L'ambassade d'Espagne à Tunis et l'Institut Cervantès ont présenté samedi dernier au public du Théâtre de la Ville de Tunis le spectacle «Tacones y bordones» du guitariste espagnol José Almarcha, avec en tête d'affiche les danseurs de flamenco Rubén Puertas et Lucia Ruibal. Un vrai régal. La Troupe du conservatoire Flamenco Casa Patas Fondation, José Almarcha, le danseur Rubén Puertas et la danseuse Lucia Ruibal se sont tous donné rendez-vous, samedi dernier, sur la scène de la Bonbonnière, qui, une heure durant, a vécu au rythme du flamenco et des tacones espagnols. Le spectacle «Tacones y bordones» donnait à voir, à entendre et à ressentir, au plus profond de soi, l'âme du flamenco; flamme qui tire son origine du duende, lueur qui irradie les sentiments et les rêves. Devant une salle archicomble, les guitares, les percussions, le chant et la danse ont apporté l'énergie et la fougue d'un flamenco puissant et émouvant, un flamenco moderne aussi, puisqu'on y intègre un nouvel instrument : le cajón, donnant ainsi une certaine originalité au son proche de celui d'une batterie. Des artistes espagnols confirmés, pleins de grâce et de ferveur, se sont retrouvés, donc, dans une volonté commune: faire vivre le flamenco sur les planches et inviter le spectateur à mettre ses pas dans ceux des «bailaoras», tout en se laissant bercer par une musique riche et puissante. Avec sa guitare, sa voix haute et vibrante, José Almarcha insufflait la rythmique à l'ensemble d'une manière sensible et délicate, donnant le ton à la danse et aux autres instruments, laissant surgir ainsi les forces vives de chaque membre du groupe. D'un morceau à l'autre, les musiciens se sont révélés de sublimes artisans du son et des airs tantôt festifs, tantôt dramatiques. Dans leurs broderies harmoniques, ils ont libéré la force et la beauté du sens que contient chacune des œuvres. On se trouvait face à une musique «universelle» et humaine, et elle semble recueillir toutes les émotions: de la joie extasiée à la douceur murmurante et de la nostalgie au mystère dramatique. C'est là qu'un duo infernal Rubén Puertas (Bailaor) et Lucia Ruibal (Bailaora), dont on sent dès les premières notes la puissance, fait son entrée sur scène. Lui, vêtu d'un costume noir, elle, elle portait une robe traditionnelle de flamenco rouge à volant blanc. En duo ou en solo, ils nous entraînent, chacun à sa manière, dans la transe de la passion. Tous deux enflamment la scène avec leurs extraordinaires tacones (claquements de talon). Alors que les mains claquent aux rythmes de la guitare et de la voix rauque et puissante du chanteur. Tour à tour portés par les accords de la guitare, les danseurs avancent dans un crépitement de talons, les pieds martèlent le sol dans un rythme effréné, tandis que les bras lacèrent l'espace. Les mouvements s'enchaînent dans une chorégraphie révélant toute une palette d'émotions. Magnifique Rubén Puertas, il déploie une incroyable énergie et une sensualité virile dans sa danse. Il scande l'espace, le remplissant de lignes somptueuses, tout en traçant dans la mémoire du public des instants jubilatoires et inoubliables. Ainsi, se sont incrustés dans nos souvenirs les pieds magiques des danseurs, qui nous ont entraînés dans une plongée au cœur du mouvement et du son flamenco. Une soirée que les mélomanes ont su apprécier à sa juste valeur durant plusieurs minutes d'applaudissements ininterrompus.