Quatre semaines après sa nomination comme premier envoyé spécial des Nations unies pour la lutte contre l'islamophobie, l'Espagnol Miguel Ángel Moratinos a présenté les grandes lignes de son programme. Dans une interview publiée sur le site officiel de l'ONU, l'ancien chef de la diplomatie espagnole a dressé un constat clair : la haine envers les musulmans est un phénomène mondial qui exige une réponse globale, concertée et structurée. « L'islamophobie ne se limite ni à l'Europe ni aux Etats-Unis. Elle s'étend à l'ensemble du globe », a affirmé Moratinos, appelant à un sursaut collectif. Selon lui, les musulmans — 2,5 milliards de personnes à travers le monde — forment une part essentielle de l'humanité, et toute stigmatisation à leur égard menace les principes fondamentaux du vivre-ensemble. Un plan d'action inspiré de la lutte contre l'antisémitisme S'inspirant du plan déjà mis en œuvre à l'ONU pour combattre l'antisémitisme, Moratinos souhaite élaborer une stratégie similaire dédiée à la lutte contre l'islamophobie, avec des priorités claires : endiguer la haine anti-musulmane, sensibiliser les sociétés, et construire des alliances avec les Etats et les organisations préoccupés par la montée des discours de haine. « Il ne suffit pas de condamner les actes, il faut aussi éduquer et légiférer, en introduisant des éléments protecteurs dans les systèmes juridiques occidentaux », a insisté le diplomate. Il a également souligné l'importance de l'éducation sur l'islam et le Coran, regrettant que beaucoup de préjugés soient fondés sur une ignorance totale. « Des gens parlent de l'islam sans jamais avoir lu une seule page du Coran », a-t-il déploré. Une démarche adossée à une volonté politique forte Cette mission s'appuie sur une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, adoptée le 15 mars 2024 à une large majorité (115 voix pour, 44 abstentions, aucune voix contre), à l'initiative du Pakistan. Elle exhorte le secrétaire général des Nations unies à nommer un envoyé spécial pour coordonner les efforts de lutte contre l'islamophobie — une mission désormais confiée à Moratinos. L'ONU a également décrété le 15 mars comme Journée internationale de lutte contre l'islamophobie, depuis 2022, en mémoire de l'attentat contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande en 2019. Une double casquette pour renforcer l'impact En plus de son nouveau mandat, Miguel Ángel Moratinos conserve ses fonctions de haut représentant de l'Alliance des civilisations des Nations unies, qu'il occupe depuis 2019. Une synergie saluée par les observateurs, qui permettra de mutualiser les ressources et d'assurer une approche transversale, à la croisée du dialogue interreligieux, de la diplomatie culturelle et de la défense des droits humains. Face à une montée inquiétante des actes islamophobes dans de nombreux pays, cette initiative apparaît comme une tentative forte de l'ONU de restaurer la dignité, la sécurité et la reconnaissance des communautés musulmanes à travers le monde. Reste à voir si les Etats membres transformeront l'élan politique en actions concrètes, notamment dans leurs systèmes éducatifs, médiatiques et judiciaires. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!