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Qui a intérêt à ce que les technocrates quittent le gouvernement ?
Publié dans Business News le 02 - 03 - 2011

Ils sortent des grandes écoles françaises, ils étaient tranquilles dans leurs postes à Paris ou à Tunis et le 14-Janvier est arrivé. On leur a dit que la Tunisie avait besoin d'eux. Ils s'appellent Elyès Jouini, Mehdi Houas ou Sami Zaoui. Ils ont tout lâché, ont abandonné leurs confortables rémunérations, leurs clients, leurs partenaires pour répondre à ce qu'ils ont estimé être un devoir national.
Ils s'attendaient à des « Merci », mais ils n'ont entendu que des « Dégage ». Ceux qui devaient leur dire « Merci » étaient occupés à travailler, à produire, à faire tourner la machine. On les appelle la majorité silencieuse.
Ceux qui leur avaient dit « Dégage » n'avaient rien à faire à part jouer les militants dans un sit-in ou dans des manifs et attendre que ceux qui travaillent leur ramènent couvertures et nourriture. On les appelle la minorité bruyante. Peu importe les appellations, tous se réclament du peuple. En l'absence d'élections, on est dans l'incapacité de savoir qui est majoritaire et qui est minoritaire.
Face à cette impasse, ces Atugéens sortis des grandes écoles françaises et autres « technocrates » peuvent-ils être les hommes de la situation et rester dans ce gouvernement ?
C'est par Hakim El Karoui que le « mal » serait arrivé. C'est lui qui aurait conseillé à Mohamed Ghannouchi de faire appel à ces hautes compétences atugéennes, très recherchées de par le monde. Ces cols blancs qui ne jurent que par l'efficacité.
Mais Hakim El Karoui a un grand « défaut ». Il a conseillé Raffarin et Ben Ali. Avec le résultat que l'on connaît. Et puis il est l'ami proche d'un certain Marwan Mabrouk, gendre de l'ancien président.
Et, aujourd'hui, dans cette terrible ambiance de chasse aux sorcières, il n'est pas du tout bon d'avoir de telles amitiés. De là à accuser le nouveau gouvernement de vouloir cacher certains dossiers, de jouer le jeu de l'ancien régime, de vouloir ménager quelques têtes, il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésitent pas à franchir.
Et quand on part à la chasse aux sorcières, on trouve toujours de quoi alimenter sa besace, si l'on est un bon chasseur. Du jour au lendemain, ces Atugéens se sont vus accusés de jouer le jeu du gouvernement français. Le jeu de la France, l'ancien colon. Cette France qui méprise, cette France qui veut envoyer des munitions pour mater la révolution, cette France dont les ministres ont des liens un peu trop proches avec la famille et les amis de Ben Ali et cette France tançant les journalistes qui viennent de découvrir ce qu'est une liberté.
Dans cette ambiance, les Atugéens et autres technocrates du gouvernement de transition ont commencé à travailler. On les attendait au tournant et ils ont rapidement allé chercher des bâtons pour que les adversaires les frappent avec.
Avec leurs méthodes libérales, ils ont heurté les sensibilités sociales. Avec leur manque de connaissance de la Tunisie profonde, ils ont donné l'image de personnes déconnectées du pays et, donc, incapables de le remettre sur pied. Avec leur français parisien, ils ont raté leur communication avec le peuple.
Ce peuple qui est venu faire un « sit-in » à la Kasbah plus d'une fois demandant le départ du gouvernement. Au lieu d'aller vers ce peuple, vers cette société à laquelle ils appartiennent, certains de ces ministres ont préféré jouer l'autruche en allant travailler ailleurs. Loin du « bruit » des manifestants, habitués qu'ils sont par le calme des bureaux feutrés. Pourtant, plus d'une fois, un célèbre atugéen, Hassen Zargouni statisticien de son état, a dit et répété : « Attention, la Tunisie ce n'est pas la Marsa, Carthage et El Menzah », ces quartiers chics de Tunis.
Les technocrates estiment que la priorité est dans la construction, dans le travail, dans la préparation d'un lendemain meilleur, libre et démocratique, pour les Tunisiens. Et la majorité des Tunisiens s'est mise à travailler.
Leurs « adversaires » estiment que la priorité du moment est dans la revendication et l'obtention de faveurs immédiates. Et la minorité des Tunisiens s'est mise à revendiquer.
