Le littoral tunisien s'étend sur près de 1 300 kilomètres et abrite une biodiversité remarquable. Il constitue un patrimoine marin exceptionnel et fragile. En effet, plus de 2 500 espèces animales et 600 espèces végétales marines y sont recensées. Des écosystèmes sensibles tels que les herbiers de posidonie, véritables puits de carbone et refuges pour de nombreuses espèces, les zones humides comme Bahiret el Bibane ou les marais salants de Sfax-Thyna, ainsi que des îles protégées comme Zembra, illustrent cette richesse écologique. La Tunisie compte une vingtaine d'aires marines protégées couvrant environ 1 % de son espace maritime. Ces chiffres montrent que des efforts sont engagés, mais beaucoup reste à faire pour faire face à l'ampleur des menaces. La pollution plastique, menace omniprésente La Méditerranée est l'une des mers les plus polluées du monde. Chaque jour, environ 730 tonnes de plastiques y sont déversées. En Tunisie, on estime que plus de 8 000 tonnes de plastique rejoignent la mer chaque année et qu'un tiers de ces déchets reviennent sur ses propres côtes. Le ministère de l'Environnement indique que le pays génère près de 2,8 millions de tonnes de déchets ménagers par an, dont près de 10 % sont constitués de plastiques. La stratégie nationale baptisée « Littoral sans plastique » vise à réduire l'impact de ces déchets en interdisant progressivement les plastiques à usage unique et en promouvant des alternatives durables. Des initiatives citoyennes et scientifiques viennent renforcer ces politiques. L'expédition MED, par exemple, a formé des associations locales à la collecte et à l'analyse de microplastiques au large de Hammamet. Ces actions soulignent l'urgence d'une mobilisation collective. La pression de la surpêche La pêche est un pilier de l'économie tunisienne et fait vivre plus de 100 000 personnes. Cependant, la surexploitation des ressources halieutiques fragilise les stocks. Des espèces emblématiques comme le mérou ou le thon rouge se raréfient, tandis que les prises accessoires mettent en danger des dauphins, des tortues et de nombreux oiseaux marins. Les fonds marins sont aussi dégradés par certaines pratiques comme le chalutage illégal ou les filets traînants qui arrachent les herbiers et les coraux. Dans le golfe de Gabès, l'un des écosystèmes les plus riches du pays, la situation est particulièrement alarmante. Plusieurs ONG, dont le WWF, travaillent avec les pêcheurs artisanaux pour mettre en place des mesures de co-gestion et promouvoir une pêche plus sélective. Les effets du changement climatique La hausse de la température de la mer Méditerranée modifie la répartition des espèces. L'anchois, ressource majeure pour la pêche tunisienne, voit sa biomasse varier selon les courants et les conditions climatiques. L'acidification des océans menace également les coquillages et autres organismes calcificateurs. L'érosion côtière, aggravée par la montée du niveau de la mer, met en péril les plages et les zones humides qui jouent un rôle crucial dans la reproduction de nombreuses espèces. Certaines plages tunisiennes sont désormais interdites à la baignade pour cause de pollution, une situation qui a un impact direct sur l'image touristique du pays. Des initiatives en cours mais la tâche est monstre La Tunisie a engagé plusieurs actions. Outre la stratégie « Littoral sans plastique », elle participe au programme EcAp-Med II, qui vise à renforcer le suivi de la biodiversité marine en Méditerranée. Des parcs nationaux et des réserves naturelles ont été créés, et certains projets pilotes explorent la restauration des herbiers marins. Malgré ces efforts, les moyens humains et financiers restent insuffisants. La couverture des aires marines protégées demeure faible et la surveillance est difficile à assurer sur l'ensemble du littoral. La réussite de ces initiatives dépendra de la coordination entre l'Etat, les associations, les scientifiques et les communautés locales. Un impératif pour l'avenir Préserver la biodiversité marine tunisienne est plus qu'un enjeu écologique. Il s'agit d'un choix stratégique pour garantir la sécurité alimentaire, protéger les secteurs économiques clés et assurer la qualité de vie des citoyens. Cela passe par un renforcement des aires protégées, des politiques de pêche durable, une gestion rigoureuse des déchets plastiques et une coopération régionale renforcée avec les pays méditerranéens. La Tunisie dispose des ressources naturelles et du savoir scientifique pour relever ce défi. L'avenir de ses mers dépendra désormais de la volonté collective à conjuguer protection de l'environnement et développement durable. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!