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A Grombalia, la vigne a trouvé ses sols préfères
Redécouvertes
Publié dans Le Temps le 10 - 06 - 2007

Le printemps s'est installé, oui, mais fantasque et changeant. Après les giboulées de mars, la sagesse populaire conseille : « En avril, ne te découvre pas d'un fil » ! Les pluies, très bénéfiques, ont redonné un « coup de fouet » à la végétation et le soleil s'est fait plus tiède, plus caressant et plus propice au pique-nique campagnard. Puis, mai est arrivé, ensoleillé mais juin hésite encore !
Puisque nous en sommes à remercier le soleil, souvenons-nous que dans la nuit des temps, il était le dieu principal des Numides auquel le roi Massinissa rendait grâce ! Il a certainement été « recouvert » par Baal Hammon introduit en Tunisie par les Carthaginois qui a lui-même été « rebaptisé », à l'époque romaine, Saturne, mais « Saturne africain » et non pas seulement le dieu du Temps : Saturne romain. Et nous voilà partis vers ... Grombalia ! Pourquoi ? Parce que, d'après certains historiens, spécialistes de Carthage, « Grombalia » serait une antique appellation punique : « Groum Baal » : les cornes, la « force frontale » de Baal.
Ils expliquent aussi que les Carthaginois avaient inventé à l'usage des étrangers, peut-être hostiles, toute une série de toponymes : « Groum-Baal », et « Le grand gouffre » désignant la vallée bordée par les collines du Mornag et le Jebel Ressas fermée par la ville de Neferis ainsi que, peut-être, « Clupea-Aspis » / Kélibia qui était le « bouclier » du territoire carthaginois.
Ces toponymes étaient censés protéger Carthage : « Nomem Omen » : le nom est un présage, diront plus tard les Romains.
Grombalia est le « centre » d'une immense « dépression » entre deux zones de collines, à l'Est et à l'Ouest. C'est essentiellement une plaine triangulaire très basse, s'ouvrant largement sur le golfe de Tunis, qui a une vocation arboricole.
L'arboriculture, pratiquement absente au XIXème siècle, a été implantée dans la dépression de Khanguet El Hadjaj et Aïn Téboursouk avec de vastes plantations de vignes et quelques oliveraies.
Depuis, l'oléiculture a beaucoup progressé ainsi que la culture d'arbres fruitiers. Sur le piémont argilo-calcaire, à l'Ouest, la vigne a trouvé ses sols préférés. La plaine, principalement sablonneuse, à l'Est, est devenue la plus grande région agrumicole du pays. L'agriculture traditionnelle s'est maintenue jusqu'après la grande crise économique mondiale de 1929-1936. L'expansion des plantations d'agrumes a pris de l'ampleur surtout depuis les années 70. Cependant, malgré l'apport d'eau venant des barrages de la région nord tunisienne, l'agrumiculture se heurte aujourd'hui à un déficit certain en eau.
La vigne et la vinification ont traversé une crise très grave après la nationalisation des terres agricoles en 1964 et le départ de l'immense majorité des œnologues européens de la région. Depuis quelques années, d'abord sous l'impulsion de l'U.C.C.V : l'Union des Coopératives Viticoles, puis grâce à de gros investissements tunisiens et étrangers, des cépages nouveaux ont été introduits, de gros efforts d'amélioration de la vinification ont été fournis et des réalisations très intéressantes ont vu le jour.
Pourquoi parler de vin ? D'abord parce que vous ne pouvez pas prononcer les noms de Mornag et Grombalia sans qu'aussitôt votre interlocuteur ne vous cite la marque de son breuvage préféré. Ensuite parce que, certainement, le vin a été introduit en Tunisie par les Carthaginois et qu'il fait donc partie du patrimoine du pays. Il s'est d'ailleurs maintenu très longtemps sous une forme extrêmement archaïque sur les îles de Djerba et de Kerkennah où il avait, un peu, le goût du vin « résiné » grec. Il paraît que ce goût de résine, très particulier et apprécié, de certains vins grecs, serait apparut durant l'Antiquité. Le vin était entreposé dans des amphores poreuses. Les Gaulois n'avaient sans doute pas encore inventé ou fait connaître le tonneau. Pour étancher les amphores, les Grecs les enduisaient de résine qui donnait ce goût au vin. Il est à peu près certain qu'avec le blé, l'huile d'olive et les lentilles, le vin fait partie de la civilisation méditerranéenne depuis l'aube des temps puisque La Bible dit que Noé lui-même se serait enivré. Il est non moins certain qu'à l'époque romaine, la Tunisie produisait et exportait une quantité importante de vin. Actuellement, des archéologues affirment que de nombreux moulins et pressoirs qu'on pensait, naguère, destinés à produire de l'huile, étaient utilisés pour fabriquer du vin.
Il faut tout de même se souvenir, en remontant le cours du temps, que le vin, à l'origine, était un liquide sacré, consacré au dieu grec Dionysos, fils de Zeus et d'une mortelle. Il devait être bu peut-être pour atteindre l'extase, le « contact » avec le dieu, un peu comme les champignons hallucinogènes des Amérindiens.
Ce dieu est présenté comme un bon vivant, dieu de la vigne et du vin, gai mais aussi cruel ! Son origine doit se trouver dans le culte encore plus ancien, comportant des « mystères », d'un dieu champêtre de Thrace. Dionysos est un dieu complexe, de la végétation symbolisée par le pin, le lierre, le figuier et la vigne : toutes plantes méditerranéennes.