On va nous accuser de tricherie, car ce que nous estimons être une minorité se considère comme une majorité. Au risque de se répéter, allez savoir qui est minoritaire et qui est majoritaire. Encore l'impasse.
Mohamed Ghannouchi, le premier des technocrates de ce gouvernement, jette l'éponge. Deux de ses anciens ministres le suivent, Afif Chelbi et Nouri Jouini. Puis, Sami Zaoui le premier atugéen à quitter le bal, lundi, lequel sera suivi le lendemain par Elyès Jouini.
Qu'est-ce qui les motive ? M. Zaoui l'avoue, sans ambiguïté. En cette période, il faut plutôt la présence d'un politicien qu'un technocrate.
« J'ai été amené au cours des six semaines au gouvernement à gérer des conflits sociaux pour la gestion desquels ma compétence était limitée, dit-il. Et je pense que le chapitre des conflits sociaux n'est pas clos.
La situation politique va demeurer plus ou moins tendue jusqu'aux élections. Je ne serai donc pas en mesure, au niveau de mon ministère, de prendre des initiatives pouvant avoir un fort impact en termes de restructuration du secteur Télécoms ou du secteur Internet. »
Si cette raison invoquée par Sami Zaoui tient la route, il y a d'autres raisons et on doute fort qu'elles auraient échappé aux technocrates.
Ces derniers temps, ils étaient sous le feu d'une violente campagne de critiques.
Or ces ministres ont des portefeuilles économiquement très sensibles.
Et pour ceux qui désirent nouer des affaires « douteuses », des technocrates intègres ne font pas l'affaire.
Qui gèrera la cession des différents biens appartenant aux Trabelsi et Materi ? Qui devra choisir le futur partenaire de Tunisiana et, peut-être, d'Orange Tunisie ?
On parle là de business de plusieurs centaines de millions de dinars et, secret de polichinelle, ce type de transactions préfère le secret (on ne dira pas l'opacité) à la transparence. De là à dire que nous ne sommes pas sortis des méandres de la corruption et du clientélisme, il n'y a qu'un pas que nous n'allons pas franchir, faute de preuves.
On a par ailleurs longuement reproché aux Atugéens leur francophonie et leur soi-disant appartenance à la France. Or ils sont des Tunisiens comme tous les autres et leur double nationalité n'a jamais posé de problème, sauf aujourd'hui. Jamais en Tunisie on n'a évoqué qu'il y a des citoyens plus « Tunisiens » que d'autres et jamais il n'y a eu de problème avec les binationaux.
Et pour cause, les Tunisiens de France sont au nombre de 600.000, selon les chiffres officiels qui ne prennent pas en compte les sans papiers. Sans parler des binationaux vivant en Tunisie.
A titre comparatif, l'ensemble des adhérents de l'UGTT sont au nombre de 500.000. Avec ces deux chiffres seulement, on a vite fait le compte de savoir qui est majoritaire et qui est minoritaire. Et pourtant !
La bonne logique veut que les Atugéens et autres technocrates restent dans le gouvernement, vu les gros chantiers qui nous attendent, vu les grandes opérations de nationalisation qui vont s'opérer.
La realpolitik exige cependant qu'ils partent et cèdent leurs places à des politiques aguerris.
Le « casting » du Premier ministre s'est d'ailleurs réalisé en prenant en considération cet élément. Trois noms étaient en lice : Mustapha Kamel Nabli. Trop technocrate, comme son prédécesseur ; Mohamed Naceur jugé trop proche des syndicalistes et Béji Caïd Essebsi, l'homme politique aguerri qui saurait « flairer » les urgences du moment. En dépit de son âge, c'est lui qui a finalement été choisi.
En fait, le tort des technocrates, et à leur tête Mohamed Ghannouchi, c'est d'avoir visé le moyen et le long terme en oubliant le court terme. Et, d'ailleurs, ils n'ont été nommés que pour le court terme.
Et, sur ce point, l'UGTT ou le conseil de protection de la Révolution n'ont pas tort ! Fins politiques, ils ont joué à la hussarde en se prononçant au nom du peuple, bien qu'ils ne soient pas du tout représentatifs de la majorité. Une majorité qui, hélas, ignore ce qu'est la realpolitik en préférant aller … travailler pour que le pays ne s'écroule pas. Nizar Bahloul


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