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60 ans, et après ?
LANGAGE DU TEMPS
Publié dans Le Temps le 10 - 12 - 2008

Exclusion, marginalisation, pauvreté, conflits, racisme, hégémonie, guerres, violence, terrorisme, la liste des thématiques anxiogènes qui hantent sans cesse l'actualité est longue.
Face à une réalité internationale de plus en plus compliquée, l'ONU nous invite comme chaque année et depuis soixante ans à soutenir la journée mondiale des droits de l'Homme. Pourquoi un jour alors que c'est un problème de tous les jours ? Et pourtant soixante ans c'est l'âge mûr et adulte pour une déclaration universelle qui ne doit jamais prendre de retraite, qui n'a malheureusement pas connu l'effet recherché ni l'évolution escomptée. Ce texte qui a pourtant fait date et suscité de nombreux espoirs a réellement besoin d'un anniversaire en grande pompe susceptible de lui redonner sa réelle signification. Aujourd'hui les objectifs de sa naissance semblent lointains. Les droits de l'Homme sont malades et le diagnostic révèle plusieurs causes liées à l'égoïsme et l'hypocrisie des hommes. La quasi " mort clinique " de l'ONU, l'antiaméricanisme qui s'est répandu dans le monde depuis le 11 septembre 2001, l'émergence de nouvelles puissances aux égoïsmes exacerbés, la pléthore des soi-disant donneurs de leçons en la matière ont affaibli cette notion née dans un contexte humanitaire bien précis et marginalisé l'un des rares beaux textes du vingtième siècle qui constitue une réelle avancée de l'humanité. Cette déclaration même malade, décriée, ignorée, bafouée, reste malgré tout indispensable.
La protection et le renforcement des droits de l'Homme doivent pourtant être une constante pour tous les régimes politiques en place dans le monde. On a toujours tendance à penser que cette épineuse question est purement politique. Erreur, les droits de l'Homme constituent un ensemble de droits irréversibles et imprescriptibles qu'il faut respecter et appliquer : le droit au travail, au logement, à l'éducation, à la santé, bref le droit à la dignité, à la vie. Tout le monde sait qu'il ne peut y avoir de progrès ni de stabilité ni de sécurité dans ce monde déjà très agité et trop troublé si le droit le plus sacré, celui de la vie n'est même pas garanti.
La solidarité internationale pourrait être un remède efficace capable de redonner un sens, hélas perdu, à la dimension universelle de tous les problèmes de l'être humain. Une thérapie payante car elle émane d'un choix civilisationnel et humain. N'a-t-on pas dit que les droits de l'Homme ne s'usent que si l'on s'en sert ?


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