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Tunisie : retour au travail, en attendant le prochain arrêt
Publié dans Business News le 02 - 04 - 2025

Le printemps pointe son nez et le ramadan est fini. Quels sont les principaux événements attendus durant ces deux mois d'avril et de mai, avant que les Tunisiens reprennent le chemin des vacances au mois de juin ?

Après un mois de travail au ralenti, les Tunisiens reprennent aujourd'hui le chemin du travail. Cela ne durera pas longtemps. Dès que le mois de juin pointera son nez, ils reprendront le rythme du farniente estival. Comme beaucoup de Méditerranéens, notamment ceux du sud de l'Europe et les insulaires, nous sommes les champions de la fainéantise. En témoigne la faible croissance du pays et les théories conspirationnistes en tous genres pour justifier notre échec à avancer.
Comment sera la reprise et quels sont les principaux événements attendus durant ces mois d'avril et de mai ?

Une reprise sous tension politique
Nommée le 21 mars dernier, Sarra Zaâfrani Zanzri, ancienne ministre de l'Equipement et haute fonctionnaire issue du même ministère, a été propulsée à la tête du gouvernement sans discours ni feuille de route. Sa désignation, annoncée via un simple communiqué présidentiel, en dit long sur la nature du régime : vertical, opaque, et rétif à toute concertation. Technocrate discrète et inconnue du grand public, elle n'a ni expérience politique, ni maîtrise des dossiers économiques, et devra pourtant piloter un exécutif enlisé.
Pour donner un semblant d'élan, elle devrait rapidement former un nouveau gouvernement, différent de celui hérité de Kamel Maddouri. Mais dans un système ultra-centralisé où toutes les décisions se prennent à Carthage, il est peu probable qu'elle puisse imposer une équipe autonome ni impulser une réelle dynamique. La Kasbah reste cantonnée à un rôle d'administration obéissante, sans pouvoir d'orientation ni marge stratégique.

Dans le même temps, plusieurs chantiers essentiels resteront volontairement ignorés. Malgré l'urgence, aucune date n'est prévue pour les élections municipales, suspendues depuis la dissolution des conseils locaux. La mise en place de la Cour constitutionnelle, pourtant exigée par la Constitution écrite par Kaïs Saïed lui-même, demeure, elle aussi, dans les limbes. Le chef de l'Etat s'affranchit de ses propres textes, démontrant une fois de plus que l'Etat de droit reste une simple façade dans l'architecture actuelle du pouvoir.

Le grand procès politique du printemps
S'il y a une date à retenir dans les semaines à venir, c'est bien le 11 avril, jour de la deuxième audience du procès dit du « complot contre la sûreté de l'Etat ». Une cinquantaine de personnalités politiques, dont des opposants notoires, sont poursuivies dans le cadre de cette affaire tentaculaire, construite sur des accusations floues et des interprétations extensives de simples réunions politiques ou de déclarations publiques. Tout ce qui relève de l'action militante ou du lobbying devient, aux yeux du pouvoir, un complot contre l'Etat.
Ce procès s'annonce long, sensible et particulièrement scruté, tant au niveau national qu'international. La première audience avait déjà révélé l'extrême vacuité des dossiers, des violations de procédure flagrantes et une volonté manifeste de neutraliser toute voix dissidente. La deuxième audience risque de cristalliser encore davantage les tensions.
Les avocats de la défense, déterminés et combatifs, dénoncent une justice instrumentalisée, un procès politique maquillé en affaire de sécurité nationale, et une volonté d'intimider l'opposition. De leur côté, les soutiens du régime cherchent à légitimer les poursuites en invoquant des menaces contre la stabilité de l'Etat, sans jamais apporter de preuves tangibles.
Dans les coulisses, les diplomates étrangers observent la situation avec nervosité, conscients que cette affaire devient un marqueur clair de la dérive autoritaire du régime. Dans les médias et les milieux politiques, la polarisation est totale. Pour les uns, ce procès est une mascarade ; pour les autres, une purge nécessaire. Dans tous les cas, ce feuilleton judiciaire deviendra le thermomètre politique du printemps tunisien.
En dépit de ses multiples dénégations d'une quelconque ingérence dans le travail judiciaire, le régime pèse de tout son poids dans son procès. Il a déjà annoncé que la deuxième séance se tiendra à distance pour les détenus, tout comme l'a été la première séance. Sans se rendre compte la grossièreté de la chose et qu'il est en train de s'immiscer dans une affaire en cours, Kaïs Saïed a évoqué lui-même le dossier du complot dans une réunion du conseil de sécurité nationale. Pour lui, il s'agissait bel et bien de complot contre l'Etat. Comment garantir dès lors, l'indépendance des magistrats chargés de l'affaire, si le président de la République lui-même a tranché sur le sujet ? Bon à rappeler, des dizaines de magistrats ont été éjectés de leurs postes, juste parce qu'ils ont pris des décisions contraires aux desiderata du pouvoir.

