Malgré le retard, Richard Bona et sa formation ont vite décontracté l'ambiance et promis une belle soirée. Ce qui a été le cas. Dimanche soir, l'attente était longue devant le théâtre de plein air de Hammamet. Les spectateurs s'impatientaient, d'abord devant la porte, puis à l'intérieur du théâtre près de la buvette. Richard Bona & Mandekan Cubano étaient encore en route. L'avion de la compagnie Tunisair qui devait atterrir à 16h00, ce jour-là, n'est arrivé qu'à 20h00. Ce n'est donc pas la faute de l'artiste ni celle du festival de Hammamet. Le concert, qui devait commencer à 22h00, n'a démarré qu'à 23h15. La direction a présenté ses excuses auprès du public et promis d'offrir une réduction de 50% sur un des prochains spectacles restants, et ce, jusqu'au 23 août. Richard Bona et sa formation ont vite décontracté l'ambiance et promis une belle soirée. Ce qui a été le cas. Un cocktail afro-latino, parfaitement maîtrisé, a emballé la foule sans compter l'humour et le talent de l'artiste qui ont plus que séduit. Bassiste et chanteur d'origine camerounaise désormais établi à New York après avoir passé quelques mois en Allemagne puis en France. Il n'est pas qu'un artiste de renom. Il est aussi dans les affaires notamment dans l'immobilier new-yorkais, patron d'une boîte de jazz à Manhattan, producteur de café brésilien et entrepreneur ultra-actif. Sa musique d'une grande qualité est la confluence des musiques du monde et du jazz. Au cours du concert, il a servi au public des morceaux de son album «The Ten Shades of Blues» (les 10 nuances de blues). Il a captivé l'assistance avec une construction vocale élaborée couche par couche à l'aide de ses pédales. C'est en douala, une des langues du Cameroun, qu'il a chanté certains de ses textes. Richard Bona ôte ses lunettes noires. «A Amsterdam où je jouais la veille, les lunettes s'imposaient à cause de la forte lumière. Ici en Tunisie, pas besoin de lunettes on n'a qu'une seule source de lumière», dit-il en plaisantant. Sa liste de concerts pour cet été est longue : «41 concerts dont celui de Hammamet» des applaudissements et des rires fusent de partout. Il propose une pièce de son septième album enregistré en 2016, «Héritage» où se mêlent avec bonheur sonorités cubaines et camerounaises. Dans cet opus, il refait le voyage des Africains déportés à Cuba où ils furent réduits à l'esclavage retraçant ainsi l'histoire d'un peuple. Le chanteur permet aux spectateurs de télécharger l'album gratuitement. L'accompagne dans son périple musical, un quintet formé trois ans et demi plus tôt, le Mandekan Cubano, qui réunit le pianiste Osmany Paredes, les percussionnistes Luisito et Roberto Quintero, le tromboniste Rey Alejandre et le trompettiste Dennis Hernandez. Cela donne du très classique «Bilongo» à la joyeuse «Santa Clara Con Montuno», en passant par «Cubaneando», la salsa de Bona swingue, sublimée tant par sa voix que par les savoureuses inflexions de la langue douala. Sa musique se nourrit des cadences et des couleurs du monde. Quelques couples entreprennent une danse sur les rythmes salsa. Au bout d'une heure trente de concert, le public en redemandait encore. Pour le rappel, Richard Bona a repris seul la scène pour faire chanter le public. Un second rappel avec les musiciens puis un troisième. Le public est ravi et a vite oublié les quelques désagréments de début de soirée. Richard Bona reviendra sûrement en Tunisie avec un programme bien préparé et sans retard d'avion, on l'espère.