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Vers la tenue du Conseil National du Parti Démocratique Progressiste (PDP) - Maya Jribi secrétaire générale : -Nous appelons à des mesures concrètes pour l'assainissement du climat politique-
VIE POLITIQUE/SOCIETE CIVILE
Publié dans Le Temps le 13 - 04 - 2009

Le Parti Démocratique Progressiste (PDP) tiendra le 25 avril 2009 son conseil national qui sera axé principalement sur la participation du parti aux prochaines échéances électorales présidentielle et législatives.
A cette occasion nous avons invité la secrétaire générale du parti Maya Jribi. Elle nous parle ici de l'ordre du jour de ce conseil national, du programme électoral du PDP, de la participation du parti à ces élections notamment les législatives aux quelles il compte présenter des listes dans toutes les circonscriptions, des réformes à entreprendre pour réussir ces échéances électorales et d'autres questions. Interview.

Le Temps : Quel sera l'ordre du jour du Conseil National du parti qui se tiendra le 25 avril 2009 ?
Maya JRIBI : Je me dois de rappeler, tout d'abord, que le Conseil National était programmé pour le 4 avril dernier, mais tous les hôtels contactés ont été unanimes à prétexter " une activité commerciale soutenue " à la date indiquée (et également à toutes les dates que nous avions proposées par la suite !), ce qui ne laissait point de doute sur le caractère politique de ce refus.
Une telle interdiction est d'autant plus grave qu'elle a lieu la veille d'un rendez-vous électoral important et seulement quelques jours après le discours présidentiel du 20 Mars ayant justement affirmé que tous les moyens seront mis à la disposition des partis légaux pour participer aux prochaines élections.
Face à cette situation inquiétante, le PDP a tenu une session extraordinaire de son comité central qui a annoncé une campagne " pour le droit aux espaces publics " et souligné la détermination de ses militants à tenir le Conseil National le 25 avril prochain et ce, quelles que soient les contraintes et les formes d'interdiction qui peuvent le frapper de nouveau.
Quant à l'ordre du jour, il s'inscrit en plein dans les élections.
Le Conseil National prochain marquera la troisième phase de la campagne politique du PDP pour des élections libres et loyales, entamée il y a déjà plus d'un an.
Son ordre du jour s'articulera autour de 3 axes essentiels :
1. Le premier concerne les réformes constitutionnelles et législatives revendiquées par le PDP pour une vie politique évoluée et institutionnalisée. Les cadres du parti auront à débattre d'un projet de réformes de la Constitution de 1959 dans un sens préservant la citoyenneté, visant la souveraineté populaire et s'inscrivant dans cet élan citoyen et démocratique qui se généralise de par le monde. Ils débattront également d'un projet de réformes du Code Electoral pour la conduite d'élections libres et démocratiques. Les deux documents seront rendus publics dès leur validation par cette instance.
2. Le deuxième concerne les préparatifs des élections législatives en termes de programmes régionaux, de mobilisation des équipes et de constitution des listes. La réunion devant aboutir à un rétro planning détaillé
3. Quant au troisième volet, il porte sur les élections présidentielles, les axes de la campagne pour la période à venir, le programme global du candidat et les moyens de sa médiatisation.

