Terrifiants… Ils sont terrifiants, surtout pour les Occidentaux, eux qui se gargarisaient de leur supériorité à tous les niveaux, de leurs valeurs et idéaux que le monde entier copie sans jamais les égaler. Et bien ce monde est terminé et cette photo l'illustre à merveille. Ces visages n'ont rien d'angélique, on n'a pas affaire à des enfants de coeur et l'Occident le sait. Le sait-il suffisamment ? Se prépare-t-il suffisamment aux rapports de force sans précédent qu'il se prendra en pleine face ? A l'évidence non. Poutine et Kim Jong-un ne pèsent rien et pourtant… De tous les trois sur ce cliché c'est sans aucun doute le président chinois, Xi Jinping, qui est le plus terrifiant pour l'hégémonie américaine et les prétentions européennes. La 2e puissance militaire et économique de la planète a de solides arguments, que n'ont pas ses deux alliés de circonstance, les présidents russe et nord-coréen, Vladimir Poutine et Kim Jong-un. Ils ne pèsent pas grand-chose, ils n'ont rien à faire valoir à part des armes nucléaires, des armes qu'ils brandissent matin, midi et soir mais qu'ils n'oseront jamais balancer parce que ça leur reviendrait comme un boomerang. Mais l'essentiel est que l'Occident croit qu'ils sont capables de les larguer si une « menace existentielle » le dicte. Cet épouvantail suffit à hanter le sommeil des dirigeants français, allemand, polonais, italien, etc. Et c'est cette terreur qu'exploite Pékin. Jinping n'a pas besoin de faire une guerre pour exister, pour être pris au sérieux, son combat est financier et économique, son agenda c'est le développement harmonieux de son immense pays. Poutine ne peut pas en dire autant avec ses 17 millions de kilomètres carrés, encore moins Kim Jong-un dont beaucoup de ses concitoyens végètent dans la faim, le coût de l'armement nucléaire. La Chine est une force tranquille, elle se borne à montrer les muscles, par contre elle a besoin de partenaires qui sont assez fous pour griller toutes leurs ressources dans les armes, pour se lancer dans des guerres qu'ils ne gagneront jamais. Tout ça est très bon pour le business de Pékin, c'est bon aussi pour asseoir sa réputation de terreur absolue sans tirer un seul coup de feu. Russes et Nord-Coréens servent à ça : des marchés, des faire-valoir. Tout est dans les postures et discours officiels chinois, pas besoin de creuser ailleurs, de convoquer des analystes. Quand Jinping s'est rendu à Kazan pour honorer la grand-messe de Poutine – 16e Sommet des BRICS – tout le monde ne voyait que lui, le patron c'est lui. Confirmation, avec davantage d'éclat, lors de la célébration des 80 ans de la fin de la Seconde guerre mondiale, ce mercredi 3 septembre à Pékin. Une pierre envoyée directement dans le jardin de Trump Il y a eu l'impressionnant défilé militaire devant un parterre de dirigeants étrangers – une vingtaine – ; la 2e armée du monde, dont les progrès sont fulgurants, a brillé à la place Tiananmen, là où les autorités avaient brisé dans le sang le soulèvement estudiantin de 1989. L'endroit est choisi à dessein : c'est pour montrer au monde que le pouvoir central écrase toujours l'adversité, l'emporte toujours. Mais c'est surtout l'allocution du maître du lieu qui a retenu l'attention… « La renaissance de la nation chinoise est inarrêtable et la noble cause de la paix et du développement de l'humanité triomphera assurément« , a clamé le président chinois. Il a pointé les périls géopolitiques et la guerre commerciale qui sévit, et a averti : « L'humanité fait de nouveau face à un choix entre la paix ou la guerre, le dialogue ou la confrontation« . Il a invité le monde à éviter de repasser par les « tragédies historiques« , comme la guerre contre le Japon qui a décimé des millions de Chinois. Mais en fin tacticien – tout le contraire du président