Le ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Energie a accueilli, mardi 1er juillet 2025, une délégation de haut niveau de la société chinoise ASIA Potash International Investment (Guangzhou), conduite par son vice-président Zheng Youye. La rencontre s'est tenue en présence de la ministre Fatma Thabet Chiboub, accompagnée de la cheffe de cabinet Afef Chachi Tayari et de la directrice générale des mines Najeh Charif. Ce deuxième déplacement officiel du groupe chinois en Tunisie illustre un intérêt croissant pour le potentiel minier national, notamment dans les domaines du phosphate, du potassium et du bromure, ainsi que dans la production d'engrais agricoles à haute valeur ajoutée. Une volonté d'investissement dans le phosphate tunisien Au cœur des discussions : le développement du projet d'exploitation du gisement de phosphates de Sra Ouertane, situé dans le gouvernorat de Kasserine. Ce site, encore sous-exploité, représente un réservoir stratégique pour relancer la production nationale et renforcer les chaînes de valeur locales autour des engrais phosphatés et potassiques. La société ASIA Potash a exprimé son intérêt pour une coopération industrielle structurée, avec la perspective de créer des unités de transformation en Tunisie et d'établir un partenariat durable avec les autorités tunisiennes dans le domaine des ressources minérales. Un appui du ministère pour créer un climat propice La ministre Fatma Thabet Chiboub a réaffirmé l'engagement de son département à faciliter l'investissement dans le secteur minier, à travers : * la simplification des procédures administratives, * la mise à disposition des données géologiques pertinentes, * et l'accompagnement technique et juridique des investisseurs étrangers. Elle a souligné que le développement du secteur minier s'inscrit dans une stratégie plus large visant à stimuler l'économie nationale, notamment dans les régions intérieures, et à créer des emplois directs et indirects à travers des projets à haute intensité de main-d'œuvre. Le profil du groupe chinois ASIA Potash International Investment (Guangzhou) est l'un des leaders chinois dans le domaine de l'extraction du potassium, avec des activités diversifiées couvrant également la valorisation des ressources minérales et la production d'engrais complexes. L'entreprise est connue pour sa capacité à intégrer technologie, logistique et transformation industrielle dans des zones à fort potentiel minier. Son intérêt pour la Tunisie s'inscrit dans sa stratégie d'expansion à l'international, en ciblant des marchés prometteurs et encore peu saturés. Analyse : une opportunité à structurer pour éviter les erreurs du passé Cette tentative de relance des investissements miniers étrangers, notamment chinois, appelle plusieurs réflexions stratégiques : 1. Une diversification bienvenue dans un secteur vital mais en difficulté Après des années de baisse de production, de tensions sociales et de sous-investissement dans le phosphate, l'arrivée d'un acteur international pourrait injecter capitaux, expertise et nouveaux débouchés. Cela permettrait aussi de réduire la dépendance vis-à-vis du Groupe Chimique Tunisien. 2. Un enjeu de souveraineté économique et environnementale Toute ouverture du secteur minier à des partenaires étrangers doit s'accompagner de garanties contractuelles solides, afin de préserver la maîtrise nationale sur les ressources stratégiques et d'imposer des normes environnementales et sociales rigoureuses, en particulier dans des régions sensibles comme Kasserine. 3. Un test pour la diplomatie économique tunisienne Si ce partenariat se concrétise, il pourrait devenir un cas d'école pour la Tunisie en matière de diplomatie économique orientée résultats, en intégrant les acteurs publics, les régions concernées, et les opérateurs privés autour d'un projet structurant à long terme. 4. La Chine, un partenaire stratégique à manier avec prudence Pékin multiplie les investissements en Afrique du Nord et dans les matières premières. Si cela offre des opportunités indéniables, cela suppose aussi une vigilance sur les clauses contractuelles, la protection de l'environnement et le transfert de compétences. Ainsi, la rencontre du 1er juillet marque une étape importante dans la tentative de repositionnement stratégique du secteur minier tunisien. Pour qu'elle soit fructueuse, il faudra transformer l'intention en action, avec une gouvernance claire, des conditions équilibrées et une vision industrielle cohérente. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!