La Galerie Aïn de Salammbô abrite du 10 au 24 avril l'exposition du couple d'artistes-peintres Islem Khyari et Jihen Annabi : les cimaises du rez-de-chaussée exhibent les toiles d'Islem alors que celles du premier étage affichent celles de Jihen. Deux peintres, deux tendances : si le premier s'intéresse au portrait dans l'abstrait, la seconde a plutôt une prédilection pour le figuratif en s'arrêtant sur le concret, le réel, sachant que ces deux artistes, épouse et mari, organisent leur première exposition personnelle, ayant déjà participé à d'autres expositions collectives auparavant. Islem Khyari présente neuf portraits en moyens et grands formats qui offrent à voir surtout la tête de l'individu et surtout l'expression des yeux. « Tête I », « Tête II » et « Tête III ».Toutes les toiles sont peintes à l'huile, excepté deux qui sont dessinées au crayon « Marge de tête » et « Bouche cousue ». Les couleurs souvent sombres comportent une certaine gradation chromatique allant du noir au bleu en passant par le violet. Les touches sont également fortes et révèlent une sorte d'extériorisation d'émotions intenses et profondes chez l'artiste. Cependant, on peut voir cette récurrence de cercles sous forme de loupe et de grandeur différente qui surgissent dans presque toutes les toiles, comme si l'artiste nous invite à mieux contempler telle ou telle partie de la tête ou des yeux ; ce qui donne une certaine approche plastique et une vision singulière de l'artiste. Chaque tableau est doté d'une empreinte sous forme de quatre doigts de la main dressés vers le haut que l'artiste emploie en guise de signature, révélant peut-être un élément plastique lié à l'ensemble, destiné surtout à authentifier l'œuvre. Le visiteur, loin de capter directement le message véhiculé par les travaux d'Islem, sortira un peu perplexe et méditatif, car il s'agit d'une peinture qui laisse libre cours à l'interprétation. Quant à Jihen Annabi, elle nous présente des travaux issus d'une situation sérieuse, devenue pourtant banale dans notre pays ces dernières années, à savoir les ordures qui souillent nos rues et nos murs. On voit ici des images d'eaux qui arrivent par un tuyau, causant des espaces couverts de flaques marécageuses ; là une poubelle qui déborde près de laquelle se régale un chat de gouttière ; là encore des murs décrépits, des portes abritant les compteurs de la SONEDE ; là-bas, cette boîte aux lettres rouillée ! C'est une approche plastique singulière pour décrier cet environnement insalubre où nous vivons et par là-même, l'artiste pousse un cri de détresse tout en voulant sensibiliser le monde à sauver nos villes de ces immondices qui s'entassent à chaque coin de rue et nous gâte la vie. A l'heure actuelle, l'artiste a un grand rôle à jouer dans la prise de conscience des gens en attirant leur attention sur les points négatifs dont souffre la société ; l'art n'est pas fait pour montrer seulement ce qui est beau : il doit plutôt présenter à nos yeux ce qui est laid pour penser à le supprimer. Bref, ces travaux ont un message : c'est appeler les gens à jeter un nouveau regard sur ce qui les entoure, ici la pollution de l'atmosphère dûe aux ordures jetées un peu partout et qui ont l'air de devenir quelque chose ordinaire et banale. Il faut donc éviter cette banalisation des maux de notre société.