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BULLA - LA ROYALE -
Redécouvertes
Publié dans Le Temps le 28 - 01 - 2007

Bulla regia : Bulla la Royale ! Comment se fait-il que dans tout le royaume numide unifié par le grand Massinissa, il n'y ait que deux cités : Bulla et Hippo regius / Annaba qui aient « mérité » ce qualificatif ?
L'histoire officielle affirme pourtant que la Numidie de Jugurtha s'étendait des environs de Dougga à la frontière marocaine. Seuls deux bourgs situés de part et d'autre de la frontière tuniso-algérienne auraient été « royaux » ! Serait-ce que la Numidie aurait été beaucoup moins étendue vers l'ouest qu'on ne le prétend ?
D'autres historiens nous ont mis en garde : pour les Romains, qui avaient « renversé » leur royauté, au début de leur histoire, l'adjectif « regius » avait des connotations péjoratives, parait-il. Bulla regia aurait donc signifié, non pas Bulla la royale, mais Bulla « qui s'était voulue royale », « qui se croyait royale », en souvenir des sept années de guerre qui avaient opposé les armées numido-maures de Jugurtha et Bacchus aux légions romaines.
D'autres énigmes subsistent. Pour quelles raisons Bulla demeure-t-elle une « ville libre » au lendemain de la guerre de Jugurtha et pourquoi est-elle « encerclée » par des bourgs occupés par des vétérans de l'armée romaine victorieuse du consul Marius, en 106 avant J.C., tels que Thuburnica, Uchi Majus, Mustis/El krib, etc., alors que la Numidie, encore théoriquement indépendante, est « confiée » au roi Gauda ?
Le premier élément de son nom berbère : Bulla viendrait-il du fait que la cité aurait été consacrée à la très puissante divinité punique « Baal », adoptée par les Numides et recouverte par l'appellation « Saturne » à l'époque romaine ?
Au cours des luttes numides internes, Hiempsal, un successeur de Massinissa, allié à Pompée, l'adversaire de César, aurait battu et tué Hiarbas, un prétendant au trône de la Numidie qui était venu se réfugier à Bulla. Elle aurait donc été une cité « royale » : une résidence importante dont le rôle économique se doublait d'un rôle politique.
Au XIème siècle, Bulla regia semble réapparaître, dans le Moyen-âge islamique, sous l'appellation de Fahs Bull. Pour El Bekri, le Fahs Bull : la plaine de Bull s'étend autour du confluent des Oueds Mellèg et Medjerda. Elle est très fertile parce que formée d'alluvions et Bull est au carrefour de deux itinéraires : la route de Kairouan à Annaba et la voie qui joint Kairouan au Zab : Al Qal'a. Il n'est même pas certain que les Arabes aient occupé Bulla regia parce que si le texte d'El Bekri insiste sur la richesse en blé de la région dont il parle, pris littéralement, il suggère plutôt une région traversée par le Mellèg donc plus au sud et plus à l'ouest de Bulla regia.

