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Elèves errants....
LA VIE DANS LA CITE
Publié dans Le Temps le 27 - 10 - 2008

La famille d'aujourd'hui diffère en tous points de celle d'hier. Les changements sont si profonds et si rapides qu'on serait tenté de parler de rupture plutôt que d'évolution. Le premier phénomène à repérer et traduisant le mieux cette dissemblance c'est la position qu'occupe la femme.
Sa présence aux côtés de son partenaire, l'homme, sur les lieux du travail n'est plus aussi timide qu'elle l'était il y a quelques décennies. Les femmes ont quitté massivement le foyer pour s'installer au cœur de la vie sociale et en devenir des actrices à part entière.
La charge familiale s'est considérablement alourdie à cause des nouveaux besoins créés par la modernité. Cette nouvelle réalité a propulsé la famille en dehors de chez elle, elle vient à la rescousse pour étoffer le budget familial afin de pouvoir subvenir aux besoins et faire face à la cherté de la vie. L'expression de femme au foyer est en passe de devenir désuète.
Avec l'évolution des rapports sociaux, la notion de famille a complètement changé. On ne vit plus au temps de la famille-lignage où les enfants mâles occupaient la même demeure que leurs parents et où le grand-père et la grand-mère en particulier s'occupaient des petits enfants. L'éducation de ces derniers par la mère ou la belle mère n'est plus souhaitée, d'ailleurs elle n'est plus la bienvenue dans le foyer. La famille conjugale prêche l'indépendance, une option lourde de conséquences, les difficultés de la vie ne sont pas de nature à lui faciliter la tâche.

Le prix de l'indépendance
Effectivement, la migration de la femme s'est accompagnée de changements radicaux touchant la vie de famille. Comme elle est la plupart du temps en dehors du foyer, elle n'a plus le temps nécessaire pour s'occuper de ses enfants dont elle a confié la garde à des établissements appelés crèches et garderies, les manifestations de l'époque moderne. Ce nouveau mode de vie éloigne les géniteurs de leur progéniture.
Plusieurs familles passent la journée en dehors de chez elles, les parrents sont au travail et les enfants, eux, fréquentent plusieurs endroits, l'école, la crèche, la garderie, la rue..., ils sont partout. Ali, un cadre moyen, nous fait part de ses soucis quant à cette situation qui perturbe ses relations avec ses enfants. « Nous les déposons le matin au lycée leur mère et moi et nous ne les reverrons que le soir à 18h30, nous dit-il amèrement ». Il habite à Ksar Saïd et ses enfants sont au lycée d'El Omrane. « La maison de leur grand-mère qui n'est plus, ajoute-t-il, fait office de garderie où on leur laisse, tous les matins, le repas que leur mère leur aura préparé la veille. A midi, ils prennent le métro jusqu'à Bouchoucha, puis ils font 1 km à pied pour se rendre à la maison de leur grand-mère qui se trouve du côté du foyer universitaire Bardo 2, et il y a des jours où ils ne peuvent pas y aller en raison de l'emploi du temps trop chargé, alors ils se contentent d'un petit sandwich ou d'un fricassé ». Mondher, un fonctionnaire, habitant à Boumhal et travaillant à Tunis, ainsi que sa femme, s'est trouvé obligé d'inscrire ses enfants à Tunis, au lycée de la rue de Marseille. « Cela nous permet d'être près d'eux et de mieux les contrôler, puisque on peut se permettre quelques escapades pour rôder autour du lycée ou leur rendre service en cas de besoin, nous confie-t-il ». Pour Leïla, une aide ménagère, la situation est beaucoup plus délicate, « nous quittons notre domicile, mon mari et moi, à 5h30 du matin pour n'y revenir qu'à 6h du soir, nous dit-elle, moi je travaille à Mutuelle-ville et lui dans un chantier au Lac. Avant de sortir, nous laissons à chacun de nos enfants, deux garçons et une fille, qui sont tous au lycée, entre 500 millimes et 1 dinar comme argent de poche pour qu'ils puissent s'acheter quelque chose à manger à midi. Nous habitons à Zouaydia( Aïn Zaghouan) et le lycée se trouve au Kram, et avec les difficultés du transport ils ne peuvent pas rentrer à la maison pendant cette pause pour prendre quelque chose de consistant. »

