Face à une exclusion financière persistante affectant une large partie des Tunisiens, un projet de loi vise à doter « La Banque Postale » d'une mission nouvelle : offrir des services bancaires à tarifs avantageux aux populations vulnérables, notamment dans le cadre de la stratégie nationale d'inclusion financière. Cette initiative répond à une réalité sociale et économique marquée par la concentration du réseau bancaire dans les grandes villes et par des coûts élevés des commissions, qui pénalisent fortement les ménages à faibles revenus et les travailleurs du secteur informel. Une présence territoriale au service de l'inclusion Forte de ses 1042 bureaux répartis sur l'ensemble du territoire, dont plus de la moitié en zones rurales, La Poste tunisienne dispose d'un maillage unique permettant d'atteindre des segments de la population traditionnellement mal desservis par le système bancaire classique. Cette infrastructure éprouvée, alliée à une expérience de près de sept décennies dans la gestion d'épargne, se traduit par un total de plus de 4,5 millions de comptes épargnes postaux, soit un chiffre nettement supérieur aux 1,8 million de comptes détenus dans les banques. Selon Ziad Maher, membre de la commission des finances du Parlement, « La Banque Postale » pourrait ainsi devenir une institution clé pour l'ouverture de comptes courants, l'octroi de crédits adaptés, et le développement des services de paiement et de transfert aux populations exclues financièrement. Une réponse aux inégalités régionales et sociales Une étude de l'Institut tunisien des études stratégiques met en lumière le rôle central que pourrait jouer la transformation du service de La Poste en banque dans la réduction des disparités territoriales. Cette démarche vise aussi à réviser certains mécanismes du système de compensation financière, tout en favorisant l'accès aux services bancaires pour les artisans et les acteurs de l'économie parallèle. Ce projet s'inspire aussi de modèles étrangers, comme le Maroc, où la conversion de La Poste en banque a permis une progression notable de l'inclusion financière, avec une augmentation significative du nombre de comptes bancaires parmi les populations longtemps marginalisées. Des conditions réglementaires équilibrées L'équilibre entre innovation sociale et respect de la réglementation financière reste au cœur des débats. La future « Banque Postale » sera soumise, comme toutes les institutions bancaires, au contrôle rigoureux de la Banque Centrale. Cependant, une tarification préférentielle des prêts pour les ménages vulnérables est envisagée afin d'alléger l'accès au crédit, une mesure qui pourrait contribuer à dynamiser une économie mise à mal par le poids des inégalités. En offrant des services financiers simples et sécurisés, cette nouvelle institution ambitionne de répondre aux besoins essentiels sans se substituer aux banques commerciales. Alors que près de deux tiers de la population tunisienne demeurent exclus de toute relation bancaire, malgré un nombre important de comptes ouverts, cette initiative représente une tentative concrète d'adresser cet écart. En rapprochant les services financiers des citoyens les plus éloignés du système classique, la transformation de la Poste en banque populaire favorise un accès plus large à l'épargne et au crédit, outils indispensables pour améliorer durablement les conditions économiques des populations. Ce projet, à la croisée des enjeux sociaux et économiques, pourrait contribuer à bâtir un nouveau modèle d'inclusion financière, plus proche des citoyens et de leurs réalités quotidiennes.
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