Un chiffre qui donne froid dans le dos : la Tunisie occupe le premier rang en Afrique et dans le monde arabe pour le nombre annuel des avortements volontaires pratiqués. Les Tunisiennes ne subissent pas l'avortement. Elles le pratiquent et elles en sont des partisanes ...du moindre effort. Voilà qui dit que la Tunisie a déjà avorté de ses valeurs et qu'elle accouche d'un projet social bien étrange de ce qu'il devrait être dans un pays a fortiori musulman. 14 000 cas d'avortements dans uniquement les centres de santé publique. Sans oublier le nombre croissant de ces actes qui s'exercent dans les cliniques et qui font le sourire des cagnottes des praticiens. La situation s'avère beaucoup plus compliquée si l'on considère que 62,5% des Tunisiennes utilisent régulièrement des moyens de contraception. Un chiffre avancé par l'Office national de la famille et de la population, lequel montre que la Tunisie est au peloton de tête par rapport aux pays africains et arabes. La Tunisie est donc un pays où les femmes pratiquent le plus d'avortements volontaires et utilisent le plus les moyens contraceptifs mis à leur disposition. Le raisonnement serait pour le moins contradictoire si l'on considérait qu'une femme qui choisit son calendrier de grossesse subira par la suite un avortement qui mettra en danger sa santé. On n'aura pas besoin d'un dessin pour comprendre que ces cas d'avortements concernent plutôt des relations en dehors du mariage et que les femmes qui souhaitent se débarrasser d'une grossesse non désirée, craignent ou dénient le poids social d'un enfant naturel. L'IVG un acte banal L'interruption volontaire de la grossesse (IVG) est autorisée en Tunisie depuis 1973 d'après la loi n°73-2. La Tunisie serait l'un des rares pays qui n'imposent « aucune condition légale à l'avortement durant la période légale » (hormis le délai et l'encadrement médical). Après la douzième de semaines de grossesse, certaines conditions doivent être respectées pour avoir recours à l'avortement. La loi de 1973 a présenté l'avortement comme la médicalisation d'actes clandestins qui évitera la mort ou le danger sanitaire, voire la précarité sociale à certaines femmes. Et si l'IVG est un acte dépénalisé sous nos cieux, il n'a jamais été question de le déculpabiliser. Il fallait attendre les apôtres de la ‘'liberté absolue'' qui lanceront un débat sur le droit de la femme à disposer librement de son corps. Une liberté qu'on ne peut distinguer du libertinage. Au regard d'un féminisme dénué de toute morale, l'avortement est donc présenté comme une ‘'solution'' à un évènement assez courant de la vie sexuelle qu'on mène en dehors des relations de mariage. De là on ne peut que s'attendre à la suppression totale de tout le poids social qui serait accompagné d'une grossesse en dehors du mariage et de l'IVG. Chose qui présente pour le moins une menace à la définition qu'on a de la famille tunisienne. Le débat ne serait lancé s'il n'a pas été question, tout dernièrement, d'un projet de loi présenté à la présidence du gouvernement en vue de le soumettre prochainement à l'Assemblée des représentants du peuple. Il s'agit de légaliser la levée officielle par la Tunisie des réserves sur la Cedaw, ladite ‘'convention internationale sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes''. Un évènement qui durant le mois d'avril dernier a réjoui une classe intellectuelle partisane qui cache très mal sa malhonnêteté intellectuelle, en parlant d'une liberté de la femme sans en montrer les différentes acceptions.