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Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres et des Humanités de La Manouba
Question de l'heure
Publié dans Le Temps le 04 - 11 - 2012

«Nous sommes déterminés à continuer la lutte jusqu'au bout pour faire triompher les libertés académiques et les valeurs de la modernité»

Il est devenu l'une des figures emblématiques de la polémique mettant face à face modernistes et « Salafistes » depuis les fameux événements de la faculté de La Manouba de l'année écoulée. Après le 5 juillet, il a comparu le 25 octobre sur la base d'une plainte déposée contre lui par une fille nikabée.
Si Habib Kazdaghli se trouve au cœur de la querelle c'est certes en raison de sa qualité de doyen de cette institution universitaire, mais aussi, et selon ses détracteurs, parce qu'il a versé de l'huile sur le feu, un feu qu'il aurait pu éteindre s'il n'avait pas cherché l'escalade donnant par là une tournure accentuée et inquiétante à un événement mineur. Son procès qui prend la forme d'un feuilleton dépasse le cadre juridique et devient manifestement et nettement politique, d'après certains observateurs dénonçant une conspiration contre les acquis modernistes de l'université. C'est à propos de toutes ces questions que nous avons discuté avec le doyen de la faculté de La Manouba en vue d'une meilleure compréhension de la situation sujette à de nombreuses interprétations et exposée à de nouvelles proliférations encore plus nuisibles. On tient à préciser qu'en quittant son bureau, sa secrétaire nous a arrêtés, elle nous a prié de patienter et de ne pas descendre tout de suite, car des étudiants islamistes étaient en train de faire la prière dans la halle d'en bas. Ils bloquaient la sortie.
Le Temps: Si vous nous rafraîchissez un peu la mémoire sur les événements de l'année dernière d'autant plus qu'ils ont connu plusieurs versions contradictoires?
Habib Kazdaghli Ce jour-là, j'étais en train de signer des documents à l'un de mes employés quand deux filles étaient entrées dans mon bureau sans en demander l'autorisation. Je les ai sommées de quitter les lieux, mais elles ont refusé et l'une d'entre elles est allée derrière mon bureau et s'est mise à tout saccager avec une aine et ce en dépit des cris réitérés de sa camarade qui essayait de la sermonner. Tout ce qu'elle a pu obtenir d'elle c'était plus d'obstination à aller jusqu'au bout dans ses actes de vandalisme en lui répondant « je le brûlerai avec son bureau ». Donc, comme vous pouvez l'imaginer, j'étais dans une situation chaotique, je suis, immédiatement, allé au bureau du secrétaire général d'où j'ai téléphoné à la police qui m'a fait savoir que, tout en me croyant sur parole, elle devait patienter et attendre les consignes avant d'intervenir, car les « Salafistes » étaient partie au conflit. On m'a alors sollicité de venir déposer plainte. A mon retour à la faculté, vers 16h, après avoir rempli cette formalité, j'ai vu une ambulance en franchir la porte. En m'y renseignant, on m'a informé que l'une des deux filles en « Nikab » s'est évanouie en sortant de mon bureau prétendant que c'était à cause des coups que je lui ai assénés. J'ai appris par la suite que le médecin lui a fourni un certificat médical attestant qu'il y avait les traces d'une gifle sur sa joue droite, ce qui suppose que je sois un bon gaucher, alors que je suis droitier. Je me suis trouvé accusé d'une agression qualifiée bien que je sois le plaignant en tant que doyen, un responsable mandaté par ses collègues et agissant au nom de l'Etat pour gérer les affaires de cette faculté. J'ai tout de suite compris qu'il s'agissait d'une manipulation et d'une instrumentalisation de la justice.
Une forte mobilisation de la société civile et une solidarité internationale
Comment jugez-vous le procès qu'on vous fait?
