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L'ère des « Policy –mix »
Mutations inévitables des banques centrales
Publié dans Le Temps le 19 - 10 - 2010

• Pour garantir leur survie et les équilibres macroéconomiques, les banques centrales doivent aujourd'hui combiner entre politique monétaire et politique prudentielle - Depuis un bon moment, on ne fait que répéter ici et là que la crise financière déclenchée au mois de septembre 2008 est derrière nous. Depuis ce « coup d'Etat financier » comme l'a appelé Michael Moore dans son dernier film ; « Capitalism ; A love story », les séquelles de la crise financière ne font que persuader. Pire, le passage du « wall street » au « main street », ne peut que confirmer cela.
Ce que la crise de 2008, depuis le collapse de « Lehman Bros » et les autres grands mastodontes américains, a réussi à faire, c'est de pousser plus d'un gouvernement, à travers la planète, et notamment en Europe à se trouver dos au mur et à opter pour ces mesures drastiques d'austérité. Des mesures qui poussent les gens à envahir les boulevards des grandes villes européennes pour protester et crier leur détresse de ce qui leur est advenu. Les arabes, notamment ceux du Golf ont dû payer cher les pots cassés par les autres, et les montants faramineux perdus s'élèvent à 2.2 trillions de dollars, évalue-t-on. Et cela ne s'arrête pas là…actuellement on s'attaque à la Chine, désormais seconde puissance économique mondiale, et notamment à son Yuan. Les responsables chinois ne mâchent pas leur mot : « si les Américains cherchent à remédier à leur économie, qu'ils aillent trouver d'autres bouc émissaires que notre devise », lance-t-on à Pékin. Toutes ces palpitations, trouvent à l'origine cet engouement au gain rapide (et facile), qui n'est pas au fait étrange au système capitalistique en général. En fait, et depuis que l'industrie financière fait de son mieux pour attirer les génies, les choses sont à maintes reprises devenues hors de contrôle. Ce que la physique, la médecine, l'ingénierie et tant d'autres spécialités scientifiques attiraient auparavant, ont commencé à le perdre face à une industrie financière à profil très alléchant. Ces génies, ont alimenté la machine financière d'outils qui laissent perplexe tout investisseur, ou simple client. Produits dérivés, titrisation et usage massif d'effets de levier, sont devenus quelque temps après des « produits toxiques » qui ont atteint le cœur de cette industrie financière et l'ont poussé à produire et à reproduire des crises plus graves l'une que l'autre.
Rôle déterminant pour les Banques Centrales ?
Quels « nouveaux rôles des Banques Centrales » dans la « Régulation de la Finance Globale et quelles Réformes de l'Architecture Financière Internationale » ? Tel était le thème de la première Conférence annuelle de « Central Banking 2010 », organisée par le Centre de Recherches et d'Etudes Financières et Monétaires institué au Sein de la Banque Centrale de Tunisie. Conférence ayant eu lieu au cours de la semaine passée, au siège de la BCT à Tunis et qui a attiré un important nombre de professionnels, outre un bon nombre de conférenciers venant de France notamment. L'objet était de penser une finance au service de l'économie et non au service d'elle-même. La crise continue en effet à alimenter les analyses sur les implications en dépit de tout ce qui a été entrepris par les gouvernements, les banques centrales, les institutions financières internationales afin de limiter ses effets et assurer un certain retour au fonctionnement normal des marchés. Selon M. Taoufik Baccar, Gouverneur de la BCT « au delà des aspects microéconomiques, la crise relève à notre avis et plus fondamentalement de facteurs macroéconomiques, ce dont témoignent l'amplification des déficits budgétaires et de la dette publique, la création excessive de liquidités, l'usage démesuré du levier d'endettement, les politiques monétaires procycliques, et surtout les déséquilibres globaux des balances de paiements ». Car « déficits budgétaires et de paiements courants et accentuation du niveau de la dette d'un côté, accumulation de réserves en devises et politiques de change inadaptée de l'autre côté, ont été, à notre sens, les ingrédients de déséquilibres macroéconomiques graves » souligne encore M. Baccar. Les nouvelles orientations suscitées par la récente crise, sont solides pour peser sur les politiques économiques et monétaires dans les années à venir. Et les Banques Centrales deviennent de plus en plus concernées dans cette mouvance, en acceptant des taux d'inflation plus élevées et « des policy – mix » combinant de façon plus étroite la politique monétaire et la politique prudentielle, dans le sens d'une politique monétaire plus contracyclique qu'elle ne l'a été. « Les événements récents ont prouvé l'importance du rôle des banques centrales en tant que prêteurs de dernier ressort sur les marchés monétaires et ont relevé la nécessaire adaptation de ces institutions à leur environnement pour suivre de près les évolutions rapides dans l'industrie financière » précise encore M. Baccar. Les banques centrales se trouvent elles-mêmes limitées pour injecter des quantités importantes de liquidités à chaque fois les marchés financiers causent le prohibé. Et à chaque fois que ces dépassements des places financières ont lieu, voilà que les banques centrales volent à leur secours en recourant à des moyens inédits et non conventionnels du fait du grippage des canaux traditionnels de transmission de la politique monétaire. Les banques centrales, à ce stade, doivent de plus en plus être conscientes du potentiel inflationniste de ces mesures. « Le timing et les moyens de stratégies de sortie des mesures non conventionnelles, indique encore le Gouverneur de la BCT, seront pour les autorités monétaires l'enjeu central des mois à venir et toute la délicatesse de l'exercice consistera à éviter de couper trop rapidement le soutien aux politiques économiques, sans pour autant tomber dans les travers d'une politique monétaire trop accommodante, alors même que le cycle redémarre ».
