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La présidente du syndicat de Tunisiana crie au harcèlement
Publié dans Business News le 30 - 06 - 2008

C'est une femme abattue que nous avons reçue à la rédaction de Business News il y a quelques mois. En pleurs. Elle ne sait plus quoi faire. Elle a tout donné pour son travail et l'entreprise qu'elle a vu naître. Elle se trouve, aujourd'hui, désespérée. Elle pèse ses mots et nous parle de harcèlement moral continu après sa mise au placard, sans tâches spécifiques à assurer, alors qu'il n'y a pas si longtemps, elle occupait le poste de chef de service. La raison ? Selon elle, elle tiendrait au fait qu'elle soit présidente du syndicat du personnel de Tunisiana puisque c'est du premier opérateur GSM privé qu'il s'agit, l'un des plus grands employeurs du pays. Motif que la direction de l'opérateur balaie d'un trait et évoque des erreurs professionnelles graves commises par la syndicaliste. Argument que l'UGTT rejette. La justice, saisie la semaine dernière, tranchera à la mi-juillet.
Elle s'appelle Olfa. De ses yeux jaillissent sérieux, dynamisme et professionnalisme. De ses yeux coulent cependant des larmes. Par pudeur, elle essaie de les retenir, mais le mal et l'humiliation qu'elle ressent sont difficilement supportables. Le terme humiliation reviendra à multiples reprises au cours des entretiens que nous avons eus avec elle tout au long de ces derniers mois.
Olfa a envie de raconter son histoire, de la voir publiée, mais elle n'a envie de faire mal à personne et de ne causer aucun problème. Nature altruiste ? Fort probable, à moins qu'elle ne soit une véritable comédienne, comme nous le suggère, en off, un proche de la direction de Tunisiana.
Son histoire a commencé en juillet 2002 avec la concession accordée par l'Etat tunisien à Orascom pour l'exploitation du premier réseau GSM privé en Tunisie. Olfa figure parmi les cinquante premières recrues de l'opérateur. Comme toute l'équipe de démarrage, elle a donné naissance à Tunisiana et a participé à donner de l'opérateur cette belle image que l'on a aujourd'hui de lui. « Nous étions au four et au moulin, on veillait tard et on avait une réelle ambiance bon enfant », nous dit-elle, remémorant avec regret cette période.
Jeune, ambitieuse, dynamique, Olfa touchait à tout. Affectée au back office des centres de services, elle a rapidement gravi les échelons pour se voir accorder des responsabilités en janvier 2006 et le poste de chef de service en janvier 2007. Elle dirigeait une équipe et elle en était fière. Fière surtout de l'image de ces centres de services dont elle est en partie responsable. Le courant passait bien avec tout le monde et le travail avançait à merveille.
Olfa a cependant d'autres cordes à son arc et sa réussite professionnelle ne l'a pas fait oublier son côté altruiste. C'est que dans cette boîte, où travaillent quelque 1500 personnes, il manque quelque chose de fondamental à ses yeux : un syndicat. Appartenant à une famille syndicaliste militante, Olfa était en mesure de le créer. Ce qui a été fait en juillet 2006.
La chose ne semble pas avoir plu à la direction des ressources humaines. La première responsable du département lui en toucha doucement deux mots. L'échange s'est fait sans vagues. Les deux femmes ont rejoint Tunisiana depuis le début, elles se comprenaient et elles ont un objectif commun : l'intérêt de l'entreprise. La création du syndicat n'influa donc pas la carrière d'Olfa puisque sa nomination en tant que chef de service a eu lieu en janvier 2007, soit plusieurs mois après la mise sur pied du syndicat.
Si les apparences semblent bonnes, il y a cependant de l'électricité dans l'air, selon Olfa. « C'est qu'elle ne se sentait plus en sécurité ». Outre le syndicat, elle est également membre élue à la Commission Consultative d'Entreprise. A ce titre, elle est appelée à défendre les intérêts de ses collègues, à s'opposer à certaines décisions disciplinaires, à proposer, réclamer, demander. Bref, à assurer ses tâches de membre élu et de syndicaliste et de se trouver "confrontée" à sa collègue responsable des RH.
