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Le pourfendeur joyeux
Disparition de Claude Chabrol
Publié dans Le Temps le 14 - 09 - 2010

L'atmosphère glauque et oppressée de certains de ses films dont le thème de prédilection est la bourgeoisie de province, avec ses travers et ses vices cachés n'a jamais cadré avec l'expression bonhomme et joviale du personnage, qu'on imagine attablé jusqu'à plus soif, en digne épicurien et en fin gourmet, lequel à ce qu'il disait, choisissait ses lieux de tournage en fonction des bonnes tables du coin. Histoire de joindre l'utile à l'agréable, enfin ses deux plus grandes passions, à savoir le cinéma et la gastronomie.
Compagnon de route de la « Nouvelle Vague » française, depuis l'épreuve du feu des « Cahiers du cinéma », aux côtés de François Truffaut et de Rivette, jusqu'à ses premiers films : « Le beau Serge » et « Les cousins », Claude Chabrol qui s'est démarqué par la suite en inventant à mesure, sa marque de fabrique est mort le dimanche matin à l'âge de 80 ans. L'auteur de « La cérémonie », du « Boucher », de « Betty », de « Violette Nozière » et autres chef d'œuvres, laisse derrière lui une quantité impressionnante de films, tournés aussi bien pour le cinéma que pour la télévision, et la tristesse infinie de ceux qui ont eu la chance de le côtoyer de très près. Stéphane Audran, qui fut sa comédienne fétiche à ses débuts mais aussi son ex- femme, Isabelle Huppert qu'il a révélée au public et qui a tourné avec lui quelque sept films flamboyants, Sandrine Bonnaire…, et autres gens du métier, lesquels semblent s'être donnés le mot pour évoquer ce qui semble être les traits dominants de son caractère et de sa personnalité : la truculence, la générosité et la gaieté. En un demi- siècle d'existence prolixe, Claude Chabrol a imprimé sa place dans le paysage d'un cinéma français, qui perd là un pourfendeur joyeux et grave à la fois, qui ne craignait pas d'épingler les mœurs de la bourgeoisie de province, à la manière d'un Balzac qu'il affectionnait, avec une intelligence du regard qu'il masquait derrière une distance de façade, dans des films où il n'hésitait pas cependant pas à forcer le trait si besoin est, pour dévoiler la noirceur qui se cache en montrant patte blanche, et l'innocence pervertie. Au risque de choquer et il ne s'en privait pas, déclinant selon l'inspiration du moment, polars ou comédies à la sauce corrosive, drames ou autres, les diverses facettes de l'âme humaine, en ce qu'elle a de plus mystérieux, de plus ombrageux, de plus énigmatique, pouvant conduire parfois jusqu'au crime. Mais Chabrol, c'est aussi la tendresse retenue de « Betty », ou de « La fille coupée en deux » à des années d'intervalle, et l'humour d'un « Poulet au vinaigre » assaisonné façon Jean Poiret, pour ne citer que lui. Aujourd'hui, il va falloir continuer sans lui, mais son œuvre reste…

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