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D'une République, l'autre
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 07 - 2017


Par Brahim OUESLATI
Aujourd'hui, la Tunisie célèbre le 60e anniversaire de la fête de la République, dans un nouveau contexte marqué par l'adoption d'une nouvelle constitution en janvier 2014 qui a remplacé celle de juin 1959, l'élection d'un nouveau président au suffrage universel direct, l'installation d'une nouvelle Assemblée des représentants du peuple issue d'élections législatives pluralistes libres et transparentes organisées fin 2014, l'instauration de nouvelles institutions et l'engagement du pays dans un processus démocratique qui se veut irréversible. Et si Jallouli Fares et Habib Bourguiba sont entrés dans l'histoire comme successivement le premier président de l'Assemblée constituante qui avait proclamé la République et le premier président de cette même République, Béji Caïd Essebsi et Mohamed Ennaceur, deux anciens compagnons de Bourguiba, y sont, à leur tour, entrés comme étant le premier président de la IIe République et le premier président de la première Assemblée qui a jeté les fondements de cette République.
Mais le contexte tranche avec celui des premières années de l'indépendance marquées par d'autres soucis, ceux d'un pays exténué par 75 ans de colonisation, pauvre et sans ressources et dont la seule arme était la volonté de son peuple en osmose avec celle des leaders de l'indépendance autour de « son combattant suprême », Habib Bourguiba.
Et le Bey « signa » la fin de son règne !
Aux origines, il y a eu ce décret beylical promulgué le 29 décembre 1955, appelant à l'élection d'une Assemblée nationale constituante pour le 25 mars 1956, ayant pour but de doter le royaume d'une Constitution. En signant ce texte, Mohamed Lamine Bey, dernier monarque husseinite, n'avait pas imaginé un seul instant qu'il signa en même temps la fin d'une dynastie qui a régné sur le pays plus de deux siècles et demi (252 ans exactement). Ledit décret comporte trois dispositions. Il convoque une Assemblée nationale constituante pour le 8 avril 1956. Il précise ensuite que cette Assemblée devra être élue au suffrage universel direct et secret et stipule, enfin, que cette même Assemblée sera chargée d'élaborer une Constitution pour la monarchie, laquelle « constitution sera revêtue du sceau du Bey ».
Depuis, les choses se sont précipitées avec, d'abord, la victoire du Front national composé du Néo-Destour dirigé par Habib Bourguiba, de l'Union générale tunisienne du travail, de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche et de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, qui remporte la totalité des 98 sièges. Cette victoire devra assurer une bonne marge de manœuvre à Bourguiba qui n'a jamais pris la famille beylicale dans son cœur, coupable, d'après lui, de tout ce qu'avait enduré le peuple tunisien durant la période coloniale. Il pesa de tout son poids pour amoindrir les pouvoirs du Bey et orienter les débats vers la suppression de la monarchie.
Elu président de la Constituante, il n'y resta finalement que quelque trois jours se voyant proclamé par cette même Constituante président du Conseil le 11 avril 1956. Commença alors un transfert méthodique des pouvoirs du Bey vers le président du Conseil. Ce fut le début de la déchéance du Bey isolé dans son palais sans contact avec les membres de l'Assemblée. D'après certains de ses compagnons, « Bourguiba avait dans l'esprit de proclamer la République le 1er juin 1957 », date symbole pour tous les Tunisiens qui coïncide avec « le retour triomphal du combattant suprême » de son exil français. Mais certains événements survenus entre temps avec l'ancien pays colonisateur avaient retardé l'échéance.
Force est de souligner que la commission chargée de préparer le projet de la Constitution avait, au départ, opté pour une monarchie constitutionnelle, conformément au décret de décembre 1955. D'ailleurs, l'article premier qui avait à l'époque suscité un débat intense, notamment autour de la place de l'Islam et s'il devait être défini comme religion du nouvel Etat, stipulait dans sa première mouture que la Tunisie est « une monarchie constitutionnelle dont la devise est liberté, ordre et justice ». Mais au fur et à mesure de l'avancement des travaux, des voix commencent à s'élever pour critiquer parfois avec véhémence la monarchie et la rendre responsable de tous les maux du pays. Une manière de discréditer le Bey et de précipiter sa chute.
L'histoire s'accélère alors, et le 25 juillet 1957 Bourguiba convoque une réunion conjointe entre le bureau politique du Néo-Destour dont il est le président et le Conseil des ministres pour décider de proposer à l'Assemblée nationale constituante une résolution ayant pour objectif de dissoudre la monarchie, de proclamer la République et de désigner Habib Bourguiba comme chef de l'Etat avec le titre de président de la République. La résolution lue par le président de l'Assemblée, Jallouli Farès, fut adoptée à l'unanimité. C'était jeudi 25 juillet 1957 à 18h00.
La barque a failli chavirer
Ceci pour l'histoire. Et il serait, peut-être, fastidieux de revenir sur les différentes péripéties de la jeune République tunisienne et les faits marquants de ces 60 dernières années. Ni sur les heurs et malheurs du peuple tunisien au cours de cette période. Laissons cette tâche aux historiens et autres analystes de tout acabit et concentrons-nous sur cette IIe République dont on espère beaucoup et qui vient d'être instaurée suite aux élections législatives d'octobre 2014 et l'élection présidentielle de novembre et décembre de la même année, lesquelles ont mis fin à une période provisoire qui a duré plus que prévu. Période marquée par plusieurs événements qui ont failli faire chavirer « la barque Tunisie », avec trois assassinats politiques, ceux de Chokri Belaid, Mohamed Brahmi et Lotfi Nagdh, l'émergence du phénomène du terrorisme directement et indirectement encouragé par le laxisme des différents gouvernements et des difficultés sociales et économiques et un peu plus tard la guerre contre la corruption.