J'ai reçu la convocation le 9 juin et je n'ai communiqué l'information à mes collègues que le 22 du mois par souci d'assurer la bonne marche des examens. J'ai comparu devant la justice le 5 juillet, mais le scoop de cette première séance c'était que le parquet, c'est-à-dire le ministère public a requalifié les chefs d'accusation : alors que j'étais convoqué pour violence légère conformément à l'article 319 du code pénal, je me suis trouvé sous la coupe de l'article 101 pénalisant un fonctionnaire qui utilise sa fonction pour attaquer le public sans aucune raison, ce qui veut dire que je deviens passible de cinq ans de prison. Depuis cette date jusqu'au 25 octobre, on a vécu une période très difficile ma famille, mes amis et moi, et à l'approche de cette échéance, il y a eu une grande mobilisation dont les principales manifestations étaient les banderoles et le port du brassard rouge au sein de la faculté. Mon procès a, également, touché la société civile, puisque une coordination de plus de 40 associations s'est constituée autour de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, elles dénonçaient toutes l'insécurité qui menaçaient les doyens dont la profession était fragilisée au point qu'ils risquaient à tout moment d'être attaqués dans leurs propres bureaux par des individus cagoulés. Cette vague de solidarité a dépassé les frontières de notre pays : des collègues de la Belgique et de la France sont venus manifester leur soutien inconditionnel à mon égard tout en précisant que leur intention n'était nullement de s'immiscer dans les affaires intérieures de la Tunisie mais de défendre les libertés académiques. Une pétition internationale était, également signée dans 27 pays. Certes, notre histoire a connu le despotisme et des passe-droits, mais à aucun moment elle n'a enregistré une comparution d'un doyen élu et en exercice de ses fonctions devant la justice. J'ai confiance en l'indépendance de cette dernière, toutefois ce que j'ai vécu était une tentative de mise à pas de l'université par le biais de l'instrumentalisation de la justice qui essaye de m'incriminer en se basant sur des accusations mensongères d'une fille identifiée par le médecin et le juge devant lesquels elle s'est dévoilée et totalement inconnue pour ses professeurs et son doyen.
La mosquée « Ennour », la pourvoyeuse d'intégristes et d'armes
Vous parlez de manipulation et de changement de griefs, est-ce que vous accusez une partie bien déterminée d'être derrière tout cela ?
Bien évidemment, parce que l'affaire qui remonte au 25 octobre a connu, le 28 novembre, un grand rebondissement, alors qu'il s'agissait d'une simple exigence pédagogique qui relevait strictement des prérogatives du doyen et du conseil scientifique. Donc, il n'a jamais été question du vêtement lui-même, le « Nikab », mais d'une relation interactive entre les professeurs et leurs étudiants et de la bonne marche des études nécessitant que les cours se fassent à visage découvert. Nous défendons des vérités de la Palice. Le fondement du conflit c'est, alors, la présence de groupes d'extrémistes religieux refusant cette lecture pédagogique au nom de leur interprétation de la religion, c'est-à-dire qu'ils voulaient imposer leur volonté à la faculté. Face à cette intrusion et menaces musclées, toutes les associations de la société civile et tous les partis démocratiques fraîchement élus à l'époque ont condamné la violence et apporté leur soutien total au conseil scientifique à l'exception de certains autres qui ont brillé par l'ambiguïté, c'étaient le parti politico-religieux, « Ennahdha » ainsi que le ministère de l'enseignement supérieur et celui de l'intérieur qui n'ont pas bronché pendant tout un mois, une attitude qui a, visiblement, suggéré aux agresseurs qu'ils pouvaient agir en toute impunité. Et ce qui faisait planer l'ombre d'une manipulation c'était que les renforts venaient, comme me l'ont affirmé les étudiants, de « Douar Hicher » et plus précisément de la mosquée « Ennour », le théâtre des derniers événements sanglants. Car le groupe des intégristes religieux appartenant à la faculté était très peu nombreux ne dépassant pas les cinq personnes, mais quand vous en voyez deux cents devant vous, là, vous établissez très vite le rapport et vous comprenez très bien que nous avions affaire à des gens bien organisés ayant une stratégie bien définie. Et pour les cacher, on vous lance des fumées en disant que c'est le doyen qui est politisé appuyant leur allégation par le fait que ce problème n'existe qu'à La Manouba. L'université respecte la religion et la politique, mais la priorité est au savoir, je défends les libertés académiques qui font partie intégrante des libertés publiques.
. Quelle était l'attitude de l'autorité de tutelle à votre égard lors de votre dernière comparution ?
Le ministère m'a appelé à deux reprises par le biais, tout d'abord, du chef du cabinet, Mr Soufiène Mansouri, ensuite, du directeur général de l'enseignement supérieur, Mr Wahid Gdoura, qui a assisté au procès en sa qualité de camarade de classe mais surtout à titre officiel. Je ne peux qu'apprécier ce geste et j'espère que Mr le ministre, qui se trouve en Arabie Saoudite et auquel je souhaite un bon pèlerinage, de confirmer cette démarche. Toutefois ce pas positif ne m'empêche pas de dire qu'au niveau de la défense, en dehors de l'assistance de plus 25 avocats tous bénévoles, le ministère ne m'en a pas désigné un d'office conformément à l'article 9 de la fonction publique qui stipule que lorsque un fonctionnaire est mêlé à la justice, ils est du ressort du contentieux de l'Etat de lui charger un avocat, et jusqu'à présent, je ne connais pas le nom de celui qui m'a été confié.
Je ne renie pas mon appartenance idéologique, bien au contraire, j'en suis fier
On vous a accusé d'être à l'origine de ces événements et d'appliquer un agenda partisan, qu'est-ce que vous y répondez ?
