La tension retombe entre Ottawa et Washington. Le gouvernement canadien a annoncé dimanche 29 juin l'annulation de sa taxe sur les services numériques (TSN), quelques heures avant son entrée en vigueur, afin de relancer les discussions commerciales suspendues par Donald Trump deux jours plus tôt. Cette décision stratégique vise à conclure un nouvel accord bilatéral sur les droits de douane d'ici le 21 juillet, selon un communiqué officiel. La TSN, adoptée en 2024 comme mesure transitoire en attendant l'issue des négociations internationales sur la fiscalité des multinationales, devait imposer une ponction de 3 % sur les revenus générés au Canada par certaines activités numériques. Elle concernait notamment les recettes issues de la publicité en ligne, de la vente de données personnelles, des réseaux sociaux et des plateformes e-commerce. Les principales cibles étaient les géants américains de la tech comme Google, Meta, Amazon, Apple ou Microsoft, dont le chiffre d'affaires mondial dépasse 1,1 milliard de dollars canadiens, et dont les revenus canadiens dépassent 20 millions de dollars canadiens par an. Recul d'Ottawa après la menace américaine La décision canadienne intervient à la suite d'une rupture unilatérale des discussions par le président Trump, qui avait dénoncé vendredi cette taxe comme un « coup direct et évident contre les intérêts américains ». Dans une publication sur sa plateforme Truth Social, le chef d'Etat a qualifié la mesure de « scandaleuse » et annoncé que les Etats-Unis rendraient public, sous sept jours, le niveau des sanctions douanières que le Canada encourrait. Dans ce contexte, le ministre canadien des Finances, François-Philippe Champagne, a déclaré que le retrait de la taxe « fera avancer les discussions et appuiera nos efforts pour créer des emplois et bâtir de la prospérité. » Cette déclaration vise à apaiser les tensions et préserver les intérêts économiques du pays face à son premier partenaire commercial. Une relation bilatérale de plus en plus sous pression Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, les relations entre le Canada et les Etats-Unis se sont considérablement tendues. L'administration américaine a annoncé — puis suspendu — plusieurs hausses tarifaires visant les importations canadiennes, notamment dans les secteurs de l'automobile, de l'acier et de l'aluminium. De son côté, Ottawa a tenté de riposter par des droits de douane équivalents, tout en maintenant le dialogue au sein de l'accord commercial trilatéral ACEUM (ou USMCA), liant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Le Premier ministre Mark Carney a réaffirmé son engagement à poursuivre des « négociations complexes, dans l'intérêt supérieur des Canadiens », tout en faisant preuve d'un certain réalisme face à un rapport de force déséquilibré. Un enjeu de souveraineté face à la pression américaine La taxe canadienne sur les services numériques était perçue par une partie de l'opinion publique comme un geste de souveraineté fiscale, destiné à forcer les multinationales numériques à contribuer équitablement aux recettes nationales. Son retrait, bien que stratégique à court terme, soulève des critiques chez certains élus et économistes, qui y voient une capitulation face aux pressions de Washington. Aucune réaction officielle n'a encore été émise par la Maison Blanche. Mais la suspension de cette mesure pourrait permettre une désescalade et la relance des discussions commerciales, à un moment clé où les Etats-Unis cherchent à redéfinir leurs partenariats économiques en Amérique du Nord. Ainsi, en annulant sa taxe sur les géants de la tech, le Canada joue l'apaisement pour sauver ses échanges avec les Etats-Unis. Mais cette décision marque aussi un recul face à la politique de confrontation tarifaire menée par Donald Trump. L'échéance du 21 juillet sera décisive : soit elle consacrera une trêve commerciale, soit elle ouvrira la voie à une nouvelle série de sanctions douanières entre deux alliés historiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!