Partie pour être un exemple à méditer et à suivre, cette Tunisie est, entrée, malgré elle, en pleine zone de turbulences par la faute de ses enfants. L'avènement de la Troïka au pouvoir, après les élections de l'Assemblée nationale constituante et la cooptation de Moncef Marzouki à la tête de l'Etat, sont des parenthèses à oublier. Les fêtes nationales, comme celles de l'indépendance et de la République, ont été superbement ignorées. Les acquis de l'indépendance et notamment ceux de la femme ont été menacés et le régime républicain déclaré « impropre » dans un pays d'islam ! A la ferveur suscitée par les évènements du 17 décembre-14 janvier et qui ont précipité la chute du régime de Ben Ali, a succédé le désenchantement. Le peuple tunisien, naguère uni, s'est trouvé tiraillé entre plusieurs forces. Des politiciens, survenus de nulle part, sans envergure et sans vergogne, sont venus prêcher un discours étrange relayé par une certaine presse en mal de repères. Ils entraînaient dans leur sillage une partie de la population, souvent de bonne foi, parce qu'ignorant les vrais desseins d'un projet diabolique visant à instaurer un autre modèle de société, semblable à celui prôné par la confrérie islamiste et ses adeptes les Talibans. Le pays a été envahi par des prédicateurs, accueillis à bras ouverts par des associations financées par l'argent de certains pays du Golfe, prêchant le rigorisme ultra, le régime du califat, le jihadisme et l'excision des filles. La Tunisie est, du coup, devenue l'un des plus grands exportateurs de terroristes.
Face à cette situation qui menaçait de détruire jusqu'au tissu social du pays, un dialogue national initié par le Quartette formé de l'Ugtt, l'Utica, le Conseil de l'ordre des avocats et le Ligue tunisienne des droits de l'homme a ravivé l'espoir chez des Tunisiens au bout du désespoir. Ce dialogue a réussi, contre vent et marées, à sauver la barque qui commençait à chavirer. Un gouvernement dit de compétences formé de personnalités, apparemment indépendantes, a remplacé celui de la Troïka. Ce qui leur a valu le plus prestigieux des prix mondiaux, le prix Nobel de la paix venu récompenser des efforts inlassables pour sortir le pays du gouffre.
L'espoir renaît
Les élections d'octobre 2014 ont transformé le paysage politique, laminant les partis qui ont failli pousser le pays dans le gouffre et réduisant l'hégémonie du mouvement Ennahdha, mais elles n'ont pas pour autant réussi à imposer une nouvelle donne. Le mouvement Nida Tounès, qui a suscité beaucoup d'espoir chez les Tunisiens, en premier lieu chez les femmes, a vite déçu par le comportement de ses dirigeants. La guerre des clans et des ambitions a fini par faire éclater le parti cher à Béji Caïd Essebsi en plusieurs morceaux et impacter la scène nationale. Son alliance avec Ennahdha, l'ennemi d'hier, qui a réussi à récupérer la première place au Parlement et à s'emparer des principaux départements ministériels à caractère économique, l'a discrédité aux yeux de l'opinion publique. Habib Essid, choisi pour son expérience de haut commis de l'Etat et son intégrité morale pour présider le premier gouvernement issu des élections législatives d'octobre 2014, n'a pas réussi à redresser la barre. La situation sécuritaire, sociale et économique était difficile. Le taux de chômage a grimpé, le déficit économique s'est aggravé, la précarité s'est installée et l'on était beaucoup plus dans une « approche misérabiliste » de la situation sociale. Il a fini par être éjecté par ceux-là mêmes qui l'ont « plébiscité ».
Un nouveau gouvernement d'union nationale a été formé et dirigé par un jeune quadragénaire, Youssef Chahed, choisi par le président de la République, qui est à l'origine de cette initiative, et accepté par les signataires du « Document de Carthage ». Après des débuts timides, le gouvernement a anticipé « une motion de censure » en lançant une guerre surprise contre la corruption qui a obtenu l'approbation quasi unanime des Tunisiens. Fort de ses succès sur le terrorisme, le gouvernement a marqué de précieux points sur un fléau qui a longtemps gangréné l'économie et la société. Du coup, l'espoir renaît. Les institutions de l'Etat, la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature, sont en cours d'installation. Les instances constitutionnelles sont, à leur tour, en train d'être parachevées. De nouvelles lois pour la lutte contre le terrorisme et la corruption ont été adoptées et d'autres relatives à l'investissement et le lancement de l'économie ont été mises en place accompagnées de stratégies d'action. Mais les difficultés continuent encore à s'amonceler qui retardent le redressement économique et social. Il faudrait plus de volonté et moins de répugnance, plus d'esprit d'Etat et moins d'esprit partisan pour pouvoir les surmonter.
Les Tunisiens sauront-ils, encore une fois, « être au rendez-vous de l'histoire », pour reprendre une citation chère à Habib Bourguiba, pour instaurer cette IIe République sur les valeurs pour lesquelles ses enfants ont donné leurs vies : « Dignité, liberté, justice et égalité ».
La Tunisie devra retrouver son vrai visage de pays ouvert, tolérant et bien ancré dans son histoire et son environnement géographique et géostratégique.


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