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« Les salafistes ne représentent qu'une minorité, mais nous ne voulons pas reproduire le système Ben Ali»
Colloque à Paris sur l' « éradication de la précarité en Tunisie »
Publié dans Le Temps le 09 - 03 - 2012

Le câble de notre correspondant Zine Elabidine Hamda - L'Association Entreprendre en Tunisie, qu'anime Mme Samira Labidi, a organisé au Sénat français, le mercredi 7 mars 2012, un colloque autour du thème « Eradication de la précarité en Tunisie ». Elle a eu le tour de force de réunir autour de sénateurs et de la secrétaire d'Etat française à la santé, Mme Nora Berra, pas moins de trois ministres tunisiens de l'actuel gouvernement, M. Abdellatif Mekki, ministre de la santé, Dr Khalil Zaouia, ministre des affaires sociales, M. Slim Besbès, secrétaire d'Etat auprès du ministre des finances, ainsi que de hauts responsables tunisiens auxquels s'est joint M. Diego Canga Fano, chef de cabinet auprès du Vice-président de la Commission Européenne.
L'originalité de ce colloque est d'avoir réuni des officiels gouvernementaux, des experts et des acteurs de la société civile en France et en Tunisie. Pour débattre d'un sujet aussi sensible que la lutte contre la précarité, en période de crise mondiale, l'Association Entreprendre en Tunisie a invité des acteurs des sociétés civiles tunisienne et française : Mme Emna Menif, Présidente de l'Association Kollouna Tounes, M. Ghazi Gherairi, Secrétaire général de l'Académie internationale de droit constitutionnel, M. Jean-Marc Borello, Président du groupe SOS, le Professeur Jean Marsac, Président du Comité Stratégique de HOSPITECH et M. Habib Louizi, Directeur général de l'Office des Tunisiens à l'étranger. Le clou du colloque était la présence active d'une brochette de banquiers et d'assureurs mutualistes tunisiens et français qui ont contribué par leurs propositions à esquisser des pistes de travail et des solutions que les partenaires des deux rives de la Méditerranée ne manqueront pas de prendre en considération.
Après les introductions d'usage du parrain de la manifestation, le sénateur Jean-Pierre Sueur, Président du Groupe interparlementaire d'Amitié France-Tunisie, Mme Labidi a donné le ton du colloque en mettant l'accent sur la nécessité de lutter contre « les fléaux de la pauvreté et de la précarité en Tunisie » et de faire que « le caractère irréversible de la libération des peuples de la région s'accompagne d'une consolidation de leur dignité ». Son association œuvre pour le lancement d'un projet ambitieux de Mutuelle Santé Solidaire qui prendrait en charge les 3 millions de Tunisiens vivant au-dessous du seuil de pauvreté, et d'un second projet de Maisons de retraite médicalisées.
Mme Nora Berra, Secrétaire d'Etat à la santé, a accompli le minimum diplomatique en rendant « hommage au peuple tunisien qui a hissé haut les valeurs de liberté, d'équité et de démocratie pour lui et pour les autres peuples », et en réaffirmant l'engagement de la France à côté de la Tunisie et des Tunisiens et son soutien politique au processus de transition démocratique en cours ». Elle a rappelé que la France a prévu l'octroi à la Tunisie d'une enveloppe de 413 Millions d'euros (2011-2013) pour soutenir la relance économique. Pour elle, le cœur des enjeux est de renforcer les efforts de liberté, de justice et de démocratie que les inégalités, les faiblesses structurelles et l'instabilité politique risquent de compromettre.
Transparence
Les participants au colloque ont été surpris par la liberté de ton et la transparence dans les communications des officiels tunisiens. Répondant à Mme Nora Berra, le ministre tunisien de la santé, M. Abdellatif Mekki, a eu un discours plus politique que technique, mettant l'accent sur la volonté de mettre en commun les valeurs de solidarité : « La France a été le principal pays à nous soutenir dans le processus de mise à niveau du système sanitaire ». Il a exprimé la volonté du gouvernement tunisien de continuer dans ce sens, rappelant que la Tunisie avait opté, depuis 1956, pour une politique avant-gardiste en investissant massivement dans la santé et l'éducation.
Mais c'est l'intervention de Dr Khalil Zaouia , ministre des affaires sociales qui a été la plus remarquée. Il a d'abord dit clairement que « la France va jouer un rôle très important dans le relance de la Tunisie ». Une main tendue, et un signal fort lancé au gouvernement français qui semble réticent, en période électorale, à s'engager dans un partenariat avec le gouvernement provisoire actuel. Ensuite, la liberté de ton du ministre a agréablement surpris les participants. Loin de la langue de bois habituelle, il a dénoncé clairement « les manipulations des chiffres », les falsifications des statistiques faites par l'ancien régime. Les chiffres qu'il a présentés au colloque sur la situation économique et sociale ont alarmé plus d'un : 25% de la population tunisienne au-dessous du seuil de pauvreté, 23% de la population (plus de 2 millions de personnes) ne bénéficient pas de couverture sociale dont 62% des personnes âgées et 578.000 familles ne sont pas éligibles aux systèmes de soin en vigueur (Assurances et mutuelles). La Tunisie compte aujourd'hui pas moins de 740.000 demandeurs d'emploi dont 140.000 diplômés. 85% des actifs occupés sont des travailleurs journaliers.