La chose ne plait-elle pas aux dirigeants, habitués à avoir les mains libres ? Possible. A-t-on alors commencé à lui mener la vie dure, question de lui rendre la monnaie de sa pièce ? C'est ce qu'affirme l'intéressée, c'est ce que rejette la direction de Tunisiana et c'est ce sur quoi la Justice se prononcera bientôt.
Quoi qu'il en soit, Olfa déclare qu'elle était attendue au tournant à la moindre erreur. Et cette erreur arriva en août 2007. A l'époque, il était possible à plusieurs membres du personnel d'accéder au système informatique pour consulter les appels entrants et sortants des abonnés. Le personnel violait clairement la réglementation de l'entreprise, et la direction a décidé de mettre un terme à ces agissements. La presse eut vent de l'affaire, mais rien n'a été publié à l'époque. Précision utile cependant : quand on consultait les journaux des appels des abonnés, on ne pouvait en aucun cas voir tous les chiffres d'un numéro. Seuls quatre chiffres sur huit paraissent. Une centaine de personnes récoltèrent un blâme parmi lesquels se trouvaient Olfa et quelques autres responsables. Sauf qu'Olfa a eu droit à un traitement particulier, puisqu'une lettre portant la signature d'Yves Gauthier (le DG) est envoyée au SG de l'UGTT ! Dans cette lettre (dont nous avons une copie), on dénonce le comportement non professionnel de la syndicaliste. On rappelle les lois organiques entravées et l'atteinte à la Constitution tunisienne qui garantit les libertés fondamentales et les droits de l'Homme. On invite, dans la foulée, M. Abdesselem Jerad à mieux encadrer les membres syndicaux pour qu'ils puissent véhiculer une parfaite image de l'UGTT.
En réponse à ce courrier, l'UGTT (via son Union régionale, l'URTT) attire l'attention de M. Gauthier sur la nécessité de clarifier davantage les règles et les procédures de consultation des fichiers des abonnés afin de dissuader toute tentation d'abus. Clarification qui viendra quelques mois plus tard. L'UGTT exprime dans ce même courrier son inquiétude face aux sanctions collectives prises par l'administration de Tunisiana (M. Gauthier n'a pas encore rejoint l'équipe au moment de ces sanctions) et estime que le dialogue et la formation adéquate du personnel constituent la meilleure garantie de discipline au sein de l'entreprise. En clair, l'UGTT rappelle que la syndicaliste a consulté les journaux d'appels, parce que c'était une pratique courante et qu'elle n'était pas la seule blâmée et à blâmer. L'UGTT rappelle enfin l'impossibilité de la faisabilité technique de certaines opérations.
Interrogée par Business News à ce sujet, une source officielle chez Tunisiana nous répond : « L'intéressée a commis certaines erreurs gravissimes. En effet, elle a consulté, entre autre, la liste d'appel de ses collègues et de nos clients. C'est pour cela qu'elle a reçu un blâme. Cet acte est pourtant clairement interdit par le code d'éthique et par le règlement intérieur de Tunisiana. Qu'elle soit Présidente du syndicat ne la dispense pas de se conformer aux règles élémentaires d'éthique auxquelles nous attachons une grande importance pour le bénéfice de nos clients. »
Rappelons, pour notre part, qu'Yves Gauthier venait d'arriver en Tunisie au moment du déclenchement de cette affaire. Lui a-t-on présenté un dossier à charge contre la syndicaliste, en prenant soin d'occulter certains points ? Lui a-t-on bien expliqué la réalité du paysage professionnel tunisien avant qu'il ne signe un tel courrier à l'UGTT où même le nom de la centrale syndicale contient des erreurs ? C'est possible, mais l'explication n'est pas entièrement valable puisque le nouveau DG a accordé à l'intéressée un entretien en tête à tête à afin d'écouter sa version. Il est clair qu'à la suite de cet entretien, Olfa n'a pas su défendre son cas comme il se doit. Concrètement, et selon l'UGTT (via l'URTT) qui a envoyé un courrier à ce sujet à la mi-mars 2008, ce blâme lui a causé un préjudice financier, alors que son chef hiérarchique lui aurait donné droit à une augmentation pouvant aller jusqu'à 9%. Elle nous déclarera par la suite qu'on lui aurait clairement demandé de quitter son syndicat pour qu'elle retrouve sa position d'antan. Ce point est invérifiable (parole contre parole), mais il constitue un véritable chantage si l'intéressée a dit la vérité.