La même organisation que Rome
Construite au pied du Jebel R'biâ (649 mètres), sur un terrain en pente douce, anciennement bordée par des marais, Bulla regia domine la plaine alluviale dans laquelle l'Oued Medjerda creusait de nombreux méandres qu'il abandonnait souvent, avant d'avoir été dompté par de grands barrages.
Ce site a, de toute évidence, était peuplé très tôt puisque on y trouve un hanout : tombeau rupestre berbère, sans doute préromain, de nombreux dolmens assez frustes - très anciens ? - et un alignement de blocs de pierres debout de plusieurs centaines de mètres de long. On a découvert aussi, au sud du site, des tombes qu'on qualifiait, à l'époque, de « Libyco-puniques », contenant des squelettes en position fléchie tels que ceux qui reposent dans de multiples sépultures nord-africaines depuis le paléolithique capsien qui n'avait rien à voir avec les Puniques.
Cette région a intégré une importante influence carthaginoise dès le IIIème siècle avant J.C. quand s'installe la culture des oliviers sur les pentes avant que le roi Massinissa ne développe l'agriculture et l'urbanisation dans tout son royaume. Des fouilles ont d'ailleurs permis de découvrir sous le dallage du marché de l'époque romaine un niveau urbain numide de l'époque hellénistique.
Après la destruction de Carthage en 146 avant J.C. puis la victoire de César sur les Pompéens en 46 avant J.C. le territoire dépendant de Rome croît notablement et Bulla fait partie de la province romaine : « Africa nova ».
A partir du règne de l'empereur Auguste, au début de notre ère, Bulla regia participe, en tant que « ville libre » à la mise en valeur de la plaine, associée aux colonies romaines voisines : Thuburnica et Simithus / Chemtou.
A partir de ce moment-là, c'est sous la pression et la direction de ses propres élites, d'origine berbère, que la ville, désormais intégrée à la province romaine d'Afrique, évolue et « se romanise » de plus en plus, tout en se développant. Ses habitants adoptent la langue et des noms latins.
Bulla regia, municipe dès le 1er siècle puis colonie, sous le règne d'Hadrien, de 117 à 138, dispose alors d'une organisation municipale semblable à celle de Rome et ses habitants sont citoyens romains.
L'essentiel des vestiges, visibles actuellement, s'étalent du IIème au Vème siècle, période qui voit, autour du IIIème siècle : époque des empereurs Septime Sévère, originaire de Tripoli, et Sévère Alexandre, l'apogée de la civilisation romaine en Afrique du nord.
Bulla regia participe volontairement et activement à l'épanouissement de cette civilisation. Certains membres de grandes familles de la ville sont des administrateurs de haut rang, et même, des sénateurs. Leur richesse provenait de la céréaliculture et de l'oléiculture qui nourrissait l'énorme population oisive de Rome.
La christianisation des habitants de Bulla regia date, sans doute, du IIIème siècle. Saint Augustin, alors évêque d'Hippone (Hippo regius) / Annaba, y prononce en 399, un discours célèbre dans lequel il fustige les mœurs dissolus des habitants. Au Vème siècle, la communauté chrétienne éclate en catholiques et schismatiques donatistes qu'on ne mentionne plus par la suite.
De la période vandale, on ne connaît que la bataille gagnée en 533 par les Byzantins sur l'armée vandale, repliée ici après la perte de Carthage.
L'occupation byzantine se heurte à de multiples révoltes des « nord-africains » : l'énorme forteresse voisine de Borj Hellal et le petit fortin du site en sont les témoins.
Il semble que la richesse agricole de la région ait permis à la ville d'avoir une importance certaine jusqu'aux VIIème et VIIIème siècles au moment de la conquête arabe. La décadence de la vie urbaine, provoquée peut-être par des changements dans les formes d'occupation de l'espace, a été accentuée par l'arrivée des nomades arabes Hilaliens en 1052.
A Bulla regia, la romanisation n'a pas été imposée de l'extérieur. Héritiers d'une civilisation et d'un passé déjà urbains, les notables locaux ont adopté le modèle romain et en ont assuré la mise en place. Il a apporté le bien-être et la sécurité sans bouleverser les hiérarchies ni les structures sociales de la région.

L'ARCHITECTURE DOMESTIQUE
Les étapes du déclin de Bulla regia sont mal connues. A une cinquantaine de mètres du Théâtre, un trésor de 260 pièces d'argent datant de la seconde moitié du XIIème siècle a été découvert alors que toute la période islamique n'a pas laissé de monument important sur le site.
L'absence de politique d'ensemble - peut-être aussi l'étendue du site - a abouti à des fouilles, éparses, souvent incomplètes qui ne permettent pas d'avoir une vue globale du plan de la ville. La cité romaine, qui semble avoir été implantée dans sa forme actuelle à l'époque de l'empereur Hadrien (117-138) a été bâtie en tenant compte non seulement du relief mais aussi des aménagements antérieurs.
Les demeures de l'époque romaine n'adoptent pas un plan « classique ». Elles présentent une originalité : beaucoup possèdent un niveau souterrain destiné à être habité. Il reproduit, le plus souvent, le plan du rez-de-chaussée : les pièces des deux niveaux se superposent.
Cette architecture résulte, non d'une adaptation à la pente du terrain, mais d'un choix engendré par la recherche du confort. Dans cette région connue pour avoir des étés torrides et des jours d'hiver parfois glacés, un niveau souterrain bien abrité offrait des pièces agréables. Une cour, à ciel ouvert, entourée d'un péristyle donnait air et lumière à deux ou trois pièces accolées, disposées sur un ou deux côtés de la cour. Des ouvertures, en arrière des pièces principales, débouchent sur des « puits » ou des « double murs » qui permettait à l'air de circuler. Il devait régner une semi-obscurité fraîche dans ces sous-sols dont certaines pièces, destinées au repos, étaient volontairement plus obscures.
Bull regia offre des pavements de mosaïque particulièrement originaux qui permettent de parler d'une « école » locale de mosaïstes.
Les scènes figurées y sont très rares, mais magnifiques. Les motifs qui deviennent de plus en plus complexes du IIème au IIIème siècle sont réalisés à partir de combinaisons d'éléments géométriques polychromes.

