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Les risques et les précautions
OGM
Publié dans Le Temps le 22 - 02 - 2009


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Plus de 80% des OGM cultivés sont destinés à nourrir les vaches, les volailles et les poissons d'élevage. Ils entrent ainsi, à notre insu, dans nos assiettes.
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Pierre Melquiot - Directeur Recyconsult (Portail d'environnement) : « Mieux vaut ne pas cultiver des OGM»
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Mohsen Hanana (chercheur) : « Informer et prévenir le consommateur des risques des OGM »
Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont des organismes dont le matériel génétique n'a été modifié que par multiplication ou recombinaisons naturelles. Les techniques récentes du génie génétique permettent aujourd'hui de prélever un ou plusieurs gènes sur un organisme (virus, bactérie, animal, plante, etc) et de les insérer dans le patrimoine génétique d'un autre organisme. Cette opération est appelée "transgénèse. Le soja représente 60 % des cultures d'OGM dans le monde, le maïs 24 %, le coton 11% et le colza 5 %. Du riz et du blé transgéniques pourraient bientôt être commercialisés. Plus de 80% des OGM cultivés sont destinés à nourrir nos vaches, nos volailles et nos poissons d'élevage. Ils entrent ainsi à notre insu dans la chaîne alimentaire, et donc dans nos assiettes. Ces OGM qui sont apparus pour la première fois en 1994 sur le marché américain sont méconnus en Tunisie. Seulement 4% des Tunisiens en ont entendu parler. Ces organismes existent-t-ils dans nos murs. Qu'en est-il de la position de la Tunisie vis-à-vis des produits transgénétiques, communément appelés transgéniques ? Importe t-on des OGM en Tunisie ? Existe-t-il un texte législatif sur les OGM ? Quels risques nous font courir ces OGM ? Autant de questions entre autres auxquelles nous avons tenté d'apporter des réponses.
Les premiers OGM sont nés dans les années 70. Ce n'est qu'à partir des années 90 que les plantes transgéniques furent cultivées dans les champs. En 1994, les Etats-Unis autorisent la culture et la mise sur le marché d'une tomate manipulée génétiquement et qui se conserve plus longtemps que les autres Ainsi, entre 1996 et 2004, la surface mondiale des cultures de plantes transgéniques a été multipliée par 47. On estime à 8 millions le nombre de producteurs répartis sur 17 pays (dont 90 % vivent dans des pays en voie de développement) qui cultivent des OGM. Cependant 98 % de la superficie mondiale cultivée en OGM se retrouve dans seulement 6 pays : Les Etats-Unis : 59 % de la superficie, l'Argentine : 20 % Canada: 6 %, le Brésil : 6 % la Chine : 5 % et le Paraguay: 2 %.

Absence des OGM dans l'alimentation humaine
Les OGM peuvent être présents dans les aliments quotidiens sous la forme d'ingrédients et/ou d'additifs issus de plantes transgéniques. L'agence nationale de contrôle sanitaire et environnemental des produits ( l'ANCSEP) a réalisé une étude à la suite de l'introduction de différents produits OGM en Tunisie pour satisfaire les besoins du secteur avicole en expansion au début des années 2000. Cette étude a révélé que « Les analyses effectuées dans le cadre de l'étude exploratoire ainsi menée ont confirmé l'absence des OGM dans les produits destinés à l'alimentation humaine (maïs et dérivés) et la présence d'un taux assez élevé d'OGM dans les matières premières importées pour l'alimentation animale (maïs et tourteaux de soja). Parallèlement, des enquêtes de terrain menées auprès des importateurs de matières premières, des fabricants d'aliments pour animaux et des éleveurs, ont confirmé l'absence totale de précautions particulières prises pour limiter les risques de dissémination accidentelle aux différentes étapes de transport, de stockage et d'utilisation de ces matières premières. »

