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Trois agressions par semaine à l'endroit des journalistes
Violations de la liberté d'expression
Publié dans Le Temps le 06 - 11 - 2012

En Tunisie, trois agressions contre les journalistes sont recensées chaque semaine. Ce chiffre aussi simple paraît-il, reflète une réalité alarmante dans notre pays où les professionnels du secteur des médias sont confrontés plus que jamais à plusieurs formes d'agressions.
En fait, révolue l'époque où la police toutes spécialités confondues se charge de cette mission sous instruction du régime tortionnaire. Les agresseurs sont variés après la Révolution. En plus de la machine classique, ce sont les groupes islamistes radicaux, les groupes de lobbying économiques ainsi que quelques partis politiques et des citoyens qui attaquent aujourd'hui les journalistes. La donne a en effet, beaucoup changé d'où des risques majeurs pour le journaliste ainsi que sur le secteur. Conscient de cette réalité alarmante, le Centre de Tunis pour la Liberté de la Presse a carrément créé une Unité pour l'Observation et la Documentation des Atteintes portées contre les Médias en Tunisie.

Victimes d'agressions tous genres confondus, les journalistes tunisiens vivent très mal la transition démocratique. Ils sont en fait, l'objet de harcèlement de la part de plusieurs acteurs politiques, religieux ainsi que des simples citoyens influencés par des courants idéologiques. Les violences contre les professionnels prennent malheureusement, plusieurs formes. « Outre celles qualifiées de « classiques », il existe d'autres formes d'atteintes contre les journalistes qui ont émergé avec la Révolution », explique Fahem Boukaddous, coordinateur du projet. Le coordinateur parle dans ce contexte, de la situation des journalistes qualifiée de « fragile » et qui s'est carrément détériorée. Cela se répercute, par conséquent, sur leur statut. Ils sont sous-estimés surtout avec la multiplication des supports de médias créés sans plate-forme matérielle solide.

Campagnes

Par ailleurs, Fahem Boukaddous parle de la campagne de dénigrement menée depuis des mois contre les professionnels et le secteur de manière générale. Placée sous le slogan « la presse de la honte », la campagne ne s'arrête pas à ce niveau. « Elle condamne tous les professionnels et les met dans le même sac pour inciter à la haine contre les journalistes », fait remarquer Boukaddous. Il est clair que cette démarche adoptée par certains partis politiques a pour objectif de faire taire les journalistes et de museler les médias considérés contre la Révolution.

Autre constat. Les journalistes payent la facture de la situation par laquelle passe le pays en plus de l'échec du gouvernement provisoire dans plusieurs domaines. Ils sont, en fait, jugés à cause de leurs travaux qui reflètent une réalité peu reluisante voire négative. « Les journalistes sont présentés en tant que responsables de ce qui se passe en Tunisie voire en tant qu'obstacles face au travail du Gouvernement provisoire », toujours d'après le coordinateur du projet qui dénonce également, « la tendance à justifier les agressions pratiquées contre les journalistes sous prétexte de la confrontation politique et idéologique ».

Négligence

Fahem Boukaddous évoque un autre point qui ne manque pas d'importance et qui fera l'objet du travail au sein de cette unité. Il s'agit bel et bien de la négligence des affaires portées contre les agresseurs. Le coordinateur parle même du phénomène de laxisme vis-à-vis des agresseurs. Cela se justifie par le fait que la réforme des systèmes de sécurité et judiciaire n'est pas encore terminée.

Il est clair. Un très grand chantier de travail s'annonce pour cette unité nouvellement créée. Pour ce faire, un guide composé de 50 pages sera édité dans les quelques jours à venir où l'on pourra avoir une idée sur les méthodes d'observation et d'investigation pour dévoiler les atteintes menées contre les journalistes ainsi que les autres acteurs dans le domaine (bloggeurs, photographes, cameramen, techniciens...).

Certes, la tâche ne sera pas facile en présence d'une vague de violence qui touche tout le pays et qui risque de s'amplifier dans le futur face à la passivité du Gouvernement provisoire en plus du vide juridique qui existe dans le domaine. Mais les acteurs sont très motivés et même déterminés à mener leur travail à bien en s'inspirant des lois et des conventions internationales dont, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Le feront-ils capables de le faire sans être victimes de violence et de harcèlement ?


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