Donald Trump -, Jinping a évité soigneusement les allusions au grand rival, les USA, pas un mot également sur d'autres sujets qui fâchent tels que Taïwan ou les droits de douanes. Pékin se contente pour le moment de terroriser l'île voisine mais pas question d'aller plus loin. Les Chinois savent le prix qu'ils paieraient, aux Etats-Unis et en Europe, en termes de sanctions économiques… Poutine aussi se doutait de ce qui l'attendait en Ukraine mais il ne s'est pas soucié des retombées pour son pays, pour cela il faudrait qu'il se soucie de sa population. Jinping lui cogite, calcule, pèse, anticipe… C'est ce qui le rend dangereux pour les « maîtres du monde », les Américains. Qu'en dit Trump ? Il a confié hier soir qu'il n'est « pas préoccupé du tout » par l'agitation à Pékin. « Nous avons les forces militaires les plus puissantes au monde, de loin, et ils n'utiliseraient jamais les leurs contre nous. Croyez-moi, ce serait la pire chose qu'ils puissent jamais faire« , soutient-il. Pourtant le même a accusé un peu plus tard le président Jinping de « conspire(r) contre les Etats-Unis d'Amérique« , avec ses homologues russe et nord-coréen, ce qui n'a pas empêché Trump de leur envoyer ses « salutations très chaleureuses« . On connait sa fascination pour les affreux dictateurs, mais là il va trop loin. Tous ces messages contradictoires sont autant de signaux de faiblesse que la Chine décode avec brio. « Fort avec les faibles, faible avec les forts »… Comment voulez-vous que Jinping ne soit pas ragaillardi par le caractère obséquieux de l'accueil réservé par le président américain à Poutine ? Si Washington tremble face à Moscou que dire de Pékin. Joe Biden avait averti, sur la base d'un rapport, que la Chine a les moyens de torpiller l'hégémonie américaine et de remodeler les rapports de force dans le monde, manifestement Trump n'a pas lu ce document. De toute façon le républicain ne lit rien. La grande différence entre les président chinois et américain, à part l'intelligence tactique de l'un, c'est la capacité du premier à fédérer autour de lui, même les pires ; alors que le second clive, morcelle, divise, fracasse. Quand Trump réunit ses alliés c'est pour leur faire les poches, les racketter, alors que Jinping cajole les siens. Certes le Chinois lui aussi essore ses partenaires mais en douceur, l'Américain lui y va sans anesthésie. Washington a réussi le tour de force de s'aliéner l'Inde, 5e puissance économique mondiale. Les USA ont assommé les Indiens avec des droits de douane de 50% au motif qu'ils achètent massivement le pétrole russe et gonflent le trésor de guerre de Poutine. Mais à ce qu'on sache la Chine aussi achète russe et beaucoup, alors pourquoi les Etats-Unis ne l'ont pas frappée comme l'Inde ? En réalité ce que Trump voulait c'est rincer l'Inde, avec lui c'est toujours une affaire de sous. La main de l'Américain tremble face à Jinping parce qu'il porte encore les stigmates des contrecoups des droits de douane. « Fort avec les faibles, faible avec les forts », c'est ça Trump. Mais le Premier ministre indien Narendra Modi n'est pas faible, la frappe américaine l'a précipité dans les bras de Jinping, qui est pourtant son grand rival et un ennemi historique. Trump a réussi au moins ça : fédérer la Chine et l'Inde. A force de se fabriquer des ennemis, à l'intérieur et à l'extérieur, le président américain affaiblit son pays et le camp occidental. Il ne sera plus là en 2028 alors que le président chinois campera encore ; et si ce n'est pas lui ce sera son clone. Ce qui est certain c'est que les dégâts de la politique de Trump perdureront et affecteront dans la durée la 1e puissance mondiale. Que restera-t-il de cette puissance après l'ouragan Trump ? La réponse est à Pékin.
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