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Et si on parlait pensée critique...
Radicalisation des jeunes
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 03 - 2017


«Malheur à celui qui lit un seul livre»
Anthropologue de renom, dont les thèses sont suivies avec beaucoup d'intérêt dans plusieurs pays du monde, dont la Tunisie qu'il connaît bien, Gilles Bibeau était encore une fois parmi nous au milieu de cette semaine pour donner deux conférences devant des psychiatres, notamment, qu'il a intitulées «Le sujet cérébral s'achève dans le sujet parlant» et «L'évolution de la représentation de la maladie et son impact pour réduire la place de l'écoute du malade». Hier, il était à Alger où il était l'invité du Congrès maghrébin de la psychiatrie libérale pour proposer au débat une communication sur «La pensée critique : une arme contre la terreur». Un sujet en rapport avec la radicalisation, particulièrement des jeunes, et les moyens de faire face à ce phénomène devenu quasi général.
Cinq facteurs essentiels
En fait, Gilles Bibeau a beaucoup travaillé sur le sujet, tout en suivant de près les recherches et les études menées ici et là, avant d'aboutir, comme il nous le déclare, «à la constatation que ni les sociologues, ni les anthropologues, les psychologues, les psychiatres, les juristes ou les services de sécurité n'apportent de réponses claires et satisfaisantes quant aux raisons qui amènent les jeunes à verser dans l'extrémisme et la violence. Les conditions sociales, la pauvreté, l'influence des imams et des recruteurs, les séquelles de la colonisation, la foi dogmatique, le rejet d'un modèle sociétal ou de l'hégémonie occidentale, les études limitées... sont des facteurs favorables, mais insuffisants pour établir un diagnostic global à même de favoriser une «thérapie concluante». Et de relever qu'effectivement, parmi ces jeunes, il y a des citoyens relativement bien intégrés dans la société, qui ont poussé leurs études et qui ne souffrent ni de la précarité ni d'une pathologie. Certains ne sont même pas pratiquants.
Pour Gilles Bibeau, la radicalisation résulte de l'interaction complexe de cinq facteurs essentiels : la biographie individuelle, l'environnement familial, le contexte migratoire (effets post-coloniaux), les enjeux politiques du pays du jeune et la politique internationale. C'est par leurs combinaisons tentaculaires que l'individu cherche d'autres repères, adhère à un groupe radicalisé (une sorte de secte) auquel il s'apparente et où il trouve un refuge protecteur, sécurisant et lui réservant une place valorisante.
Prévenir encore et toujours
Le Pr Bibeau admet la complexité et l'extrême importance du problème de la violence qui secoue le monde aujourd'hui, en cette ère de la globalisation et de la suprématie numérique. Or, il regrette que très peu de réflexion soit accordé à la mise en place d'un programme de prévention tenant compte de ces deux éléments et de l'interaction des cinq facteurs pouvant mener à la radicalisation et mentionnée plus haut, qui soit fondé sur une connaissance réelle de la vie quotidienne des jeunes, sur la construction de leur identité et surtout sur leur apprentissage de la pensée critique et de ses modalités d'expression.
Pour notre interlocuteur, seule une prévention ancrée dans un solide modèle éducatif permettra de limiter les dérives potentielles des jeunes. «De la prévention par la pensée critique pourront émerger et s'éclore des collectivités, des collèges et des milieux plus sécuritaires», ajoute notre interlocuteur. Et d'étayer qu'on ne peut contrer les velléités d'un esprit total (dogme) qu'en exposant les jeunes à des situations où il y a plusieurs solutions à un même problème, à leur démontrer la relativité de ce qu'on peut prendre pour des vérités absolues, à les convaincre des dangers et des dérives que peut engendrer la pensée unique.
Aussi le corps enseignant, notamment de philosophie et accessoirement de lettres et d'histoire, a-t-il un rôle majeur dans l'initiation à la pensée critique et à son développement, en amenant les jeunes à confronter différents points de vue, à les débattre, point dans un esprit de performance ou de suprématie. «Nous remarquons que certains enseignants tombent dans l'erreur de n'expliquer une thèse, une approche ou un courant d'idées que par un philosophe ou un auteur qui a leur préférence. Cela tue la pensée critique», regrette Bibeau qui nous rappelle la citation élevée en dicton : «Malheur à celui qui lit un seul livre».
Est-il besoin de rappeler que notre système éducatif occulte cet aspect, surtout qu'on sait que plusieurs enseignants n'hésitent pas à convertir, directement et indirectement, les matières de sciences humaines en «récitation», au lieu d'éveiller l'esprit critique chez les élèves, les lycéens et les étudiants, en les amenant à admettre la pluralité, la différence, le droit aux questionnements fondamentaux, tout en adhérant à un système référentiel de valeurs. Le Pr Bibeau insiste qu'il est important d'initier les jeunes à s'adapter à l'incertitude, à l'inquiétude et parfois même à la contradiction, et à les considérer comme des dimensions essentielles de la vie, et ce afin qu'ils ne tombent pas dans le travers d'éliminer tout ce qui n'entre pas dans leur schéma de pensée, donc de rejeter en bloc le système sociétal ou de ne pas accepter le droit de l'autre à la différence.
A côté, il est bien entendu indispensable de favoriser l'intégration sociale des jeunes, consolider leurs réseaux d'amis et accompagner leur développement identitaire, d'après notre anthropologue.
Que faire des revenants ?
Toujours pour Gilles Bibeau, si la justice doit suivre son cours, il est indiscutable de prendre en charge les revenants des lieux de conflits, en essayant de séparer les repentis des purs et durs et des dissimulateurs. Il est, par ailleurs, vital d'opérer une séparation stricte entre les rôles et fonctions relevant de la justice et de la sécurité, et ceux reliés aux soins. Le choix à privilégier est de combiner une approche individuelle à une thérapie de groupe, en engageant des cercles de débat avec des imams ouverts et des spécialistes, les amener à parler spontanément de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont ressenti, de ce qu'ils ressentent et ne pas leur donner le sentiment d'être des bannis à jamais. Notre anthropologue met enfin en garde contre la tendance répandue qui approche la radicalisation du point de vue de la psychopathologie, les études ayant largement démontré qu'il ne s'agit pas de «détraqués».
Qui est Gilles Bibeau?
Anthropologue et professeur émérite à l'Université de Montréal, Gilles Bibeau s'est spécialisé dans différents secteurs dont les études africaines et le domaine de la santé. Directeur et animateur de plusieurs revues, président d'associations et de sociétés savantes internationales, il est également l'auteur de nombreux livres-références en français et en anglais, dont «Généalogie de la violence. Terrorisme : piège de la pensée»; « La société comme espace intérieur pluriel», «Entre mépris social et vie nue, la souffrance sociale»...


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