Qu'est ce qui est à venir ?
L'intégrité des marchés financiers, le renforcement de la transparence et la responsabilisation des acteurs, la réforme des normes comptables d'évaluation des actifs, la limitation des effets contre- productifs des règles d'évaluation Mark- To- Market, la prise en compte des actifs hors bilan outre la transparence des produits structurés, l'atténuation de la procyclicité sur les marchés financiers, la limitation des effets de leviers et le contrôle des agences de notations, sont les chantiers sur lesquels il faudrait absolument travailler dans les périodes à venir. Qu'il s'agisse de sommet de G20, de G8 ou encore des sommets chapeautés par le Fonds Monétaire International (FMI) ou la Banque Mondiale, l'objectif est le même : limiter les effets des crises, car on ne peut plus parler d'empêcher les crises, mais seulement comment s'en prévenir. Car et comme l'a reconnu le Directeur Général du FMI lors des dernières assemblées annuelles « même si la réglementation est indéniablement importante, elle demeure à elle seule insuffisante si le contrôle est défaillant et si la communauté financière internationale n'arrive pas à mettre en place un dispositif adéquat de résolution de crise, parce que personne n'a la naïveté de croire que nous éviterons les crises à l'avenir » souligne Dominique Staruss- Khan.
Bien que les mesures internationales importantes qu'elles-soient, les pays sont appelés à développer leurs propres dispositifs afin de prévenir les crises monétaires et financières et pouvoir mieux faire face. Ce qui implique des politiques macroéconomiques satisfaisantes, des réglementations flexibles et le renforcement des systèmes financiers nationaux. « La focalisation des banques centrales sur le seul objectif des prix et de contrôle de l'inflation n'exempte pas les économies de la récurrence des crises financières, ce qui implique d'introduire la stabilité et la stabilisation des prix des actifs dans les objectifs poursuivis par les banques centrales » souligne-t-on par ailleurs.
Pourquoi en est-on là ?
N'est ce pas la convoitise de certains politiciens et de beaucoup de financiers ? Au moment même que les « objectifs de développement du millénaire » n'ayant pas atteint les 10% de ce qui a été fixé, les traders font couler des actifs « toxiques » de millions de dollars. La crise des crédits hypothécaires aux Etats Unis, l'été 2007, ne fut-elle pas un témoin indiquant le rouge pour prévenir à ce qu'on y arrive là où l'on est actuellement ? La machine de la finance peut-elle maintenant faire marche arrière ? Absolument pas, il est déjà trop tard. La régulation des marchés financiers pourrait en effet couper la route devant une panoplie de nouveaux produits financiers capables d'étrangler certains autres mécanismes de régulation que l'on ose appeler « l'innovation dans l'industrie financière ». Mais, les marchés financiers accepteront-ils de céder ? La déferlante des pertes ne cesse de prendre l'effet «boule de neige» et l'on s'attaque actuellement aux monnaies des économies qui s'en sortent le mieux, mais on oublie les banques, les institutions financières responsables de ces fiascos et les agences de notation qui n'ont pas pu vu le danger arriver ! Le problème, selon beaucoup d'experts, réside dans la finance elle-même, ou plutôt dans ce qu'elle est devenue. Depuis le début des années 1980, cette finance s'est vu décerner une totale liberté de la part des gouvernements anglo- saxons qui vénéraient « la liberté des marchés », et depuis, les financiers se sont déchaînés et n'ont plus de bornes. La finance est depuis devenue manipulée par une poignée de personnes qui ne cherchent que le gain rapide, peu importe les moyens et les façons. La solution résiderait-elle dans un retour, indiscutable, aux sources, avec une finance qui rapporte le profit escompté aux économies et non pas le contraire. Une finance qui est au service de l'économie et non pas au service d'elle-même !


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