Le risque zéro n'existe pas !
L'évaluation des risques de la consommation d'OGM par l'Homme apparaît à l'heure actuelle théorique dans la mesure où il n'existe pas assez de recul du fait du caractère récent de cette consommation. De nombreuses recherches tentent de recenser les risques potentiels et de les étudier dans les limites d'un laboratoire. Il faut identifier, évaluer et bien gérer ces risques afin de prévenir par des mesures appropriées leur impact sur la santé de l'homme,des espèces animales et sur l'environnement. A côté des risques prévisibles tels que la toxicité et l'allergénicité identifiées jusqu'ici et qui sont liées aux gènes insérés et à la protéine produite, les scientifiques ont envisagé d'autres risques « imprévisibles ». En effet, la plante peut présenter des effets secondaires suite à l'insertion du gène et à la production de la protéine associée à la toxicité et l'allergénicité. Ces risques seront mieux définis à plus long terme. Et comme le mentionne le rapport national sur l'environnement « L'introduction des OGM en plein champ risque d'avoir plusieurs types de conséquences sur l'environnement et la biodiversité c'est-à-dire la réduction de la variabilité, le transfert éventuel des transgènes et le risque de toxicité sur les insectes utiles. Une fois la pollution génétique engendrée, elle est irréversible et incontrôlable. Cette pollution menace la pérennité de l'agriculture biologique comme celle de l'agriculture conventionnelle. Elle met également en péril l'ensemble de la biodiversité planétaire. La culture de plantes transgéniques permet d'autre part à quelques grandes firmes de contrôler la production de notre alimentation grâce aux brevets pris sur les semences OGM. La société Monsanto, par exemple, détient aujourd'hui 90% du monopole sur les semences transgéniques cultivées dans le monde »

La maîtrise des risques :
Les OGM sont réglementés par le Protocole de Carthagène, adopté en 2000 dans le prolongement de la Convention sur la diversité biologique, qui porte sur les échanges internationaux d'OGM. La Tunisie est signataire de ce protocole qui définit les droits et les devoirs des pays importateurs et des pays exportateurs et prévoit que l'importation d'OGM peut être interdite en l'absence de certitude scientifique sur l'étendue des effets défavorables potentiels. La Tunisie comme tous les pays se doit de préserver sa biodiversité et de veiller à contenir les agressions qui pourraient menacer son écosystème. Car ces OGM présentent bien des risques. Une législation en la matière s'impose donc comme une urgence et doit être accompagnée par une vaste action de sensibilisation des différents intervenants et utilisateurs, aux risques potentiels en relation avec l'incorporation des OGM dans l'alimentation animale ainsi que pour sécuriser le parcours des OGM et faire prendre les mesures appropriées à cet effet. la problématique des OGM en Tunisie doit être clarifiée par le renforcement de la recherche et la formation dans ce domaine pour mieux comprendre les dossiers à étudier et les mécanismes et évaluer le risque,la mise en place d'un laboratoire National de détection des OGM, la programmation d'un centre de veille scientifique pour mieux expliquer les risques et conseiller les commerçants et les consommateurs, la mise en place d'une législation de bio sécurité relative aux aspects suivants :confinement de la recherche sur les OGM,.évaluation des risques et précautions à prendre en matière d'importations de semences et plants et en matière de denrées alimentaires.
Kamel BOUAOUINA
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Pierre Melquiot - Directeur Recyconsult (Portail d'environnement) : « Mieux vaut ne pas cultiver des OGM»

Le Temps : Cultive-t-on assez d'OGM dans les pays en voie de développement comme le cas de La Tunisie ?
Certains pays cultivent ces OGM qui sont potentiellement un risque pour la santé et l'environnement, donc par précaution, mieux vaut ne pas en cultiver tant que les certitudes scientifiques ne sont pas établies.

Comment les OGM atterrissent sur nos assiettes ?
Comme n'importe quelle céréale !

Quelle stratégie doivent adopter les pays en voie de développement pour atténuer l'usage des OGM ?
Difficile de répondre à cela, le mieux étant certainement de privilégier les cultures nationales, peu intensives et gérées de façon durable.

Faut-il renforcer la capacité des ONG ?
Tout dépend de leur efficacité sur le terrain à contrôler et à accompagner les populations et les gouvernements locaux.
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Mohsen Hanana (chercheur) : « Informer et prévenir le consommateur des risques des OGM »

