Les statistiques sont toujours mensongères et exercent même un effet anesthésiant avec les volubilités de l'optimisme béat alors que la réalité du terrain peut tout infirmer. Nidaa Tounès est tombé dans ce piège, croyant, au vu des scores enregistrés depuis un an et demi que la Kasbah et Carthage lui étaient acquis. Le Front Populaire de Hammam Hammami qui reste, dans son essence, un parti d'extrême gauche, a lui aussi fantasmé à satiété croyant qu'il représente effectivement une force de frappe électorale. Il oublie que les ouvriers tunisiens dans lesquels il espère puiser son électorat ne votent pas pour un parti, parce que dans leur imaginaire, « leur parti » c'est le syndicat. L'intelligentsia de gauche, adepte de la « révolution permanente » est, pour sa part, réticente : pour elle, du moins, pour la plupart de ceux qui la composent, les rassemblements de gauche, en Tunisie, continuent de débiter un discours réactionnaire et populiste. C'est ce que Hamma Hammami , pourtant aux relents de plus en plus embourgeoisés, n'a pas vu venir. Quant aux autres partis, qu'ils soient de droite, centristes ou de gauche, eh bien, ils attendent, ils laissent venir puisque leur destin de survie ne peut être que dans les coalitions. Il est tout à fait normal et coutumier que le leader du Front Populaire tire à boulets rouges sur tous et tout le monde. Le gouvernement, l'ANC, les institutions etc... Sa dernière tirade (Cf P.3) il l'a orientée vers l'ISIE coupable à ses yeux, de « rouler pour Ennahdha ». Il s'attaque aussi au gouvernement de Mehdi Jomaâ, qui reste pourtant neutre. Et puis, il en veut à Ennahdha, dont l'électorat est acquis depuis les précédentes élections. Mais la démocratie, a aussi ses revers : les lobbies autour d'Ennahdha se sont formés et consolidés en silence même du temps et après les déconfitures gouvernementales de la Troïka. Rached Ghannouchi ne cesse de présenter une image réformatrice de son parti à coups de campagnes médiatiques à l'étranger et d'opérations de séduction en Tunisie : le BAC et le Ramadan. Croire qu'un parti islamiste puisse se métamorphoser en démocratie, cela représente une autre paire de manche, parce qu'il faudra aussi que les Nahdhaouis chassent ce syndrome dissociatif de la persécution qui les hante. Il n'en demeure pas moins que ce paysage politique à quelques encablures des élections, est principalement marqué par l'ébranlement des certitudes sur lesquelles vivait Nidaa Tounès. Béji Caïd Essebsi a peut-être mal évalué le danger que représente la récupération des « Destouriens » et des « Rcédistes ». Dans l'imaginaire collectif, cela renvoie à des souvenirs dont les blessures ne se sont pas encore cicatrisées. Il a aussi négligé l'impact médiatique du linge sale lavé en public de son parti. Du coup, le leader de Nidaa Tounès a fait comme Hamma Hammami : s'en prendre à l'ISIE, avec, cependant, et en filigrane, un changement de trajectoire pour une réconciliation avec le Front du Salut et des clins d'œil à Ennahdha, en souvenir de l'entrevue à Paris, avec Rached Ghannouchi...