Il est de notoriété publique que le président américain, Donald Trump, n'est pas un as de la géographie et encore moins de la géopolitique. Trop de subtilités. Mais la belle tirade que le républicain a signée hier mercredi 9 juillet à la Maison-Blanche, avec son flot de lauriers tressés au président sénégalais, indique que Trump a bien potassé ses dossiers. A défaut d'avoir une culture digne de son rang il a la faculté d'apprendre vite pour éblouir ses invités africains et défendre au mieux ses intérêts. Bon, il y a les couacs, comme quand il a demandé au président bissau-guinéen de lui rappeler son nom et son pays. Mais pour l'homme le plus puissant du monde l'essentiel est ailleurs. Trump n'a jamais eu le moindre regard pour l'Afrique, il le paye Les dossiers que son prédécesseur Joe Biden lui a laissés lui ont servi de rampe de lancement. Le reste le président-businessman l'a vite appris, parce que ça lui parle directement, sans fioritures : Les richesses naturelles, surtout minières (minerais, terres et métaux rares, etc.). Pour Washington ces choses n'ont pas de prix. Ne nous leurrons pas, si le chef de la diplomatie américaine a mouillé la chemise pour que la République démocratique du Congo et le Rwanda fassent la paix ce n'est certainement pas pour que Trump obtienne le Prix Nobel. Cette réalité matérielle là était bien en évidence au mini Sommet avec les 5 chefs d'Etat africains. Le président américain a bien planté le décor lors du déjeuner de travail avec ses homologues libérien (Joseph Boakai), sénégalais (Bassirou Diomaye Faye), mauritanien (Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani), bissau-guinéen (Umaru Sissoco Embalo) et gabonais (Brice Clotaire Oligui Nguema). Il a été question de sécurité mais surtout d'investissement et de commerce. Trump a taillé dans le vif en qualifiant les 5 pays d'«endroits dynamiques avec des terres de très grande valeur, de super minerais, des grandes réserves de pétrole, et des gens merveilleux (…). Il y a un grand potentiel économique en Afrique, comme peu d'autres endroits». Il était tellement pressé d'aller au but qu'il a foulé au pied toutes les règles de la bienséance en coupant net le discours du président mauritanien. Il est vrai que de l'or, des terres rares, du manganèse, de l'uranium, du lithium ces contrées n'en manquent pas. Mais encore faut-il que les USA fassent suffisamment vite pour arracher et bétonner des positions. Washington a un sacré retard sur la concurrence. Trump n'a pas eu le moindre regard pour les Africains durant son premier mandat, Biden a fait ce qu'il a pu, c'est-à-dire très peu. Le démocrate a fait un seul voyage en Afrique, à la toute fin de son mandat. Alors qu'en face la Chine conforte son statut de leader en Afrique, la Turquie cimente, les pays du Golfe signent d'énormes chèques, la Corée du Sud carbure, l'Inde monte en puissance, même la Russie affiche ses ambitions (ça ne fait pas le bonheur de ses alliés africains). Bref, toutes les grandes puissances courent. C'est la clé de l'industrie de demain, notamment l'électronique et les véhicules électriques. Et les Africains ont bien compris leur poids et en jouent dans cette compétition féroce. Les citoyens ne le pardonneraient jamais à leurs présidents Mais il y a un autre dossier que Washington s'est gardé de claironner : l'accueil des migrants expulsés par les Etats-Unis et que leurs pays d'origine refusent de récupérer. D'après le Wall Street Journal, l'administration Trump a tenté durant ce mini Sommet de convaincre les présidents africains d'ouvrir leurs portes aux migrants dont les Américains ne veulent plus. L'histoire ne nous dit pas si les chefs d'Etat africains ont agréé la demande, mais il y a très peu de doutes sur l'issue de cette affaire… Diomaye Faye a été élu sur une promesse de rupture avec la vassalité traditionnelle et une souveraineté affirmée. Les Sénégalais ne pardonneraient pas que leurs autorités se mettent à accueillir des étrangers expulsés par les USA. Les Gabonais attendent autre chose d'Oligui Nguema, après les compromissions du clan Bongo qui ont appauvri le pays. Embalo, qui briguera très certainement un second mandat (il avait soutenu le contraire), se gardera de heurter ses électeurs. Quant à la Mauritanie, on a vu ce que le dossier migratoire crée comme remous, que dire de porter le fardeau américain. Le président mauritanien a fait la promotion des atouts de son pays devant Trump : «Nous avons des minerais, des terres rares, du manganèse, de l'uranium, et probablement du lithium». Le chef de l'Etat sénégalais a « vendu » aux investisseurs américains la «stabilité politique» et l'«environnement réglementaire favorable» de son pays, tout en exposant ses réserves de pétrole et de gaz (des recettes dont les Sénégalais profitent peu). Faye a même soufflé à Trump un investissement dans un club de golf au Sénégal… Le président gabonais a vanté les richesses de son pays, 2e producteur mondial de manganèse en 2023 d'après l'USGS, ainsi que ses gisements de pétrole et de gaz. La porte-parole du président libérien a déclaré que son pays ne veut plus être un «récipiendaire» d'aide, mais un partenaire économique à part entière. C'est ça que les Africains attendent de leurs leaders : une nouvelle ère orientée vers des coopérations équilibrées, respectueuses des intérêts et de la souveraineté des nations du continent. Est-ce que Trump l'a bien compris ? L'avenir éclairera nos lanternes.
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