Quelques semaines après le déclenchement de cette affaire, Olfa part en congé de maternité. Quand elle revient, en décembre 2007, tout a été chamboulé. Son service n'existe plus ! On a procédé à une restructuration des services et on a, dans la foulée, supprimé son poste.
Un mois plus tard, on lui confie la coordination marketing qui était une partie de ses charges en tant que chef de service. Un mois plus tard encore, on la décharge de nouveau de cette tâche pour la confier à une ancienne collaboratrice. Les pressions quotidiennes subies visent, selon elle, à briser par tous les moyens sa volonté de poursuivre son activité syndicale, comme l'indique l'URTT qui n'entrera pas dans les détails dans ses courriers. Nous ne le ferons pas non plus, mais rapportons néanmoins trois éléments révélateurs de la condition dans laquelle vit la syndicaliste quotidiennement : elle travaille sous l'autorité d'une personne avec qui elle a une incompatibilité de caractère. Alors que tout le monde connait son hyper dynamisme, Olfa passe ses journées sans grand-chose à effectuer ! « Le vrai frigo avec, en toile de fond, une guerre des nerfs et un jeu d'usure », nous dira-t-elle. Il y a à peine quelques semaines, elle nous appelle pour nous dire que son bureau a été changé de place et que, désormais, elle est au beau milieu du passage. Ses collègues sont obligés de l'effleurer à chacun de leurs passages (les locaux sont en open space).
L'ensemble de ces arguments sont balayés d'un trait par Tunisana qui nous répond : « A la fin de l'année 2007, tout un remaniement managérial s'est opéré chez Tunisiana et l'intéressée a été affectée à un nouveau poste non managérial sans que cela entraîne une rétrogradation. En effet, elle n'a subi ni une rétrogradation de son grade, ni une rétrogradation salariale. Elle a rejoint l'équipe Organisations et Méthodes en tant que Coordinatrice Marketing depuis le début de l'année 2008. »
Interrogée sur les questions des droits syndicaux, le respect des ressources humaines et la valorisation des compétences, notre source révèle que « Tunisiana, à travers sa direction des Ressources Humaines, accorde une grande importance à son capital humain. Toutes les dispositions et les actions entreprises en faveur de notre grande équipe (1500 employés) visent essentiellement à asseoir un climat social sain et propice à une évolution durable de l'entreprise. »
Nous avons évoqué le cas de la syndicaliste dans un bref entretien avec Yves Gauthier la semaine dernière. Le DG de Tunisiana nous précise que l'intéressée s'est martyrisée, victimisée et s'est mise toute seule dans cette position. « Elle a eu des absences et son comportement et ses erreurs font qu'elle ne peut plus occuper de poste managérial qui exige des responsabilités , nous dit Gauthier. « C'est à elle de donner l'exemple aux autres et en tant que responsable, elle ne peut pas se permettre de commettre les erreurs qu'elle a faites ». L'intéressée dément catégoriquement avoir eu des absences (elle affirme même qu'elle travaillait encore deux jours avant son accouchement et qu'elle a écourté son congé de maternité) et rappelle qu'elle n'était pas du tout la seule à commettre l'erreur en question.
« Je ne peux pas céder à un tel chantage, dira Gauthier. J'ai quelques cas ici et j'en connais beaucoup ailleurs. Ce n'est pas parce qu'on est syndicaliste qu'on peut se permettre de ne pas assurer son travail comme il se doit ».
Il posera, pour conclure l'entretien, la question finale : « Est-ce qu'ils ont des problèmes parce qu'ils sont syndiqués ou est-ce qu'ils sont syndiqués parce qu'ils ont des problèmes ? ».
Toute l'affaire tourne autour de cette question en effet. La justice tranchera à la lumière des éléments présentés par les deux parties. La première audience prud'homale (conciliatrice) est prévue pour le 23 juillet.
En attendant, victime ou comédienne, Olfa continuera sa … "lutte" quotidienne. Nizar BAHLOUL


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