La chose dérange en Chine et terrifie les hautes autorités du pays. Je parle du chômage des jeunes. Vous imaginez des dizaines ou des centaines de millions de mécontents qui protestent, manifestent. Même le tout-puissant Parti communiste chinois et ses innombrables yeux qui épient tout, partout et tout le temps, sont terrorisés par le mal-être croissant des jeunes. Alors les commentaires sont interdits, tout juste les autorités centrales se bornent à livrer les données. Enfin, si les chiffres officiels sont les bons, en Chine il est permis de douter de tout. Mais même le taux officiel "reste obstinément élevé", selon le South China Morning Post (SCMP). Alors imaginez si ces données ont été maquillées par le pouvoir centrale. Le SCMP a fait ce commentaire au lendemain de la publication par le Bureau national des statistiques (BNS) des chiffres relatifs au chômage des jeunes. Ce taux est monté à 14,9% en mai 2025. Pour la tranche d'âge 16-24 ans résidant dans les zones urbaines, hors étudiants, le chiffre a évolué en comparaison avec mai 2024, qui s'était établi à 14,2%. C'est un petit effort de transparence que font les autorités, ce n'est pas rien chez Xi Jinping. Mais le SCMP avertit : "il est susceptible de grimper à nouveau lorsque 12,2 millions d'étudiants, un record, vont obtenir leur diplôme et entrer sur le marché du travail cet été". Le porte-parole du BNS, Fu Linghui, corrobore en ces termes : "La Chine est toujours confrontée à des pressions pour maintenir un emploi stable, principalement en raison de changements complexes dans l'environnement extérieur". Cet exercice de vérité est à saluer, rappelons qu'à partir de juin 2023 les autorités ont formellement interdit toute publication durant 6 mois quand le taux de chômage des jeunes dépasse les 21%. Le BNS a trouvé la parade en trichant un peu, début 2024 il a été décidé de publier les données en excluant du calcul les étudiants. Comme par enchantement le taux a chuté à 14,9%, le même qui a été annoncé ce 19 juin alors que les difficultés économiques et sociales s'installent. Le chômage des jeunes est devenue la mère des batailles depuis les manifestations de Tian'anmen en 1989, réprimées dans le sang. Depuis cette date la jeunesse a décidé de se tenir tranquille, en échange le gouvernement lui assure le confort douillet du développement et l'amélioration du niveau de vie. C'est ce pacte tacite qui explique qu'il n'y ait aucune opposition politique, tous les débats – si on peut appeler ça ainsi – ont lieu au sein du Parti unique. Mais voilà, ce système tient tant que le « bonheur » est garanti aux jeunes. Si la deuxième puissance économique mondiale ne tient pas ses promesses rien n'empêchera la grogne populaire de reprendre ses droits dans la rue. Il n'y a pas que le maquillage des statistiques pour conjurer la tension sociale, les autorités chinoises recourent à d'autres stratagèmes très douteux. En avril dernier "plusieurs ministères ont annoncé un nouveau train de mesures, qui comprend l'octroi de subventions aux entreprises qui embauchent des jeunes chômeurs ou des jeunes diplômés", rappelle le SCMP… Il y a mieux – ou pire, c'est selon : officieusement les responsables du pays exhortent les universités à demander à leurs étudiants de s'éterniser à la faculté, avec un troisième cycle, pour ne pas saturer le marché de l'emploi. Cela fait reculer le problème, ça ne le solutionne pas. Jusqu'à quand tous ces subterfuges pour retarder l'inéluctable ? De toute évidence la tempête du chômage frappera un jour et elle fera mal, surtout avec tous ces emplois que dévorera l'intelligence artificielle.
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