Le Temps : Quelles sont les activités de recherche impliquées dans les organismes génétiquement modifiés ?
Mohsen Hanana : En Tunisie, les activités impliquant les organismes génétiquement modifiés sont encore très limitées. En effet, ces activités ne concernent, pour le moment, que des instituts de recherche et des centres de biotechnologie comme ceux de Sfax et Borj-Cédria. Le nombre de laboratoires ou d'équipes engagés dans ces recherches reste encore limité. De ce fait toutes les activités liées aux techniques de transgénèse ou d'induction de mutation génétique et à l'obtention d'OGM sont théoriquement confinées dans des laboratoires et ne dépassent pas le cadre de suivi et d'essai sous serre. Les domaines fortement impliqués en ce moment sont l'agriculture, l'environnement, l'industrie et la santé. En Tunisie, les principales manipulations génétiques ont intéressé essentiellement le domaine de l'agriculture soit pour résoudre des problèmes phytosanitaires soit pour obtenir des variétés résistantes aux stress hydrique ou salin. Dans ce cadre, plusieurs espèces ont été concernées comme les cultures maraîchères (pomme de terre), la vigne et les céréales (blé).

Consomme-t-on des OGM en Tunisie ?
La consommation directe d'aliments issus d'OGM est fort peu probable dans notre pays, mais il existe des produits destinés à l'alimentation animale importés de manière légale en Tunisie et susceptibles d'être des OGM comme le soja, le maïs et le colza. Ce qui signifie qu'il est possible, indirectement, de consommer de la viande, des œufs ou du lait d'animaux ayant ingéré dans leur alimentation des plantes transgéniques. Rappelons tout de même que la loi sur l'étiquetage et la traçabilité des aliments ne considère pas ces derniers comme fabriqués à partir d'OGM. Ces produits proviennent le plus souvent de pays producteurs et où leur culture est homologuée tels que les Etats-Unis d'Amérique, le Canada et l'Argentine. Il n'est pas à exclure non plus que certains produits alimentaires et médicaments peuvent découler de procédés utilisant des micro-organismes génétiquement modifiés.

Quels sont les risques potentiels des OGM ?
Le plus grand risque pour le consommateur est l'ignorance du produit qu'il consomme, d'où le besoin de plus en plus pressant d'instaurer des normes de commercialisation de produits étiquetés c'est-à-dire précisant leur origine et nature de production. Comme tout procédé de génie génétique, la technique de préparation et d'obtention des OGM possède des avantages et des inconvénients. Parmi ces inconvénients, les risques que peuvent encourir la santé humaine (et animale), l'environnement mais aussi socio-économiques sont potentiellement présents. Cependant l'évaluation de ces risques reste, pour plusieurs raisons (éthique, scientifique, et durée d'évaluation...), encore un sujet controversé. Les risques sur l'environnement sont principalement dus à la possibilité de dispersion du transgène (donc du caractère génétique modifié) et d'invasion d'autres espèces de façon incontrôlable, ce qui peut influencer la biodiversité (végétale et animale), et aggraver la pollution des sols et des nappes phréatiques suite à l'utilisation abusive d'herbicides chimiques. La santé humaine est principalement menacée par la toxicité que peuvent engendrer ces OGM du fait qu'ils contiennent généralement des gènes de résistances aux antibiotiques. Ces derniers peuvent provoquer des réactions d'allergie et de toxicité plus ou moins graves lors de leur consommation. Mais, à l'heure actuelle, aucune preuve définitive sur ce danger n'a été déterminée. En effet, jusqu'à présent, aucune personne n'est décédée suite à la consommation d'OGM, alors que des millions d'autres peuvent mourir de faim ou pour d'autres raisons. D'autre part, sur le plan socio-économique, certains agriculteurs ont tendance à devenir facilement dépendants de ces cultures transgéniques.

Quelles sont les mesures à prendre pour maîtriser les risques encourus dans l'utilisation des OGM ?
L'information et la prévention du consommateur constitue une des premières mesures. Viennent ensuite les mesures de législation concernant la recherche sur les OGM, leur culture ainsi que leur mise en marché. Le contexte actuel de mondialisation économique et d'ouverture sur les marchés nous impose donc de prendre des mesures de sécurité en matière d'OGM. La ratification de la Convention sur la Diversité Biologique en mai 1993, le protocole de Carthagène sur la Prévention des Risques Biotechnologiques en juin 2002 ainsi que la formation d'un comité national de recherche approfondie concernant les OGM ont pour objectif d'instaurer une réglementation visant à contrôler et minimiser ces risques. Ces premières étapes constituent des dispositions à la fois encourageantes pour le chercheur et rassurantes pour le consommateur.


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