Ce sont des accusations qui visent, tout simplement, à m'isoler. Je ne nie pas mon appartenance politique, cela fait maintenant 38 ans que j'œuvre dans ce domaine, j'ai combattu en tant qu'étudiant communiste, en tant que militant du l'UGET le despotisme, ensuite comme enseignant du secondaire et plus tard en tant qu'universitaire. Et je teins à préciser que mes collègues m'ont élu sur la base d'un programme pédagogique et non pas politique, et pour rappel, mes collègues syndicalistes peuvent témoigner que c'était seulement cette considération qui était mise en avant le 2 novembre 2011 lorsque le conseil scientifique a pris la décision d'interdire le port du « Nikab » dans les salles de cours, à l'exception des autres aires de la faculté, suite à une assemblée générale convoquée par le syndicat de base de la faculté qui nous a présenté une motion. Donc, la décision était prise à l'unanimité avec un référentiel purement pédagogique et de communication comme l'exige le métier, en fait, elle consiste en l'application de l'article 20 du règlement intérieur de la faculté. J'ai bien évidemment mes idées que j'ai toujours affichées et défendues pacifiquement et je n'ai pas attendu la Révolution pour le faire comme certains, je m'inscris pleinement dans notre projet sociétal et je regrette profondément que le brouillon de la constitution ne s'y réfère même pas et se taise sur les acquis de la Tunisie indépendante, et il faut rappeler que la Révolution s'inscrit dans la continuité de cette voie moderniste et démocratique inaugurée par nos prédécesseurs. Il est vraiment regrettable que le mot magique de liberté académique ne soit pas inscrit dans la constitution. On me porte un autre type d'accusation se rapportant à une thèse sur l'histoire du parti communiste tunisien dont je suis titulaire et je crois qu'en matière de recherche académique, il n'y a pas de « Haram » (interdit), bien au contraire, c'est une fierté pour la Tunisie exactement comme l'est aussi la thèse de mon collègue Alaya Allani sur le mouvement islamiste en 1991 justement quand les militants de « Ennahdha » étaient poursuivis par le régime de Ben Ali. Et comme je suis l'un des rares spécialistes de l'histoire des minorités et en particulier de la minorité juive en Tunisie, on me taxe de sioniste et s'en sert comme on se sert de mon obédience communiste pour expliquer la raison de mon refus du « Nikab » que je considère comme vêtement et je respecte les gens qui le portent même si en tant que Tunisien j'y vois une régression civilisationnelle.
La rétractation du Président de la République dénote une contradiction inquiétante
Dans sa dernière allocution télévisée, le Président de la République était d'un avis contraire au votre concernant le port du « Nikab » en salles de cours considérant votre position comme étant un empiètement sur la liberté d'habit. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Malheureusement, on a mal accueilli, nous universitaires, cette partie du discours où, en fait, il n'était pas entré en contradiction avec nous mais avec lui-même, il était en contradiction avec ses positions personnelles. Sachez que le 20 novembre 2011, une semaine avant qu'il ne soit nommé président, au moment où j'étais mis à terre par les groupes d'intégristes devant la faculté, j'ai reçu un appel de sa part où il a exprimé son soutien à notre lutte pour une université autonome et qualifié ces derniers de hordes sauvages avant de les assimiler à des microbes. Et le 5 janvier 2012, il a reçu une délégation du conseil scientifique pour leur témoigner sa solidarité. Personnellement, je ne les ai pas accompagnés, car ce jour-là c'était le jour de l'évacuation des « Salafistes » du bâtiment, donc j'ai tenu à être avec le procureur de la République pour qu'il n'y ait pas de dépassements. Mes collègues, dont Mr Chokri Mabkhout, qui étaient reçus au Palais par Mr Marzouki nous ont fait un comte rendu dans lequel ils ont relaté le soutien inconditionnel de ce dernier pour notre cause. Mais tout récemment, il a reçu un groupe de ceux-là même qu'il insultait il n'y a pas longtemps, est-ce que c'est la realpolitik ou bien son changement de camp qui le poussent à épouser de nouvelles positions ? Libre à lui s'il soutient cela pour des considérations politiques, mais venant d'un collègue et en l'occurrence un médecin, la chose est tout à fait inadmissible, et je souligne, à ce propos, que les quatre doyens des facultés de médecine partagent l'opinion générale des enseignants. Il s'avère que notre collègue médecin s'est rétracté, c'est dommage, mais je lui fais confiance, car comme il change constamment d'avis, je mise sur une nouvelle rétraction en notre faveur cette fois-ci. Mr le Président m'a promis de venir à la faculté de La Manouba le 25 mars dernier pour assister à la conférence du Dr Hichem Jaït, mais il ne s'est pas présenté, en tout cas on l'attend toujours pour qu'il rende hommage à cet établissement universitaire devenu le symbole du patriotisme le jour où l'étudiante Khaoula Rachidi a, courageusement, défendu le drapeau national contre les « Salafistes ».
