui, les 3 et 4 avril 2026, à Hammamet, cette rencontre académique a été très dense.
Deux jours durant, chercheurs tunisiens et internationaux, praticiens, décideurs et représentants d'institutions — dont le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, le Directeur Général de la Bourse de Tunis et la Directrice Générale de la Caisse des Dépôts et Consignations — ont confronté leurs visions sur une question fondamentale: l'intelligence artificielle est-elle un levier de durabilité ou une menace supplémentaire pour nos équilibres économiques, sociaux et environnementaux? La réponse, si tant est qu'elle soit simple, a émergé progressivement au fil des plénières et des sessions parallèles: l'IA n'est ni ange ni démon. Elle est un miroir. Elle amplifie ce que nous décidons d'y mettre.
L'université face à sa propre disruption
Une séquence particulière du colloque fut la séance plénière II consacrée aux paradoxes des sciences de gestion à l'ère de l'IA. Le Pr Yvon Pesqueux, du CNAM Paris, a posé la question frontalement: l'IA signe-t-elle «la fin de la business school»? Si les algorithmes peuvent désormais produire des analyses stratégiques, rédiger des rapports financiers et simuler des scénarios organisationnels, que reste-t-il à enseigner — et surtout, comment l'enseigner?
Le Pr Karim Ben Kahla, de l'ESC de Tunis, a prolongé cette réflexion en esquissant plusieurs scénarios d'évolution possibles pour l'université et les sciences de gestion. Entre la capitulation face à la machine et la résistance stérile, il a plaidé pour une troisième voie : la réinvention — celle qui place le jugement critique, l'éthique et la capacité à construire du sens au cœur de la formation universitaire.
La Pr Rim Hachana, de l'Université Catholique de Lyon, a de son côté apporté un éclairage précieux sur les usages de l'IA générative dans la communauté académique, insistant sur la nécessité de définir un cadre d'usage non paradoxant — c'est-à-dire un cadre qui ne mine pas les fondements mêmes de la recherche et de l'apprentissage qu'il prétend soutenir.
Au-delà des grandes plénières, les sessions parallèles ont constitué le vrai pouls intellectuel du colloque. Des communications portant sur l'innovation verte, la performance ESG, l'inclusion financière par les fintechs, la gestion durable des compétences, ou encore la résilience organisationnelle en contexte de crise ont mis en évidence une réalité souvent occultée: la durabilité n'est pas une idée, c'est un système d'actions interconnectées.
Quatre tensions majeures ont traversé l'ensemble des travaux présentés
La première est celle entre mesure et sens. La notation ESG, dont plusieurs communications ont décortiqué les divergences, est aujourd'hui contestée dans ses fondements. L'IA peut-elle réconcilier des référentiels contradictoires ou risque-t-elle d'automatiser l'incohérence à grande échelle?
La deuxième tension oppose vitesse et profondeur. La transformation numérique accélère tout — y compris les processus d'upskilling et de reskilling des salariés. Mais une compétence acquise à la hâte est-elle vraiment durable? Plusieurs chercheurs ont souligné le risque d'une gestion des ressources humaines qui court après la technologie sans jamais la rattraper.
La troisième tension, peut-être la plus fondamentale, est celle entre efficacité et éthique. La table ronde du samedi matin — « Faut-il re-penser l'éthique de la recherche et de l'apprentissage à l'ère de l'IA ? » — a mis le doigt sur une fracture croissante : d'un côté, des outils qui permettent de faire plus, plus vite ; de l'autre, des institutions qui peinent à définir ce que cela devrait signifier.
La quatrième tension, enfin, est celle entre innovation et responsabilité. Plusieurs travaux ont interrogé la manière dont les entreprises peuvent ancrer leur engagement sociétal dans une logique de création de valeur partagée, et non dans une simple posture de conformité. La communication portant sur l'Innovation Sociale Corporative comme déterminant de la Responsabilité Sociale Durable illustre bien cette problématique: pour qu'une RSE soit véritablement durable, elle doit être alimentée de l'intérieur par une capacité organisationnelle à innover pour et avec la société — une piste qui résonne particulièrement dans le contexte tunisien actuel.
Ce que Hammamet a mis en lumière
Le CIMAFE 2026 ne restera pas dans les mémoires comme un colloque de plus. Il aura eu le mérite de rassembler, dans un même espace de réflexion, des universitaires, des régulateurs, des entrepreneurs et des praticiens autour d'une conviction partagée : la durabilité ne peut être déléguée à une machine. Elle exige des choix humains, des responsabilités assumées et des institutions capables de tenir un cap dans un environnement en mutation permanente.
En ce sens, la Tunisie — qui dispose d'un tissu académique vivant, d'une jeunesse connectée et d'une tradition de débat intellectuel — a tout à gagner à investir davantage dans ce type de carrefours de pensée. Non pas pour suivre les tendances mondiales, mais pour les questionner avec lucidité et en tirer des enseignements adaptés à son propre contexte.
L'IA ne pensera pas à notre place la durabilité que nous voulons bâtir. Mais elle peut — si nous la guidons avec discernement — nous aider à la construire plus vite et plus solidement.
Mohamed Fitouri
Maître Assistant
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Mahdia (FSEG Mahdia), Laboratoire LISEFE


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