Le conflit armé entre Israël et l'Iran commence à faire sentir ses effets bien au-delà du champ de bataille. En Jordanie, pays pourtant neutre dans cette confrontation, le secteur du tourisme – pilier de l'économie nationale – traverse une grave crise. Selon la ministre jordanienne du Tourisme, Lina Annab, le taux d'annulation des réservations hôtelières a atteint entre 70 % et 100 % pour la période actuelle. La montée des tensions régionales, combinée à l'incertitude militaire, a entraîné une vague de désistements massifs. Avant cette escalade, le tourisme jordanien connaissait une embellie notable. Le revenu touristique avait bondi de 34,2 % en avril 2025, atteignant 710,3 millions de dollars, et dépassait déjà les 2 milliards de dollars au premier tiers de l'année. Mais la guerre déclenchée mi-juin a brutalement interrompu cette dynamique, provoquant un recul brutal des arrivées et des réservations. Des hôtels à l'arrêt et des vols suspendus Le vice-président de l'Association des hôtels de Jordanie, Hussein Hilalat, indique que le taux d'occupation à Pétra est tombé sous la barre des 6 %, tandis qu'à Amman, il est passé de 34 % à un niveau encore plus bas. En parallèle, certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination de la Jordanie jusqu'à mi-juillet 2025, aggravant la situation. Hilalat estime que la baisse du nombre de touristes dépasse 90 % dans certaines zones par rapport à 2023, une année déjà considérée comme de référence après la pandémie. L'absence de visibilité géopolitique pousse également les hôtels historiques, notamment à Wadi Rum et Madaba, à envisager des fermetures temporaires. Egypte : des pertes estimées entre 10 et 30 % des revenus touristiques Du côté de l'Egypte, la situation est plus nuancée. Si la guerre affecte aussi la perception sécuritaire, en particulier à cause des attaques houthies en mer Rouge, les indicateurs globaux restent encourageants. D'après S&P Global Ratings, les pertes pourraient osciller entre 10 % et 30 % des recettes touristiques, ce qui représenterait entre 4 et 11 % des réserves en devises du pays. Malgré ces prévisions, l'Egypte a enregistré une année record en 2024 avec 15,7 millions de touristes et plus de 14 milliards de dollars de revenus. Les projections pour 2025 tablent encore sur une croissance de +4,9 %, montrant la capacité du pays à attirer les voyageurs même en période de troubles régionaux. Turquie : résilience malgré les tensions En Turquie, l'impact reste périphérique. Le pays n'est pas directement menacé militairement, et les conseils aux voyageurs émis par les autorités britanniques visent uniquement les zones frontalières avec la Syrie, l'Iran et l'Irak. Des manifestations ont eu lieu dans les grandes villes, mais aucun incident majeur n'a été rapporté dans les zones touristiques. Le principal défi reste la saturation du trafic aérien due à la fermeture de l'espace aérien de plusieurs pays voisins, provoquant des retards et une augmentation des prix des billets. Malgré cela, la Turquie reste solide avec 52,6 millions de visiteurs en 2024 et une contribution du secteur touristique représentant 12 % de son PIB. Analyse régionale La guerre Iran-Israël agit comme un catalyseur de vulnérabilités régionales, mettant en lumière l'extrême sensibilité des économies dépendantes du tourisme. En Jordanie, la situation démontre l'absence de filet de sécurité pour un secteur trop concentré sur des marchés internationaux instables. En Egypte, la diversification géographique des visiteurs et la force de l'offre culturelle et balnéaire ont joué un rôle amortisseur. Quant à la Turquie, sa position géographique stratégique et sa résilience économique lui permettent de maintenir ses performances, en dépit de tensions croissantes. Pour la Tunisie, ces évolutions offrent à la fois des risques (effet domino sécuritaire) et des opportunités (effet de substitution si elle reste stable et attractive). Une stratégie proactive de communication rassurante, un renforcement de la connectivité aérienne alternative, et une consolidation du tourisme intérieur pourraient permettre au pays d'éviter les mêmes écueils. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!