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Chronique d'une révolution en marche
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 09 - 2019

Un certain 14 janvier 2011 les Tunisiens ont scandé: «Le peuple veut faire tomber le régime». Ben Ali est parti, mais le régime n'est pas vraiment tombé. C'est le sentiment qui s'est constitué chez une grande majorité de Tunisiens au lendemain des élections de 2014 qui ont mis en place les institutions élues démocratiquement. L'adhésion des Tunisiens aux valeurs démocratiques et leur conviction du rôle que peuvent jouer les élections pour faire changer le régime ont été ébranlées. La prestation gouvernementale assez moyenne, le manque de confiance grandissant dans les institutions étatiques et le nomadisme des élus qui se voient changer de filiation politique du jour au lendemain en trahissant les voix des électeurs, n'ont fait qu'approfondir l'écart entre une classe politique jugée inapte à diriger le pays et une population en détresse. Le taux de participation assez moyen des Tunisiens aux élections présidentielles anticipées, qui ont eu lieu le 15 septembre 2019, en est le vif témoignage. La campagne électorale qui a été marquée par le nombre important des candidats, par la diversité des familles idéologiques auxquelles ils appartiennent mais aussi par un climat de méfiance et de déception de la part des électeurs. Le sentiment profond des citoyens était que le système n'a pas changé et que nous n'avons fait qu'introduire des bricoles pour le faire survivre, par peur de perdre les acquis de la Tunisie post indépendante. Les Tunisiens voulaient le changement et la rupture a eu lieu! Cette rupture se traduit par l'obtention de M. Kaïs Saïed, universitaire à la retraite, du plus grand nombre de voix exprimées. Les analyses et les commentaires à propos de ce résultat ne tarissent pas. Autant les commentateurs ont compris les raisons de l'obtention du deuxième candidat de ce nombre important de voix le plaçant en deuxième position, autant ils n'ont pas compris le «phénomène» Kaïs Saïed. En effet, le passage de M. Nabil Karoui au deuxième tour n'a pas été une surprise. Le Monsieur était sur le terrain depuis trois ans, il a mis de gros moyens: une stratégie de communication basée sur le contact direct avec la population, surtout la plus nécessiteuse, des actions caritatives médiatisées via une chaîne privée qui a conçu sa programmation pour être plus proche d'une catégorie bien particulière de Tunisiens. Les feuilletons turcs traduits en dialecte tunisien, une version assez simpliste du journal télévisé et des slogans en boucle rappelant la vocation caritative de l'association Khalil Tounes. En somme, une association caritative mise au service d'un projet politique et une chaîne qui ne fait qu'idolâtrer un candidat qui est présenté comme le sauveur des pauvres et des démunis! Ce même candidat, fait l'objet d'une enquête judiciaire en cours au moment de l'ouverture de la réception des candidatures pour les élections présidentielles. Profitant d'un cadre normatif lacunaire, le candidat n'a pas été inquiété et sa demande a été acceptée. A ce stade des événements, nous devons avancer une remarque fondamentale qui traduit la philosophie qui a marqué les réformes juridiques en Tunisie post révolutionnaire. En effet, voulant garantir le droit politique fondamental de tout citoyen tunisien à exercer son droit de se porter candidat aux élections, aucune mention n'a été faite par rapport au fait d'exiger que le candidat ne fasse l'objet d'aucune poursuite judiciaire. En outre, ce qui a caractérisé la transition démocratique en Tunisie est le formalisme parfois bloquant des institutions. Se voulant respectueuses de la loi, certaines institutions sont allées jusqu'à lui violer son esprit! Si la lettre de la loi n'exige pas de vérifier si le candidat est exempt de toutes poursuites, son esprit implique forcément que l'on s'assure de cet aspect avant d'accepter la candidature même! Cela étant, l'Isie aurait dû refuser la candidature, le candidat aurait attaqué la décision et le juge administratif aurait pu procéder à une argumentation juridique des plus sophistiquées pour plaider