C'est le projet moderniste qui est visé par les intégristes
Ne voyez-vous pas que, de par son incarnation de la pensée humaine, l'attaque par les « Salafistes » de la faculté de La Manouba dépasse le volet purement pédagogique et vise les acquis de la modernité dans son ensemble ?
Absolument, et la suite des événements le confirme, d'ailleurs, à leur déclenchement, les gens se demandaient pourquoi cette faculté et non pas les autres se trouvant juste à proximité. C'est une bataille qui a plusieurs charges symboliques, notre faculté a toujours été le bastion de luttes féroces pour la sauvegarde des projets modernistes par des étudiants progressistes, rappelez-vous les événements de Mars 1982. Une génération de professeurs est passée par là qui ont défendu les valeurs rationnelles de notre patrimoine arabo-musulman, je voudrais rappeler, ici, que cette faculté était toujours celle de Abdelmagid Charfi, Taoufk Baccar, Raja Ben Slama, Amel Grami, Mohammed Haddad, c'est également une faculté ouverte à l'étude des composantes plurielles de notre société ; notre laboratoire « régions et ressources patrimoniales » est reconnu au niveau international comme un centre d'études pour les différents apports humains qu'a connus la Tunisie. Donc, il y a toutes les symboliques, toute une charge qu'on a voulu ébranler, et on m'a dit, à maintes reprises, qu'on me casserait, et, bien évidemment, les menaces dépassaient ma personne, elles visaient la faculté qui est devenue un peu la Stalingrad de la deuxième guerre mondiale, c'est-à-dire que si elle tombait, le reste suivrait, c'est un peu l'effet domino où la chute de la première pièce fait écrouler le reste. C'est une charge dont les professeurs sont parfaitement conscients, et je salue, par l'occasion, en particulier, mes collègues femmes. Notre combat n'est pas un combat individuel, c'est celui de toute une société civile qui s'est mobilisée pour défendre ses acquis. Je reçois presque quotidiennement des appels téléphoniques de la part de collègues retraités et en exercice me témoignant leur soutien et considérant que ce qui se passe à La Manouba est un enjeu vital à la fois pour l'université dans son ensemble et pour la Tunisie telle que nous l'imaginons et que les perspectives qu'a ouvertes pour nous cette vaillante Révolution Décembre 2010/Janvier2011 devraient nous inciter à aller encore de l'avant afin de lever haut, très haut l'étendard du progrès et du savoir.
La sécurité des établissements universitaires devrait être du ressort des doyens et des directeurs
Face à la violence qui sévit à l'université, il ya des voix qui s'élèvent pour réclamer le retour des vigiles. Etes-vous favorable à ce retour?
L'une des premières grandes décisions prises au lendemain de la Révolution, je crois moins d'une semaine après, c'était celle relative à l'expulsion de ces intrus. Comme vous le voyez ce poste de police n'existe plus et c'est une fierté pour la faculté. Donc, le retour de la police universitaire n'est envisagé par personne, le processus est irréversible. La présence de postes de police à l'université rappelle les régimes autoritaires tels que ceux du « Baâth » comme racontent les étudiants qui étaient en Iraq où même l'armée était autorisée, parfois, à y pénétrer. Conformément à l'article 30 de la gestion, les forces de l'ordre ne pourraient intervenir que suite à une demande formulée par le doyen, le seul responsable de la sécurité des lieux, quand il se trouve dans un état d'incapacité, là, il peut les appeler à la rescousse, ce qui veut dire que leur présence dans l'enceinte de la faculté est tout à fait exceptionnelle. Pour ce qui de la sécurité à l'intérieur, il faut qu'elle soit placée sous les ordres du seul doyen et assurée par un corps recruté par le ministère de l'enseignement supérieur et formé pour cette tâche, car ce que nous avons là ce sont des gardiens n'ayant reçu aucune initiation en la matière. Nous parlons d'un corps de sécurité comme celui se trouvant, par exemple, à la Sorbonne ou bien dans la majorité des universités européennes modernes que j'ai visitées où l'autonomie est respectée et où on ne touche ni à la liberté de penser, ni aux libertés syndicales et culturelles. Ce corps fonctionne exactement comme ceux chargés de la gestion du matériel audio-visuel ou bien du nettoyage, par exemple, c'est, donc, l'une des composantes de la faculté dont nous réclamons la présence parmi le personnel y existant. Ce n'est pas dans un esprit répressif que nous voulons mettre en place ces agents de sécurité et il ne s'agit aucunement d'une manigance ou d'une manipulation de notre part comme le prétendent quelques uns.


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