Les différentes actions contradictoires entreprises par les victimes du propriétaire de la société « Yosr développement », Adel Dridi, illustrent au grand jour la schizophrénie d'une faction non négligeable du peuple tunisien. Oscillant entre stupeur, consternation et amertume après la découverte de la grande supercherie entamée à leur dépens. Semblant dire qu'ils sont à la fois les bourreaux et les victimes, les dindons de la pernicieuse farce de Adel Dridi, et ne sachant plus où donner de la tète, ont manifesté ce mardi devant le siège du mouvement Ennahdha pour réclamer… sa libération. Ils étaient quelques dizaines à scander son nom, à exiger sa libération et à agiter la théorie d'un complot fomenté par les médias afin d'écorner l'image de ce loyal serviteur du peuple qui ne comptait nullement prendre la fuite et qui allait, in fine, habiliter et faciliter leur ruée vers l'or. Il est encore plus difficile de se réveiller d'un cauchemar que de prendre sa juste mesure. Pris en tenaille par l'effroi de la découverte de cette abominable vérité qu'est l'escroquerie et l'avidité de quelques uns, les victimes de Adel Dridi préfèrent encore s'attarder et s'agripper à cet infime espoir qu'est l'indemnisation. Néanmoins, ce qui frappe dans la manifestation d'aujourd'hui, ce n'est pas tant le lieu choisi par les dépositaires de Adel Dridi mais surtout la dissonance entre l'image de citoyens en colère s'en prenant et saccageant vendredi dernier sa maison et l'élan de solidarité qui s'est manifesté tout à l'heure à Montplaisir. Non dénués d'arrières pensées, les manifestants ont jeté leur dévolu sur le siège du mouvement Ennahdha pour exprimer leur attendrissement et compassion de leur « bourreau » en même temps qu'ils le suppliait de les rembourser. Les tunisiens n'ont visiblement pas fini de susciter la curiosité de part et d'autre.