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Le système en panne !
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 12 - 2020

Kafkaïenne ou ubuesque, on hésite sur les qualificatifs, pour décrire la situation dans laquelle notre pays est englué. Importation de déchets ménagers d'Italie, importation de sorgho toxique, des tonnes de blé moisies ont failli trouver le chemin des rayons d'épicerie...Les affaires de corruption touchent à tous les secteurs et n'épargnent aucune région. Contrebande, commerce parallèle, nouveaux actes de terrorisme, hausse du taux de criminalité et du nombre de cas de suicide... le tableau de fin d'année est sans appel. Si l'on rajoute les tiraillements politiques, la cupidité illimitée des oligarchies politico-financières prédatrices face à l'érosion du pouvoir d'achat des Tunisiens, l'on peut assurer que tous les ingrédients d'un cocktail détonant sont réunis. En effet, les régions se sont mises en branle et les rangs des protestataires ne cessent de grossir. Des petits enfants jusqu'aux plus grands, nos oreilles entendent une même musique. Seul le rythme diffère : est-ce qu'il y aura une solution pour sauver le pays ?
Gouvernement, députés, partis et institutions constitutionnelles se regardent en chiens de faïence, ne sachant plus à quel saint se vouer pour aborder la nouvelle année avec une assurance censée faire entrer le pays dans la stabilité politique tant sollicitée. Nous sommes dans une phase qui augure que le système, après dix ans, peut être déclaré en panne. La machine s'est grippée et tout est plombé. Chaque jour emporte dans son sillage les espoirs de milliers de jeunes. Les sirènes de l'optimisme s'estompent quotidiennement. Et c'est le désespoir qui l'emporte. On les entend, ces jeunes, le dire avec des trémolos dans la voix.
Car les regards sont aussi dirigés vers les caisses vides et l'endettement à outrance du pays qu'une nouvelle lampée de quelques millions d'euros ne fera qu'augmenter le stock des prêts . C'est donc ce spectre de l'incertitude politique et de la banqueroute qui va provoquer un tremblement de terre politique de forte magnitude dont les répliques se feront ressentir sous peu et à cause duquel les institutions de la République risquent de s'effondrer par un effet domino.
Mais ce qui est étonnant, c'est cette indifférence glacée qu'opposent les principaux acteurs politiques qui ont à leur charge la responsabilité de la gestion des affaires de l'Etat à la morosité ambiante, alors que cette situation a été saisie au vol par des leaders politiques désavoués par les urnes et par la volonté populaire, pour s'offrir de nouvelles tribunes et se présenter en sauveurs incontournables du pays. Cet imbroglio politico-socio-économique dépasse largement le spectre d'une simple querelle pour le pouvoir, il annonce la faillite d'un système qui a vécu.


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