en faveur du principe du parallélisme des formes puisque tout candidat à la fonction publique serait dans l'obligation de présenter un extrait du casier judiciaire vierge, a fortiori le candidat au poste de président de la République et chef suprême des forces armées ne devrait pas violer cette exigence! Au-delà de toutes exigences juridiques, les exigences d'ordre éthique auraient dû imposer le retrait de la candidature par le candidat lui-même. Or, la vie publique en Tunisie est exempte de tout référentiel d'ordre éthique. La scène politique, publique et médiatique en Tunisie se caractérise par la domination du discours discréditant les plus méritants, la culture du buzz, le paraître, l'approximatif, le manque de rigueur, ce qui a fait que l'on banalise une infraction aussi grave commise par un homme d'affaire se présentant comme le père des pauvres. Cette scène publique, en manque de valeurs et à court d'idées, ne peut supporter le vide trop longtemps! Du coup, le discours clair et surtout direct du candidat M. Kaïs Saïed, proche des gens lui aussi tout comme Nabil Karoui, mais avec des idées à partager et une vision revisitée de la démocratie à proposer. Si le vote massif à M. Nabil Karoui est la preuve que le populisme est un phénomène mondial auquel nous ne pouvons nous soustraire, le passage de M. Kaïs Saïed en tête du suffrage ne peut que traduire une volonté populaire de briser le système établi autour d'une classe politique individualiste, irresponsable qui a profité des acquis de la révolution. Elle ne peut que traduire la quête du «symbole». Les scandales à répétition de la classe politique que les Tunisiens ont eu à entendre depuis 2011 ont fait que la scène publique devienne obscène. Les valeurs du travail, du don de soi, de l'altruisme et de l'exemplarité ont quasiment disparu. La jeunesse qui a rêvé la révolution n'a pas été encadrée sur le plan idéal. L'assise philosophique manquait et c'est pour cette raison que nous n'avons fait que bricoler un système qui traduit les rapports de force des courants politiques qui sont apparus avec les élections de la Constituante. La campagne de M. Kaïs Saïed, ses caractéristiques et ses mots d'ordre reflètent une conscience du rôle de l'action sur le terrain. Une campagne sous le signe du silence et de la discrétion en rupture avec le brouhaha des médias. Les gens sont surpris par une telle démarche, mais oublient que pour toucher les gens il faut aller à leur rencontre. L'approche entreprise par M. Kaïs Saïed prouve que le monde des médias, de la photo et de la communication professionnelle n'ont rien à voir avec la réalité. Que rien ne vaut le monde réel et que pour toucher les gens il faut s'attabler à leur table. Que les idées ne pourraient devenir réalité que si l'on œuvre à les vulgariser et démontrer à la population que c'est en intériorisant ces idées qu'elles prendront vie. Ce que nous devons garder toujours à l'esprit c'est que le propre d'une révolution est de proposer un nouveau compromis social autre que celui qui a été brisé. Par crainte de casser tout ce qui a été construit après l'indépendance, on a accepté de composer avec l'ancien régime. Les anciens, qui se sont portés garants du modèle progressiste, n'ont pas fait preuve d'exemplarité et ont même scellé un pacte avec le parti Ennahdha qu'ils considéraient comme un danger pour la République. Pour conclure, nous pouvons avancer trois déductions à partir des résultats des élections du 15 septembre dernier. Tout d'abord, la défaite cuisante du Parti Ennahdha prouve que l'idéologie est impuissante face à l'épreuve du pouvoir. Ensuite, nous constatons que le populisme est toujours capable de propulser celui qui manipule les besoins les plus basiques des plus démunis. Et pour finir, les résultats du scrutin qui a eu lieu le 15 septembre 2019 nous ont rappelé que les idéaux révolutionnaires n'ont pas quitté l'esprit de beaucoup de Tunisiens. Que la recherche de ce nouveau système a persisté et que les idées de justice, d'égalité et de démocratie sont toujours capables d'unir un peuple.
Par Fatma RAACH (Universitaire, docteur en droit public)

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