Une économie en panne… et un exécutif inexpérimenté
Sur le front économique, les inquiétudes sont nombreuses, et les motifs d'espoir quasiment inexistants. La Tunisie affronte une période charnière, marquée par une croissance quasi-nulle, une inflation persistante, des pénuries récurrentes, et une dette publique qui menace d'étrangler l'Etat. Dans ce contexte déjà tendu, le pays se retrouve avec un exécutif sans expérience économique ni vision claire.
La nouvelle cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zanzri, vient du ministère de l'Equipement, où elle a longtemps exercé comme cadre administratif. Si elle connaît les rouages bureaucratiques, elle n'a jamais géré les dossiers financiers, ni approché les enjeux liés à la trésorerie de l'Etat, aux équilibres budgétaires ou aux stocks stratégiques. Son profil purement technique ne la prépare en rien à affronter la complexité de la crise actuelle.
À ses côtés, la nouvelle ministre des Finances, magistrate de formation, est tout aussi étrangère aux arcanes de la gestion économique. Longtemps confinée au ministère de la Justice, elle n'a ni la maîtrise des mécanismes macroéconomiques, ni l'habitude des négociations financières, qu'elles soient internes ou internationales.
Cette inexpérience combinée fait craindre une gestion hasardeuse des finances publiques, avec des risques bien réels de retards dans le paiement des salaires des fonctionnaires, de nouvelles pénuries de produits de base (alimentaires, pharmaceutiques, énergétiques) ou d'un recours massif à l'endettement à court terme, faute de stratégie.
Par ailleurs, le gouvernement devra gérer les conséquences immédiates de la nouvelle réglementation sur les chèques, qui asphyxie les petites entreprises, et la préparation du nouveau code du travail, qui alimente la peur chez les investisseurs. Dans ce climat d'incertitude généralisée, les milieux d'affaires se montrent de plus en plus prudents, voire hostiles à toute initiative venant d'un exécutif qu'ils jugent désorienté, déconnecté et peu crédible.

Des réformes imposées qui font craindre le pire
Alors que la machine économique tourne au ralenti, deux projets de loi en préparation à l'Assemblée risquent d'aggraver la situation et d'ajouter de la tension à un climat déjà pesant. Le premier concerne le nouveau code du travail, que le régime entend faire passer au pas de charge. Elaboré sans concertation avec les partenaires sociaux — ni l'UGTT, ni l'UTICA, ni les experts du secteur — ce texte suscite une vive inquiétude dans les milieux économiques. Son contenu reste flou, mais les bribes qui en filtrent laissent entrevoir une volonté de resserrer l'encadrement du marché du travail, sans souci des conséquences sur l'investissement et l'emploi.
Pour les chefs d'entreprise, il s'agit d'une réforme punitive, pensée dans un esprit de méfiance vis-à-vis du secteur privé, et non comme un levier pour créer de la croissance. En l'absence de débat public ou de consultation, cette loi pourrait avoir un effet dissuasif sur l'investissement national et étranger, et provoquer une hausse mécanique du chômage.
Le second projet, encore plus explosif, concerne l'indépendance de la Banque centrale de Tunisie. Kaïs Saïed a laissé entendre, à plusieurs reprises, son intention de remettre en cause l'autonomie de l'institution, qu'il accuse de freiner le développement et de répondre aux injonctions des bailleurs étrangers. Un tel virage, s'il devait se concrétiser, porterait un coup fatal à la crédibilité financière du pays. La notation souveraine de la Tunisie en pâtirait inévitablement, tout comme sa capacité à obtenir des financements sur les marchés internationaux.
En somme, ces deux réformes, imposées dans l'opacité, sans vision globale et sans débat avec les forces vives du pays, risquent d'aggraver la méfiance, geler l'initiative privée et accentuer la paralysie économique. Une combinaison explosive à quelques semaines seulement de l'entrée dans la torpeur estivale.

Un climat général d'appréhension
Alors que les Tunisiens reprennent le travail après un mois ramadanesque de quasi-coupure, le pays s'installe dans un entre-deux morose, à la fois figé et sous tension. Les grandes incertitudes politiques, l'absence totale de visibilité économique, la dérive autoritaire du pouvoir et l'improvisation gouvernementale créent un climat d'appréhension généralisée, partagé aussi bien par les citoyens que par les milieux d'affaires, les observateurs étrangers et les institutions internationales.
Rien, à ce stade, ne laisse entrevoir un sursaut. La nouvelle cheffe du gouvernement n'a ni la marge de manœuvre politique ni les compétences économiques pour changer le cours des choses. Les ministres sont inexpérimentés, les réformes sont imposées sans concertation, et la justice sert d'instrument de règlement de comptes politiques. Même les mécanismes démocratiques fondamentaux, comme les élections municipales ou la Cour constitutionnelle, sont sciemment mis en veille.
Dans ce contexte, les deux mois qui s'ouvrent ressemblent davantage à une parenthèse flottante, où l'Etat gère l'urgence sans vision, sans cap et sans perspective. Une période d'attente molle, avant la reprise du farniente estival, que tout le monde anticipe déjà. Le travail a repris, certes, mais l'esprit n'y est pas. Et comme souvent en Tunisie, le plus dur n'est pas ce qu'on affronte, mais ce qu'on attend sans jamais le voir venir.
Et comme chaque année, à peine aura-t-on repris que les premiers signes de torpeur estivale apparaîtront. Juin n'est plus très loin, et avec lui, une nouvelle période de suspension nationale. Deux mois de travail, entre deux vacances. À la tunisienne.


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