Rached Ghannouchi qui a des mots (et des maux) pour tout, n'en rate pas une. Dès lors qu'il s'est autoproclamé grand timonier de la Révolution, grand guide de la nation, incontournable homme d'Etat et le refuge et la source religieuse, il disserte sur tout, a un avis unique et singulier sur tout ce qui touche de près le vécu des Tunisiens et se propose déjà – dans une élévation transcendantale – comme candidat à la sainteté. Il n'est pas le seul par les temps qui courent. Même les tribuns salafistes et les fous djihadistes s'attribuent ce privilège, quitte à arborer le linceul, espèce de tapis voyageur vers l'au-delà paradisiaque. Sauf que Rached Ghannouchi a, cette fois, raté son coup, voire raté une occasion de se taire. S'il est vrai que les religions monothéistes assimilent le suicide à un péché, la mort de Mohamed Bakhti et Béchir Golli après une très longue grève de la faim, pouvait se passer des hyperboles interprétatives du chef d'Ennahdha. La moindre des décences est, en effet, de laisser les morts à leur place. De surcroît, lorsqu'on s'empêtre dans le chemin sablonneux du suicide on n'en sort pas, parce que l'homme a toujours été taraudé par cette question depuis la nuit des temps au point que la philosophie s'en retrouve écartelée entre l'aliénation et la liberté, le tout drapé d'un existentialisme renvoyant fatalement à la métaphysique. Où en est Rached Ghannouchi de ces interprétations ? Et si la mort de ces deux personnes avait pu être évitée sans devoir, ici, basculer dans le raisonnement tout aussi équivoque que celui de la fatalité. A savoir si une grève de la faim qui débouche sur la mort doit être assimilée à un suicide. Oui, mais, bonté divine, comme dirait Marzouki, cela ressemble à quoi un suicide de 50 jours. Et comment les a-t-on laissés aller jusqu'à cette limite, celle qu'on appelle, généralement, le point limite O. Non, plutôt que de suicide, on parlerait plus logiquement d'autre chose, comme de suicide assisté...