Depuis la publication du rapport annuel 2025 de l'organisation américaine Freedom House, plusieurs publications sur les réseaux sociaux affirment que la Tunisie aurait été classée « première au monde arabe en matière de libertés civiles et politiques ». Ce message a été largement relayé pour illustrer, selon ses auteurs, un redressement démocratique du pays. Pourtant, à la lecture du rapport, ces affirmations s'avèrent trompeuses, la Tunisie y figure parmi les pays ayant connu le plus fort recul des libertés au niveau mondial.
L'analyse détaillée du rapport dément formellement l'interprétation avancée en ligne. Avec un score de 44 sur 100, la Tunisie est classée comme « Partiellement libre » (Partly Free), un statut qui marque un net recul par rapport aux années précédentes, où le pays avait été salué comme un exemple démocratique post-révolutionnaire. Source : Freedom House Freedom House souligne que la Tunisie a rejoint le Nicaragua dans la liste des Etats ayant connu la plus forte détérioration des libertés en 2025.
Le rapport revient en détail sur plusieurs événements qui ont contribué à cette chute. Depuis 2021, le président Kaïs Saïed a pris des décisions, en suspendant le parlement, en dissolvant les institutions indépendantes comme le Conseil supérieur de la magistrature, et en modifiant la Constitution par référendum. Le processus électoral est désormais largement contrôlé par l'exécutif, cite le rapport. D'après le rapport, l'élection présidentielle de 2024 en est une illustration frappante, la majorité des candidats de l'opposition ont été écartés, emprisonnés ou interdits de concourir. Seuls trois candidats, dont le président sortant, ont été autorisés à se présenter. Kaïs Saïed a été réélu avec plus de 90% des voix, mais dans un contexte de faible participation électorale (moins de 30%) et d'absence d'observateurs indépendants.
Par ailleurs, le rapport documente une augmentation des arrestations arbitraires visant des journalistes, des avocats, des opposants politiques, et des figures de la société civile. La loi 2022-54, adoptée par décret présidentiel, est particulièrement critiquée, elle punit la diffusion d'« informations fausses » ou de propos jugés menaçants envers les autorités, et a servi de fondement à de nombreuses condamnations. Cette législation, combinée à une pression judiciaire et policière accrue, a instauré un climat de peur et d'autocensure dans les médias tunisiens.
Il est important de noter que Freedom House ne publie pas de classement régional ou spécifique au monde arabe, et ne mentionne nulle part dans son rapport que la Tunisie serait en tête dans cette zone géographique. En résumé, le rapport 2025 de Freedom House dresse un constat sévère sur l'état des libertés en Tunisie, et aucun passage ne peut être interprété comme une reconnaissance d'un progrès démocratique ou d'un statut de leader régional en matière de libertés.