Quelles sont les grandes lignes du programme électoral du parti pour les prochaines élections ?
Après plus de 50 ans d'indépendance, les Tunisiens ont le droit de vivre pleinement leur citoyenneté; ils aspirent à un emploi digne et à une qualité de vie satisfaisante et ils revendiquent leur appartenance à l'aire maghrébine et à l'univers arabo musulman, d'une manière effective et non virtuelle, la dernière guerre de Gaza l'a encore une fois démontré.
Le PDP fait siennes ces revendications et ces aspirations qui constituent les axes directeurs de son programme pour une Tunisie Meilleure.
Sur le plan politique, La Tunisie fait malheureusement exception dans une dynamique quasi générale de changement démocratique par voie de scrutin, avec son système politique verrouillé, avec ses aires de libertés publiques et individuelles rétrécies, avec ses espaces publics exclusivement réservés au parti au pouvoir et à ceux qui gravitent autour de lui, avec ses élections qui se succèdent et qui se ressemblent tristement.
Le programme du PDP vise justement le respect de la citoyenneté et œuvre pour la contribution de tous à l'édification d'une Tunisie qui respecte le droit de chacun et qui motive l'apport de tous.
Cela se traduit par l'appel à des mesures concrètes pour l'assainissement du climat politique et notamment par la promulgation d'une amnistie générale tournant à jamais une page douloureuse de la vie de la Tunisie moderne et par une révision des lois régissant la vie publique et médiatique dans un sens qui respecte la différence et qui encourage la large participation et la libre expression.
Les prochaines législatives seront régies par un code électoral désuet qui ne favorise ni le libre choix ni le pluralisme et dont les derniers amendements ne font que confirmer l'urgence des réformes fondamentales le concernant.
Le PDP milite pour un nouveau code électoral répondant aux normes internationales de transparence et de démocratie.
Il appelle à une constitution ouvrant la voie à l'alternance, garantissant l'indépendance de la justice et institutionnalisant la séparation des pouvoirs.
Sur le plan socio-économique, les incidences de la crise économique mondiale se font de plus en plus sentir. Les choix gouvernementaux n'ont pas permis la réalisation du " progrès social pour tous " tant promis: disparités régionales accentuées, chômage des diplômés, pouvoir d'achat en continuelle baisse, tout cela menant à une jeunesse en mal d'espoir et de perspectives, dramatiquement attirée par un mirage de salut-outre-mer.
Le PDP met l'Emploi au cœur de ses préoccupations. Son programme souligne l'urgence des réformes économiques pour une impulsion de l'investissement. Viser un taux de croissance à deux chiffres est certes une obligation pour arriver à résorber substantiellement le chômage, mais cela doit absolument s'inscrire dans une stratégie de justice sociale, de lutte contre la corruption et de développement équitable profitant, en priorité, aux régions les plus pauvres de la Tunisie, trop longtemps oubliées. Une telle stratégie stimulera la participation dans toutes ses dimensions, notamment, par la mise en place de mécanismes de démocratie locale garantissant contrôle, transparence et efficience.
La bonne gouvernance est une voie obligée pour un vécu meilleur pour tous. Ce qui nous renvoie, de nouveau, au chapitre politique. Indépendance de la justice, liberté de la presse, climat politique assaini sont des conditions nécessaires pour encourager l'initiative et redonner espoir.

Pour les législatives, le PDP va-t-il constituer des listes avec d'autres partis ?
Les lectures de la situation politique et de la mission de l'opposition en cette phase importante de l'histoire de la Tunisie diffèrent d'un parti à l'autre, au sein de l'opposition démocratique. Il est normal que les contraintes des uns et les avantages des autres dictent des voies différentes à emprunter pour ce rendez-vous électoral. Ceci est de bonne guerre. Le PDP l'a toujours précisé: faute de démarche commune, qui, certes, n'aurait pu que renforcer la pression dans le sens du changement, il prône les démarches solidaires/complémentaires, notamment en matière de législatives.

Quelles sont les réformes à entreprendre pour réussir ces élections ?
De par le monde, les élections sont aujourd'hui une opération fortement médiatisée et clairement régie par des normes internationales reconnues par tous. Le PDP considère que la Tunisie a un retard de décennies sur ce chapitre. Les Tunisiens qui commémorent fièrement, en ce mois, la fête de leurs martyrs tombés en scandant haut et fort le slogan " Parlement Tunisien ", sont toujours en attente du droit de choisir librement leurs gouvernants et leurs représentants.
Pour que les élections tunisiennes soient réellement un moment de choix, il y a urgence d'instaurer un climat politique de confiance incitant la participation publique et redonnant son sens citoyen à l'action politique. Ceci ne peut avoir lieu sans amnistie générale, sans liberté de presse et d'organisation, sans espaces publics ouverts aux débats et aux compétitions. Les prochaines élections ne peuvent se passer sereinement sans l'élargissement des prisonniers du bassin minier et sans le règlement de ce dossier sous l'angle socio-politique et non sécuritaire.
Les réformes du code électoral que propose le PDP partent des réalités tunisiennes et s'inspirent de diverses expériences. Elles concernent l'organisation et la supervision de l'opération électorale par une instance indépendante, la réduction du nombre de bureaux de vote, l'adoption de techniques et procédures permettant la transparence de l'opération de même que l'instauration d'un mode de scrutin favorisant le pluralisme et coupant avec l'hégémonie d'un seul parti. Sur le plan des présidentielles, le PDP appelle à la limitation des mandats du Président de la République et à l'institution de conditions encourageant et facilitant les candidatures plurielles, pour une alternance pacifique et sereine.
Il ne s'agit pas là de vœux pieux, tous les pays ayant vécu des changements démocratiques par voie de scrutin ont emprunté ce processus de réformes incontournables.
Les élections étant un processus dynamique ne se limitant nullement à l'acte du scrutin, le PDP appelle le gouvernement à autoriser, dès aujourd'hui, des missions d'observation internationales, indépendantes et reconnues; et elles jugeront de la manière la plus neutre, et après avoir sondé toutes les situations et écouté toutes les parties concernées, de ce gap inquiétant entre les aspirations des Tunisiens et leurs réalités.
Interview réalisée par Néjib SASSI


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