Confronté aux conséquences économiques de sa propre politique migratoire, le président américain Donald Trump a annoncé ce jeudi qu'il s'apprêtait à signer un nouvel ordre exécutif visant à protéger les secteurs agricoles et hôteliers, lourdement dépendants de la main-d'œuvre immigrée. Lors d'un événement à la Maison-Blanche, Trump a reconnu que les agriculteurs et les hôteliers étaient « gravement affectés » par les expulsions de travailleurs sans papiers, promettant une réponse imminente : « Nos fermiers souffrent énormément et nous allons devoir faire quelque chose à ce sujet... un ordre est en préparation, et je pense que ce sera pour bientôt. » Une dépendance structurelle aux travailleurs sans statut Selon les départements du Travail et de l'Agriculture, près de la moitié des 2 millions de travailleurs agricoles aux Etats-Unis sont en situation irrégulière. Ce chiffre grimpe dans certains sous-secteurs tels que les abattoirs ou les exploitations laitières, où les tâches sont souvent physiquement éprouvantes, mal rémunérées, et peu attractives pour les citoyens américains. Zippy Duvall, président de la très influente American Farm Bureau Federation, a prévenu que l'absence de cette main-d'œuvre risquait de provoquer une crise d'approvisionnement : « Sans ces travailleurs dans les champs et les fermes, nous courons le risque de revivre des ruptures de chaînes d'approvisionnement comme celles connues durant la pandémie. » Un secteur hôtelier également sous tension Le président Trump a également reconnu l'impact de ses mesures sur l'industrie hôtelière, y compris sur son propre empire, désormais dirigé par ses fils. Sur son réseau social, il a écrit que les travailleurs immigrés représentaient une main-d'œuvre de confiance, difficile à remplacer dans des emplois souvent délaissés par les Américains. « Les agriculteurs et les professionnels de l'hôtellerie nous alertent : notre politique très agressive prive ces secteurs de travailleurs expérimentés. Il est pratiquement impossible de les remplacer. Des changements arrivent. » Vers une adaptation limitée : le recours au visa H-2A Le programme de visa temporaire H-2A permet aux employeurs de faire venir légalement des travailleurs saisonniers étrangers, à condition de démontrer qu'aucun citoyen américain ne peut occuper ces postes. Mais les procédures sont longues, coûteuses, et peu adaptées aux besoins de certains secteurs agricoles non saisonniers, comme la production laitière. Brooke Rollins, secrétaire américaine à l'Agriculture, a déclaré que le président « étudie toutes les options », y compris une réforme du H-2A, sans exclure de demander au Congrès une intervention plus large : « Le président comprend qu'on ne peut nourrir le pays – ni le monde – sans cette main-d'œuvre. Il écoute les agriculteurs. » Un contexte tendu sur fond de manifestations Ces déclarations interviennent alors que des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes américaines, notamment à Los Angeles, pour protester contre les raids d'immigration ciblant des travailleurs sans antécédents judiciaires, souvent arrêtés sur leur lieu de travail. Si Trump continue d'insister sur l'expulsion des criminels, ses propres partisans s'interrogent désormais sur les effets collatéraux pour l'économie réelle. Un virage tactique sous pression économique ? La volonté de Trump de moduler sa politique migratoire en fonction des besoins économiques marque un tournant pragmatique, révélateur d'un tiraillement entre rhétorique sécuritaire et impératifs de production. L'agriculture américaine, pilier stratégique du pays, ne peut fonctionner sans sa main-d'œuvre immigrée, légale ou non. Cette contradiction illustre la limite structurelle d'une politique migratoire uniforme, appliquée sans distinction entre secteurs, régions ou profils de migrants. À terme, la viabilité du modèle agricole américain dépendra d'une réforme migratoire cohérente, capable de concilier contrôle des flux et réalité du marché du travail. Si Trump agit, ce ne sera pas par humanisme, mais par souci de continuité économique. Et si le décret tarde, la pénurie pourrait se transformer en crise. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!