La sortie commerciale, il y a un an, du film «Demain dès l'Aube», a été l'occasion d'une importante tournée dans les régions à la rencontre de différents publics tunisiens, de différents milieux sociaux, environnements et âges. Un public mû à la fois par l'envie de découvrir le cinéma tunisien et par le besoin d'en débattre. En réaction au film qui a une très forte charge émotionnelle et qui replonge le spectateur dans les grands espoirs qu'a suscités la révolution, ces débats ont souvent donné lieu à l'expression de paroles fortes, singulières, en colère ou marquées par la désillusion et la crainte de l'avenir. Des paroles à l'image d'une grande partie des Tunisiens, oscillant entre espoirs et désillusions. «Dommage que ces moments-là qui nous ont semblé importants à faire parvenir au plus grand nombre ainsi qu'aux responsables institutionnels ou politiques ne fussent pas partagés», explique Lotfi Achour, réalisateur du film «Nous avons alors conçu, en étroite collaboration avec l'association Democr'Art qui œuvre pour la diffusion de la culture dans les régions, une deuxième tournée non commerciale de notre film, de nouvelles projections-débats à travers tout le pays, de l'extrême Nord à l'extrême Sud, où nous offrons gratuitement une projection du film, suivie d'un débat qui sera, cette fois-ci filmé», ajoute-il. Cette action intitulée «Chnowa Ghodwa?» (traduisons : et demain?) est à la fois une action de démocratisation culturelle, qui donne accès au film à un public qui n'a pas souvent l'habitude des salles obscures mais qui sert aussi à utiliser le film comme support au débat afin de documenter ces rencontres, ces échanges, ces paroles et recueillir une matière qui tâtera en quelque sorte le pouls du pays. Des capsules vidéo et un film documentaire où les spectateurs se transforment en acteurs, viendront clôturer cette véritable expérience et serviront de témoignage sur l'état d'esprit et l'état de la réflexion des Tunisiens sur leur vie actuelle, leur vision de l'avenir et de leur pays aujourd'hui. Ces images seront la preuve d'une vivisection d'un certain nombre de thématiques. La tournée «Chnowa Ghodwa?» se fait en deux temps. D'abord, la première série de 20 projections-débats, ouvertes à tous les publics, qui ont eu lieu entre novembre et décembre 2017 en partenariat avec l'Instance nationale pour la prévention de la torture et dont le thème des débats abordait fortement les questions de la violence et de la torture. Et une deuxième série de 30 projections-débats en partenariat avec le ministère de l'Enseignement supérieur et les Centres culturels universitaires, qui auront lieu entre le 23 février et le 15 avril, destinées exclusivement aux étudiants sur l'ensemble du territoire et dont les thèmes seront à la fois notre rapport au passé, à la Révolution et surtout comment la jeunesse rêve son avenir. Rappelons que Démocr'Art est une association qui vise à faire de l'art et de la culture des vecteurs de citoyenneté et de démocratie, en travaillant à permettre le libre accès à des œuvres artistiques au plus grand nombre. En donnant l'occasion à tous, et surtout dans les régions de l'intérieur, d'accéder eux-mêmes à la pratique artistique. Mais également en utilisant les outils de l'art pour explorer et interroger des problématiques sociales faisant ainsi réellement conjuguer art et citoyenneté. C'est une association qui œuvre pour le rapprochement des citoyens dans une société devenue cloisonnée en créant des espaces d'échange, de réflexion et de partage.