Le 19 février 2025, Donald Trump fraîchement réinvesti dans ses fonctions, a signé un décret présidentiel officialisant le retrait des Etats-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette décision, qui fait suite à une première tentative en 2020, marque un tournant dans les relations entre les Etats-Unis et l'OMS. Ce retrait est justifié par des critiques concernant la gestion de la crise du COVID-19 et les préoccupations sur l'influence politique au sein de l'ONU. Le décret affirme que l'OMS a mal géré la pandémie de COVID-19, n'a pas adopté de réformes urgentes et a été affectée par l'ingérence politique de certains Etats membres. De plus, Trump impose une pause dans les futurs transferts de fonds et de soutien américains. Le texte officiel de la Maison-Blanche invoque « la mauvaise gestion de la pandémie de COVID-19 par l'OMS, son échec à adopter des réformes urgentes et son incapacité à prouver son indépendance face à l'influence politique inappropriée de certains Etats membres ». Les Etats-Unis étaient historiquement les plus grands contributeurs au budget de l'OMS, avec 22 % du financement total de l'organisation. Cette contribution, estimée à 958,5 millions de dollars pour la période 2024-2025, représente un des points de friction pour l'administration Trump. Un rapport rédigé par ses conseillers évoque aussi la possibilité de réformer l'OMS en nommant un responsable américain à sa tête lorsque le mandat du directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, prendra fin en 2027. Le rapport, rédigé par un expert en politique extérieure et mandaté par l'équipe de transition de Trump, estime que l'OMS est devenue « l'agence la plus chaotique et la moins efficace des Nations unies ». Il critique son incapacité à mettre en œuvre des réformes depuis vingt ans, déplorant une détérioration de ses capacités de gestion et d'expertise scientifique. Nigel Farage, président du groupe Action on World Health (AWH), un groupe qui mobilise les citoyens contre le traité international de l'OMS face aux pandémies, a avancé des arguments controversés sur une supposée mainmise de l'OMS sur les politiques nationales de santé, incluant la gestion des stocks de vaccins et d'éventuelles restrictions sanitaires. Farage voit dans cette décision « une opportunité unique pour reprendre le contrôle des politiques de santé mondiales et réformer en profondeur l'OMS ». Il critique l'Organisation pour ses erreurs passées, notamment son refus initial de reconnaître la transmission interhumaine du COVID-19 en janvier 2020, ainsi que ses réactions tardives face aux crises du virus Ebola en 2014-2016 et du SARS en 2003. (Source : Telegraph UK) L'onde de choc américaine se répercute jusqu'au Royaume-Uni, où le groupe Action on World Health (AWH), cofondé par Nigel Farage, a lancé une évaluation dénommée Bell Review. Ce collectif de neuf experts, comprenant d'anciens responsables de l'OMS et des Nations Unies, analyse l'opportunité d'une sortie du Royaume-Uni de l'organisation. Dans un communiqué, AWH dénonce une ingérence excessive de l'OMS dans les politiques sanitaires nationales : « L'OMS doit respecter la souveraineté des nations et cesser d'imposer des politiques contraires aux intérêts nationaux ». Nigel Farage a déclaré que si l'OMS ne pouvait pas être réformée, elle devrait être remplacée par « un organisme plus adapté et représentatif de la volonté des peuples ». De son côté, Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien et chef du parti d'extrême droite Lega, a soumis un projet de loi pour que l'Italie suive l'exemple américain. « L'Italie ne doit plus être soumise à un centre de pouvoir supranational largement financé par les contribuables italiens et aligné sur les multinationales pharmaceutiques », a-t-il déclaré (Source : Politico)
Au-delà de la gestion de la pandémie, l'OMS est régulièrement critiquée pour son fonctionnement interne, notamment la multiplication des programmes dans les pays sans réelle évaluation d'impact et d'efficacité sur les populations. L'influence de certains donateurs privés, notamment celle de Michael Bloomberg, est pointée du doigt par plusieurs experts dont l'ancien directeur de l'OMS, Robert Beaglehole, et l'experte Ruth Bonita. Les divergences s'inscrivent dans un débat plus large sur la manière dont l'organisation gère les influences externes et les priorités de santé publique à l'échelle mondiale. (Source : The Lancet) En Asie, des pays comme les Philippines et l'Inde ont déjà suspendu des ONG financées par Bloomberg, les accusant d'ingérence dans les politiques nationales de santé. (Source : Reuters) Dans son manifeste publié avant les élections britanniques, l'AWH s'est également opposé à la « régulation excessive » du vapotage. Il affirmait que « les adultes devraient être traités comme des adultes, au lieu que l'OMS pousse les pays à traiter leurs citoyens comme des enfants à travers des réglementations excessives sur l'alimentation, l'alcool, les sodas… » Face à cette pression politique croissante, l'OMS pourrait être contrainte de se réformer en profondeur. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, défend son action en rappelant que l'organisation a été essentielle dans la lutte contre des pandémies passées et dans l'éradication de la variole (Source : OMS ). Mais avec l'effet d'entraînement potentiellement enclenché par les Etats-Unis, la question se pose : La Tunisie pourrait-elle jouer un rôle d'intermédiaire entre les pays en développement et les grandes puissances pour plaider en faveur d'une réforme plus équilibrée de l'OMS ? Une chose est sûre : le débat sur la gouvernance sanitaire internationale ne fait que commencer, et son issue pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques de la santé publique.