Ces chiffres ont sonné comme un signal d'alarme auquel est venu s'ajouter le cri de Mme Emna Menif qui, en début de son allocution, a vivement réagi à l'attaque, le jour même, des salafistes contre la faculté de la Manouba où ils ont déchiré le drapeau tunisien et installé le drapeau noir du salafisme à sa place. Elle a interpellé directement les ministres tunisiens présents sur la gravité de l'attaque contre le drapeau tunisien et de la volonté « de destruction de la patrie, de l'Etat tunisien ». «Nous ne pouvons pas construire un système démocratique si les valeurs d'appartenance à la patrie, la volonté de partage ne sont pas respectés », a-t-elle affirmé. Brisant le protocole du colloque, le ministre de la santé, M. Abdlleatif Mekki, a réclamé la parole pour dire : « Nous condamnons toutes les dérives extrémistes qu'elles soient de droite ou de gauche. Notre gouvernement a combattu la dérive salafiste. Ces gens-là ne représentent pas la Tunisie. Les composantes du gouvernement sont modérées. Mais nous ne voulons pas reproduire les méthodes du système de Ben Ali. » Quelques remous désapprobateurs dans la salle et l'incident fut clos.
Des projets ambitieux
Malgré la modestie des animateurs de l'association Entreprendre en Tunisie, leurs projets sont ambitieux. Ils travaillent d'arrache-pied depuis des mois pour mettre en œuvre un partenariat franco-tunisien autour de deux axes majeurs : le lancement d'une Mutuelle Santé Solidarité et de Maisons de retraite médicalisées. Ces deux projets s'adressent aux plus nécessiteux parmi les Tunisiens dont le nombre dépasse les 2 millions, d'après les nouveaux chiffres officiels.
Dans ce cadre, les responsables de l'Association internationale de la Mutualité, de la Fédération tunisienne des sociétés d'assurance, du Groupe SOS et de la MACIF ont apporté leur expérience pour éclairer les cadres juridiques et financiers ainsi que le mode de gouvernance qui devraient permettre l'implantation en Tunisie de structures solidaires de santé, dans ce qui est convenu de désigner par « le privé non lucratif », des structures de soin de qualité ouvertes à tous et où chacun paie en fonction de ses revenus.
Le volet économique, très attendu, devait traiter de la « relance économique en Tunisie au lendemain de la Constituante ». Mais le président de séance, M. Habib Karaouli, PDG de la Banque d'Affaires de Tunisie, a, au pied levé, changé le libellé de la table ronde préférant orienter la discussion vers « l'économie sociale comme réponse à la précarité » et spécialement vers la question du micro-crédit. Le secrétaire d'Etat aux finances, M. Slim Besbès, a expliqué aux présents les orientations du gouvernement tunisien actuel pour relever les défis sociaux et économiques inscrits dans le budget de cette année. Il a par ailleurs donné des précisions sur les exonérations douanières et fiscales pour ceux qui se proposent d'investir en Tunisie, mettant l'accent sur les objectifs sociaux (emploi, réduction des disparités régionales, amélioration des conditions de vie, lutte contre la précarité). M. Férid Ben Tanfous, PDG de l'Arab Tunisian Bank, a saisi cette occasion pour signaler que les banques qui entrent dans 80% des investissements dans le pays, resteront pour les prochaines décennies l'axe majeur de tout développement. Pour éradiquer la précarité, il a mis l'accent sur les transformations nécessaires à apporter, spécialement en matière d'éducation pour, « dans les 30 années à venir, transformer les nouveaux diplômés en une génération d'entrepreneurs. »
Le professeur Jean Marsac, Président du Comité stratégique de HOSPITECH, fort de son expérience en Tunisie où il a longtemps enseigné, a proposé un changement stratégique : combiner le tourisme et la santé, et abandonner le tourisme de masse. Son idée est de développer le secteur prometteur du tourisme de santé en développant et améliorant les centres de Thalasso, en mettant en place des centres haut de gamme (sécurité sanitaire et sécurité financière) qui s'adressent à une population européenne de plus en plus vielle mais nantie.
M. Diego Canga Fano de la Commission européenne a clos le colloque en relançant l'idée du professeur Marsac sur le tourisme durable qui consisterait à aider les séniors européens à voyager, en basse saison, vers la Tunisie. Ce qui, d'après les études de la Commission européenne, devrait amener 1.8 millions de touristes supplémentaires vers la Tunisie. Il a par ailleurs tenu à lancer un avertissement aux membres du gouvernement sur la permanence de « la bureaucratisation du système tunisien qui constitue un frein à toute coopération », suggérant par là une simplification des procédures administrative, plus de transparence dans la gouvernance et une lutte sérieuse contre la corruption endémique qui a dominé le système du temps de Ben Ali.
Au vu du nombre de ministres qui se sont déplacés pour ce colloque, le gouvernement tunisien semble avoir mesuré le risque de se couper de la France et de l'Europe, après avoir privilégié, dans un premier temps, les investisseurs des pays du Golfe. Cette démarche de main tendue sera-t-elle prise au sérieux ? La « présence » française à ce colloque, même réduite, est un signe encourageant d'autant que l'événement a eu lieu dans le Sénat, la Maison des Sages.


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