C'est aussi le dieu de la fécondité, assimilé souvent à un bouc ou à un taureau. Recouvert, à l'époque romaine, par Bacchus, il est représenté, en particulier sur de superbes mosaïques du musée national du Bardo, accompagné de Silène, son père nourricier, un vieillard, chauve, gras, toujours plus ou moins ivre. Dionysos est suivi d'un cortège de satyres et de bacchantes. Mais son culte, comme celui de son « successeur » Bacchus, a eu une influence considérable sur la « religion » grecque où il a introduit les « mystères » et sur l'art puisqu'il est à l'origine de la poésie et du théâtre. Les dithyrambes, des chants liturgiques, psalmodiés en l'honneur de Dionysos sont les « ancêtres » des pièces de théâtre.
Ainsi donc, on pourrait, sur les pas de Dionysos / Bacchus faire du tourisme dans la région de Grombalia, en particulier, lors du Festival que cette ville organise chaque année. Indépendamment, de la dégustation - gratuite ! - de nombreux vins de très bonne qualité, on peut aussi s'intéresser aux différents cépages : espèces de vigne produisant aussi des raisins de table. On peut faire demander aux œnologues présents, par des jeunes gens qui ne boiront pas une goutte de vin, comment planter, tailler et soigner les vignes ou comment faire du vin, rouge en particulier avec des raisins dont la chair et le jus sont blancs. Mais on peut aussi admirer l'architecture de superbes caves ou apprendre l'histoire de la vinification en Tunisie. « Le Rallye des Caves » qui a été fondé avant la deuxième guerre mondiale, a récemment ressuscité et des agences de tourisme se sont associées à un « historien », spécialiste de la viticulture et des vins tunisiens : Monsieur Mounir Dhaouadi. Il dispose d'une impressionnante collection d'étiquettes, de bouteilles de vin, des documents écrits ou iconographiques et même d'un CD Rom qui présente quelques unes de 600 caves tunisiennes actuellement recensées. On peut aussi goûter à une grillade sur un feu de sarments de vigne.
Mais on peut aussi, dans la région de Grombalia, en suivant les indications fournies par une publication intitulée : « A la découverte du Cap Bon » rédigée par deux historiens et archéologues tunisiens Messieurs Samir Aounallah et Mounir Fantar, vagabonder au hasard de sa fantaisie. Cette publication est très bien faite et permet à ses lecteurs de se rendre, par exemple, à Khanguet El Hadjaj pour retrouver l'antique Neferis punique qui, paraît-il, interdisait le passage vers Carthage, puis aller déplorer l'abandon d'une magnifique maison coloniale construite sur une éminence près de la route menant à Aïn Tebournok. Elle serait sur le site d'une bourgade, d'époque romaine, disparue dont le nom Cilibia survivrait dans l'appellation actuelle du lieu : Kelbia. Le site antique n'a jamais été fouillé ni protégé comme celui de Neferis, ainsi que l'attestent les vestiges antiques remployés dans les murs de la maison coloniale. D'une part, nous trouvons dommage que ce « château », qui est un « reflet » de l'exploitation coloniale, soit laissé à l'abandon alors qu'il fait partie du patrimoine tunisien. D'autre part, une fois de plus, nous déplorons que les petits sites historiques secondaires soient livrés à la rapacité des pilleurs chercheurs de « trésors » et des agriculteurs à la recherche de terres, alors qu'ils pourraient être, dans le cadre d'une véritable politique de tourisme culturel, des atouts à côté de « grands » sites tels qu'El Jem et Dougga où les foules se pressent.
Quelques kilomètres plus loin, on peut aller voir des vestiges protohistoriques. Un hanout s'ouvre dans une petite falaise située sur le Henchir Sidi Messaoud, à droite de la route, au lieu dit Ganyouba. Le marabout encore vénéré actuellement n'est plus qu'un amas de pierres. Il doit rester tel quel, paraît-il, toute reconstruction est impossible ! A proximité, la source de Aïn Halima est aussi l'objet d'une vénération. Au pied d'un vieil olivier, une m'zara : un amoncellement votif de cailloux atteste que de « vieux » cultes survivent encore. Le hanout, lui-même, pour avoir servi, paraît-il, de lieu de méditation à Sidi Messaoud est respecté. Les femmes viennent y faire leurs dévotions et brûler des bougies dans une niche creusée au milieu de la paroi faisant face à l'entrée.
Un tout petit peu plus loin, à gauche de la route, on peut se rendre au marabout, très vénéré dans la région, de Sidi Bou Zekri. Tout près de la Zaouïa, un très curieux hanout a été taillé dans un gros rocher. Son ouverture cintrée se trouve au milieu d'une plate-forme à laquelle on accède par trois marches creusées dans le roc.
En continuant, on arrive bientôt à Aïn Tebournok, l'antique Tubernuc. Certes, l'ensemble des vestiges ou du moins ce qu'il en reste a été enclos. Ils couvraient, parait-il, 50 hectares et ils ont fait l'objet de fouilles importantes. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Seule, la publication précédemment citée, permet de retrouver un peu d'ordre dans l'amoncellement des déchets divers qui couvrent les vestiges antiques. Cette petite route qui, depuis Grombalia, est bordée de sites intéressants, d'une grande cave viticole, de collines qui offrent de superbes randonnées pédestres, pourraient être fréquentée par tous les amateurs de nature préservée, de chasse et de vestiges historiques où l'on ne se bousculerait pas, plutôt que d'être très régulièrement défoncée par d'énormes camions évacuant les produits d'une grande carrière voisine. Combien de temps sera-t-elle encore exploitée ? Les vestiges et les collines pourront attirer les visiteurs - qui procureraient des revenus aux populations locales - durant combien de temps encore ? Le développement durable, la promotion du patrimoine et la protection de l'environnement n'est-ce pas ça aussi ?


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