LA VISITE DU SITE
Nous ne pouvons que déplorer l'absence d'un document « grand public » permettant de voir intelligemment les monuments dégagés. Pourtant, l'ouvrage intitulé « Les ruines de Bulla regia » rédigé par des archéologues qui ont participé aux fouilles et qui continuent à y travailler, a été publié en 1977 : il y a trente ans !
Le dépliant touristique, publié par l'Agence de mise en valeur du Patrimoine - quand on le trouve à Tunis ! - décrit encore un musée qui est fermé depuis des années !
Une jolie structure d'accueil a été construite, il y a 4 à 5 ans, en face du site. C'est une coquille vide : le restaurant fermé est vide, la « boutique » aussi. Le « bar » fournit quelques jus de fruits et des cafés alors que tous les visiteurs qui étaient à Bulla regia, un dimanche récent, ont sorti de leur voiture - mal protégée par une ombre rare fournie par des oliviers taillés très court ! - des glacières pour pique-niquer.
Pourtant, ce site est un des plus originaux de Tunisie. Il est le seul à proposer aux visiteurs un « hanout » associé à un dolmen aménagé juste au-dessus de la petite falaise dans laquelle le tombeau berbère est creusé. C'est uniquement à Bulla regia qu'on peut voir un alignement de pierres dressées de plusieurs centaines de mètres de long. Voilà pour les vestiges de l'époque berbère.
L'époque romaine a laissé à Bulla regia des demeures, uniques en Tunisie, au moins, parce qu'elles ont un niveau souterrain parfaitement habitable dont la construction n'est justifiée que par la recherche du confort. Malgré tous les superbes vestiges qui ont été trouvés sur le site et qui sont maintenant la parure du musée national du Bardo, il subsiste, heureusement, sur le site, une série de pavements de mosaïques absolument unique. Aucun des sites de l'époque romaine, en Tunisie, n'en possède une pareille collection. Nous pensons à ceux de la « Maison de la chasse », de la « Maison de la nouvelle chasse » qu'il faudrait protéger de toute urgence et à ceux de la « Maison d'Amphitrite », sans compter tous ceux qui ornent les « Thermes de Julia Memmia » et les bâtiments proches du Temple d'Isis. Où est-ce qu'il y en a un autre en Tunisie ? Qui peut expliquer aux visiteurs ce que représentait le culte de la déesse égyptienne Isis ? Où peut-on voir deux autres « esplanades monumentales » qui sont manifestement des réussites architecturales que les visiteurs piétinent rapidement faute d'explications ? Qui prend la peine de décrire la construction des voûtes appuyées sur des rangées de petites « bouteilles » en terre cuite liées au plâtre qui pouvaient donc servir de « charpentes » ou de conduites d'eau et d'air chauds dans les murs ? En suivant l'ouvrage déjà cité « Les ruines de Bulla regia », les visiteurs curieux pourraient rester une grande journée sur le site et ... le restaurant vide aurait de nombreux clients. Il paraît qu'un important plan de développement du tourisme culturel doit se mettre en place, sur les quatre gouvernorats du nord-ouest tunisien nous n'en avons pas encore aperçu les prémisses à Bulla regia.


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