Fetha Mahdoui, une comédienne qui a marqué la mémoire culturelle et artistique du pays. Depuis les années 80, elle a été un des piliers du mouvement théâtral de la ville de Kairouan au sein de la troupe régionale. Un talent inné, une harmonie et une présence impeccable sur scène ont concouru sa faveur d'être toujours sollicitée par les réalisateurs des feuilletons télévisuels et radiophoniques. Cette artiste avait sa popularité aussi bien parmi le public que les professionnels du domaine. Récemment, elle a produit et joué un rôle dans une nouvelle pièce intitulée Dar lounass. Entretien. Le Temps : Présentez- nous votre nouvelle pièce. Fetha Mahdoui : ‘Dar lounass' est une pièce de théâtre, mise en scène par Béchir Bou Ali. Elle traite le sujet de l'homme marginalisé. Dans un régime pourri, la faiblesse et la fragilité de l'être humain, se transforme, fatalement, en force, à travers la violence et la vengeance. Cette œuvre m'est très importante dans la mesure où je ne suis pas seulement productrice, mais, je joue un rôle important. Je considère que, chaque nouvelle expérience me procure un nouvel espoir, de la joie d'être sur scène, et de retrouver mon cher public. Vous interprétez le rôle d'un personnage violent, cruel voire inhumain. Ça sort de vos rôles habituels. J'ai bien aimé mon rôle, car effectivement, il présente un personnage un peu complexe, à la fois fragile et cruel puisqu'il commet les actes les plus criminels, les plus atroces. si on fouille dans sa psychologie, on comprendra les raisons de son comportement inhumain. c'est aussi une victime qui se transforme en bourreau. A l'intérieur de chaque personne, des histoires ensevelies, elles sont une force motrice qui définit son attitude et son comportement sociaux. Je pense que la psychologie de la personne peut déterminer l'être social. Pourquoi le choix d'un tel sujet, aujourd'hui? Personnellement, je suis contre le choix d'un sujet qui fait écho au contexte social ou politique actuel. Il y a une pluralité d'œuvres qui ont traité le sujet de la révolution et ses incidences. Par contre, nous avons focalisé sur un aspect important, l'être humain, sa fragilité, ses frustrations à la fois psychologiques et sociales. Dans un désordre sociopolitique, l'homme n'est guère protégé ni par l'Etat ni par la loi, alors il essaie de préserver sa dignité à sa manière. Pensez-vous que le fait de continuer à se produire dans les régions intérieures est une forme de militantisme culturel ? Certainement. le mouvement culturel à l'intérieur du pays, a de nombreuses entraves. Il n'y a pas les mêmes conditions de créativité ou infrastructures identiques à la capitale. A savoir que, la ville de Kairouan est dotée d'un mouvement artistique, théâtral et littéraire considérable dans l'histoire culturelle du pays. Il y a un grand public passionné de théâtre, qui sait apprécier, évaluer et critiquer les représentations théâtrales. D'ailleurs les troupes théâtrales qui viennent présenter leurs œuvres prennent en considération cet aspect du public kairouanais. Pourquoi les créateurs de l'ancienne génération se plaignent de beaucoup de problèmes ? La condition sociale du créateur de l'ancienne génération est catastrophique. Personnellement j'ai 42 ans d'expérience et je finirai ma carrière avec une pension de 250 dinars. C'est vraiment lamentable. J'ai fourni beaucoup d'efforts, j'ai donné de mon âme, de ma sensibilité, de mon temps pour participer à faire rayonner le théâtre et la culture à la ville de kairouan, mais en contrepartie, il n y a pas de réelle reconnaissance de la part de l'institution de tutelle. Nous, les créateurs de l'ancienne génération, sommes marginalisés, nous n'avons pas un statut personnel. C'est complètement absurde ! Vous avez une société de production, est-ce-que ceci peut améliorer un peu votre situation ? J'ai fondé ma société de production en 2010. Elle marche en fonction de la situation du pays. S'il y a des représentations subventionnées par le ministère, sinon ça stagne, parce que je ne peux pas donner des représentations en privé ; mon théâtre n'est pas commercial, donc on ne peut pas compter uniquement sur le guichet. Avez-vous sollicité le Ministère pour trouver une solution à votre problème ? Justement le Ministère de la Culture peut trouver des solutions pour sauver le créateur de la marginalité, de l'indigence. J'ai adressé une requête à Madame la Ministre de la culture, mais jusque-là je n'ai pas reçu de réponse. Il y a quelques jours, j'ai demandé une audience. J'ai de l'espoir...