Dans une action judiciaire aux résonances politiques fortes, Mahmoud Khalil, activiste américano-palestinien, a déposé une plainte ce jeudi contre l'administration du président Donald Trump, l'accusant de l'avoir détenu arbitrairement pendant 104 jours. Il réclame 20 millions de dollars de compensation pour préjudice moral et atteinte à ses droits constitutionnels. Résident permanent aux Etats-Unis et figure marquante des mouvements étudiants pro-palestiniens, Khalil affirme avoir été ciblé par des agents de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) en mars dernier, en raison de son engagement contre la guerre à Gaza. Un procès à portée symbolique et politique La plainte vise directement les départements de la Sécurité intérieure et des Affaires étrangères, accusés d'avoir orchestré une campagne de représailles politiques contre les défenseurs de la cause palestinienne. Khalil, privé de liberté pendant plus de trois mois, affirme avoir été séparé de sa famille, y compris lors de la naissance de son premier enfant. « Rien ne me rendra ces 104 jours. La douleur, l'éloignement, l'absence à un moment crucial de ma vie. Il faut que justice soit faite », a-t-il déclaré dans un communiqué. S'adressant à Reuters, il ajoute : « Trump l'a montré : il ne comprend que le langage de l'argent. Mais j'accepterais aussi un engagement clair de ne plus jamais emprisonner ou expulser des individus pour leurs opinions. » L'administration Trump défend sa position Un porte-parole du Département de la Sécurité intérieure a qualifié la plainte de Khalil de « revendication étrange », affirmant que la détention a été opérée dans le cadre des prérogatives légales du gouvernement fédéral. Sous la présidence actuelle de Donald Trump, la lutte contre les mouvements pro-palestiniens sur les campus universitaires est devenue un axe majeur de politique intérieure. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Trump a multiplié les déclarations assimilant les manifestations contre la guerre à Gaza à de l'antisémitisme, promettant des mesures fermes à l'encontre des étudiants et activistes étrangers impliqués. Une libération ordonnée par la justice La détention de Mahmoud Khalil a suscité de vives critiques de la part de nombreuses organisations de défense des droits civiques, qui ont dénoncé un détournement des lois migratoires à des fins politiques. En juin, un jugement fédéral du New Jersey, rendu par le juge Michael Farbiarz, a conclu à une violation manifeste de la liberté d'expression garantie par la Constitution. Le tribunal a ordonné la libération immédiate de Khalil, pointant un usage excessif du pouvoir exécutif à des fins de répression idéologique. Conflit avec les universités américaines L'affaire Khalil s'inscrit dans un conflit plus large entre la présidence Trump et les grandes universités américaines, telles que Harvard, Columbia et d'autres institutions accusées par la Maison-Blanche de ne pas protéger les étudiants juifs face aux manifestations étudiantes dénonçant l'action militaire israélienne à Gaza. Un rapport du Wall Street Journal rappelle que l'idée de réduire les financements fédéraux aux établissements jugés « trop tolérants envers la propagande anti-occidentale » n'est pas nouvelle. Elle est activement défendue par plusieurs conseillers influents de l'administration actuelle. Ainsi, en pleine présidence Trump, l'affaire Mahmoud Khalil soulève des questions fondamentales sur la liberté d'expression, les droits des minorités et la neutralité des institutions publiques. Ce procès pourrait bien devenir un test juridique de grande ampleur sur la manière dont les Etats-Unis concilient sécurité nationale et libertés individuelles à l'heure d'une polarisation politique accrue. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!