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Les financiers charlatans : Adel Dridi n'est que le premier
Publié dans Business News le 21 - 06 - 2013

Une femme enceinte a vendu sa maison pour « investir » le montant perçu dans la société Yosr Développement présidée par Adel Dridi. En apprenant ce matin la fuite de ce monsieur et après vérification que son argent s'est évaporé, elle a appelé son mari qui lui a interdit de rentrer et elle s'est évanouie sur place. Voilà un échantillon des effets dévastateurs que peut provoquer la fameuse chaîne de Ponzi.
Des cas plus douloureux existent, des cas de personnes flouées et abusées grâce à l'appât du gain et l'amour de l'argent facile. Un gardien de nuit a réuni ses maigres économies et a donné 5000 dinars à cette société, il se retrouve aujourd'hui sans le sou et complètement démuni. Un autre a vendu deux taxis pour confier cet argent à Yosr Développement, aujourd'hui il ne sait comment il va nourrir ses enfants. Cette arnaque a fait, pour le seul cas de Yosr Développement, 50 000 victimes et a mis à la rue quelques 80 salariés. Pourtant, l'arnaque utilisée est bien connue, c'est la même qu'avait utilisée Bernard Madoff pour plumer plusieurs centaines d'entreprises et de personnes. Mais en quoi consiste la chaîne de Ponzi ?
L'une des définitions les plus partagées de la chaîne de Ponzi est la suivante : « Une chaîne de Ponzi est une escroquerie financière faisant miroiter aux investisseurs des taux de rendement élevés pour un faible risque et pour une période trop courte. La chaîne de Ponzi génère des revenus pour les plus anciens investisseurs grâce aux apports de capitaux des nouveaux. Cette escroquerie produit réellement les rendements promis aux anciens investisseurs, et ce, aussi longtemps qu'il y a de nouveaux investisseurs. Ces manœuvres s'effondrent souvent d'elles-mêmes lorsqu'il n'y a plus de nouveaux apports ».
En clair, l'argent des nouveaux entrants dans la chaîne permet de financer les gains des investisseurs plus anciens. Sachant cela, il n'y a rien d'étonnant quand on découvre l'étendue des dégâts et surtout le nombre de personnes lésées, 50000 en à peine quelques mois.
La dénomination de chaîne de Ponzi revient à l'inventeur de cette arnaque. Il s'agit d'un employé de banque américain, répondant au nom de Charles Ponzi, qui a mis en place cette arnaque en faisant croire qu'il rémunérait les investissements perçus à hauteur de 40% en trois mois. D'un obscur anonyme, Charles Ponzi est passé à millionnaire en à peine 6 mois. Quand l'arnaque fût découverte, seulement un tiers des montants perçus a pu être redistribué aux victimes.
Au grand dam des victimes tunisiennes de cette célèbre arnaque, Adel Dridi a réussi à mettre en place un système similaire dans lequel il promet –et tient parole au début- des gains à hauteur de 50% en à peine quelques mois. Il a abusé de petites gens en leur volant des économies parfois fruits d'une vie de dur labeur. Il a spolié des personnes vulnérables qui n'ont pas su sentir l'arnaque. Il a volé des personnes qui s'étaient rassemblées pour réclamer sa libération au bureau du procureur de la République.
Le pire est probablement ce qui suit. A l'heure où ces lignes sont écrites, il existe en Tunisie d'autres sociétés qui utilisent le même procédé, la chaîne de Ponzi. Des sociétés qui promettent des gains faramineux en très peu de temps tout en ayant l'audace de déclarer n'avoir aucun lien avec Yosr Développement et de rassurer leurs clients sur leurs gains !
La société Casus Group affirme mener des projets dans différents secteurs d'activité. Le financement de ces projets est basé sur le « service de contribution », un doux qualificatif pour une chaîne de Ponzi. A partir d'une contribution de 75 dinars, on peut gagner le double, rien que ça, en l'espace de 50 jours. Plus l'investissement est gros, plus le gain, garanti d'après la société, est conséquent. Le revers de la médaille est que plus l'investissement est gros, plus il permettra de rémunérer les anciens investisseurs, plus ça fera affluer de nouveaux « pigeons » ce qui permettra à la roue de tourner et à l'arnaque de s'étendre.
La société Next Invest vante à travers sa page Facebook les mérites de son « modèle ». La démarche reste la même, des gains garantis pouvant atteindre le double de la somme investie et parfois davantage à l'occasion d' « offres spéciales ». L'arnaque reste donc la même et se répète en faisant de plus en plus de victimes et en ingurgitant de plus en plus d'argent.
Profitant de la détresse de personnes ayant du mal à joindre les deux bouts, ces charlatans de la finance et de l'investissement abusent de personnes aux connaissances limitées qui sont attirées par l'appât du gain. Derrière les formulations pompeuses et les promesses alléchantes, ces sociétés font du vol pur et simple avec pour fond de commerce la misère humaine.
Le cas d'Adel Dridi et de la société Yosr Développement devrait servir de leçon aussi bien à ce type de sociétés qui continuent à exercer en toute impunité qu'aux personnes tentées par un « investissement » dans ce type d'arnaque. L'Etat se devra également de sévir pour mettre un terme à des agissements nuisibles basés sur une arnaque qui date d'un peu moins d'un siècle. Les victimes avérées de cette arnaque se retrouvent aujourd'hui désabusées, elles ont saccagé la maison d'Adel Dridi et ont manifesté devant la Banque centrale de Tunisie et devant le ministère de l'Intérieur. Ceci ne se reproduira pas si l'on se souvient qu'il n'est pas de gain facile et aussi conséquent sans que ça ne cache anguille sous roche.
Les médias tunisiens et le gouvernement s'en sont rendus compte assez tôt et ont alerté l'opinion publique sur la gravité de l'arnaque. Le directeur général d'une banque de la place a constaté des mouvements anormaux sur le compte bancaire d'Adel Dridi et il a décidé de le fermer et d'alerter la Banque centrale. La société a fait son devoir pour mettre un terme à cette supercherie. Adel Dridi a été arrêté et interrogé par les autorités mais il a été remis en liberté sans même une interdiction de voyage alors que d'autres hommes d'affaires, pourtant blanchis par la justice pour certains d'entre eux, continuent à être privés de quitter le territoire.


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