Le Japon a décidé de ne pas reconnaître, pour l'instant, un Etat de Palestine, et le premier ministre démissionnaire Shigeru Ishiba n'assistera pas à une réunion liée à ce dossier en marge de l'Assemblée générale des Nations unies ce mois-ci, selon des informations rapportées par la presse nippone. Cette posture diffère de la dynamique engagée par la France, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie, qui ont pris position en faveur d'une reconnaissance, et s'aligne davantage sur la ligne de Washington, allié le plus proche d'Israël. Une « prudence » qui interroge À Tokyo, l'argument avancé tient à la préservation des marges de manœuvre diplomatiques et à la volonté de ne pas se lier à une démarche unilatérale tant que le cadre de négociation n'est pas clarifié. Mais cette prudence calculée est critiquée par une partie des observateurs : dans un contexte de coût humain massif à Gaza, elle ressemble à des « petits calculs » diplomatiques opposés à l'impératif de conscience. Autrement dit, le signal envoyé au moment où la communauté internationale débat de responsabilité et de protection des civils apparaît en décalage avec l'ampleur de la tragédie. Les chiffres qui pèsent dans le débat Depuis le 7 octobre 2023, le ministère de la Santé à Gaza, chiffres relayés par l'ONU, fait état d'au moins 64 656 morts et 163 503 blessés palestiniens, des bilans régulièrement mis à jour par OCHA. Ces totaux incluent des ajouts rétrospectifs après identification des victimes. Le déplacement interne a atteint une ampleur exceptionnelle : environ 1,9 million de personnes sont sans abri stable ou ont été déplacées à plusieurs reprises, tandis que des zones entières sont en pénurie d'eau, d'abris et de soins. La sous-alimentation aiguë et la famine ont été documentées, avec au moins 361 décès liés à la malnutrition (dont 130 enfants) recensés au début septembre 2025, selon des analyses de santé publique diffusées via le système onusien. Pour l'enfance, l'UNICEF alerte sur des risques mortels pour plus de 450 000 enfants dans la seule ville de Gaza, et estime que plus de 50 000 enfants ont été tués ou blessés depuis le début de la guerre. Ces données—admises même comme imparfaites au vu des destructions et des disparitions—dressent un portrait accablant de la situation humanitaire. Dans ce cadre, la décision japonaise de geler la reconnaissance est perçue par ses détracteurs comme un désaveu de la démarche symbolique que cherchent à impulser plusieurs capitales occidentales pour cristalliser la solution à deux Etats. Impact diplomatique À court terme, la ligne de Tokyo n'infléchit pas la mécanique onusienne, mais elle affaiblit l'effet d'entraînement souhaité par Paris, Londres, Ottawa et Canberra. À moyen terme, elle pourrait pousser ces capitales à multiplier les démarches coordonnées (résolutions, conditionnalités, reconnaissance graduelle) afin d'éviter que la réalité du terrain—marquée par l'hécatombe civile, le déplacement massif et l'insécurité alimentaire—ne soit reléguée derrière des considérations de realpolitik. Ainsi, en choisissant d'attendre, le Japon priorise la stabilité de ses équilibres diplomatiques, mais expose sa politique au reproche de fermer les yeux sur des chiffres effroyables à Gaza. La question posée aux Etats reste entière : quelle part donner, face à l'horreur documentée, à la conscience humanitaire par rapport aux « petits » calculs ? Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!