Le rôle de l'école
Ces quelques exemples sont typiques, ils sont représentatifs de gens de diverses conditions, mais la liste est loin d'être exhaustive, il y a pire. Bien que l'image qu'ils nous fournissent de la société soit partielle, ces modèles nous éclairent sur une réalité décevante et nous amènent à revoir quelques notions, à redéfinir certains rôles tournant tous autour de l'éducation des enfants et des jeunes. Il n'est pas à démontrer que leur prise en charge n'incombe pas seulement aux parents, d'autres instances telles que l'école sont également impliquées dans cet effort. La fonction de cette dernière dépasse la simple formation intellectuelle et scientifique pour embrasser d'autres sphères aussi importantes. L'école assume un rôle de tutrice à l'égard de l'élève, elle lui doit protection et assistance, en ce sens qu'il ne faut pas qu'elle se contente d'enseigner. Et on n'invente rien en soutenant cela, on ne fait que rappeler l'ancienne école. Où sont passées les cantines qui venaient en aide aux démunis et le régime de demi-pensionnat qui prenait soin des élèves en leur assurant tout ce dont ils avaient besoin ? Où sont les salles de permanence qui abritaient ces derniers et les préservaient du danger de la rue ? C'est le rôle que doit tenir l'école. En témoigne ce qui se passe dans l'école privée où les élèves sont nourris et surveillés. Celle-ci n'a rien inventé, elle s'est inspirée de sa devancière, l'école publique, elle a copié son système à la lettre, ce qui explique son grand succès.
Les exemples qu'on a cités plus haut montrent à l'évidence que même si les parents ont les moyens d'inscrire leurs enfants dans une garderie, ceux-ci ne sont pas à l'abri de la rue, cet endroit ne leur épargne pas les soucis. Dans les garderies, il n'y a pas la discipline de l'école, il n'échappe à personne que la plupart d'entre elles ne sont pas dotées de personnel qualifié, elles se comportent comme des sociétés commerciales et non pas comme des établissements scolaires, et les rares garderies qui le sont coûtent très cher. Nourrir, surveiller, éduquer ce sont les tâches qui incombent à l'école, elles se trouvent dans une relation d'interaction : un élève qui n'est pas bien nourri et bien surveillé ne peut pas être bien éduqué.

Le rôle de la municipalité
L'autre partie responsable de cette situation c'est la municipalité. Elle a l'obligation d'agir dans la circonscription territoriale de son ressort pour apporter assistance aux contribuables. Son rôle ne se limite pas à prélever des impôts, elle est principalement une institution de service. Les champs d'action où son intervention est sollicitée sont multiples parmi lesquels il ya le transport et l'éducation, l'argent des contribuables amassé doit être investi dans ces différents domaines, profiter à eux.
Dans les pays de l'ex bloc soviétique, par exemple, le financement de la tranche des travaux du métro passant par la commune est assuré par celle-ci, c'est elle également qui en élabore le tracé. En plus, elle met à la disposition des élèves des voitures de ramassage. Quant à l'enseignement, les frais de scolarité, publique ou privée, sont obligatoirement pris en charge par les communes à l'instar de ce qui se passe en Suède grâce au fameux « chèque éducation ». Ce sont elles dans ce pays qui gèrent les établissements scolaires se trouvant sur son territoire depuis la crèche jusqu'au secondaire. Dans ces établissements, l'élève dispose de tout, lorsqu'on y pénètre, on se croirait dans un centre de loisirs tellement il y a d'activités récréatives qui font, d'ailleurs, partie du cursus de l'école. L'élève y passe toute sa journée où il est éduqué, diverti, surveillé et nourri, c'est-à-dire bien entouré.
La réalité de notre école d'aujourd'hui nous laisse saisir la profondeur de la célèbre phrase prononcée, pendant les années soixante, par un paysan s'adressant au proviseur de l'école où était inscrit son fils, défendant le droit de son protégé à la cantine et menaçant de le retirer de l'école si jamais il en est privé : « youkil wella ma yougrache ».


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