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Affiliation à la sécurité sociale de la femme rurale à distance
Entretien avec Maher Khelifi, lauréat du concours Bloommasters catégorie entreprise sociale
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 05 - 2018

«L'application A7mini permettra aux femmes rurales de verser leurs cotisations sociales via le payement mobile».
Maher Khelifi est un jeune Kairouanais de 33 ans qui vient de lancer un projet social inédit. L'idée du projet est de permettre aux femmes rurales de verser leurs cotisations sociales auprès de la Cnss et de leur assurer un minimum de couverture sociale. Moyennant une application mobile «A7mini», il est possible de verser une cotisation avec des montants faibles. Cette idée innovante a eu le mérite de remporter plusieurs prix, notamment le prix de la 2e édition du concours Bloommaster pour la meilleure entreprise catégorie «entreprise sociale», décerné par la Biat. L'application mobile sera fonctionnelle, à partir du 1er juillet prochain, dans trois zones pilotes.
Dans un entretien livré à La Presse, Maher Khelifi nous dévoile les étapes du montage de son projet, les difficultés rencontrées, mais également les projets à venir.
Le problème de la femme rurale non assurée et n'ayant aucune couverture sociale date depuis longtemps. Et, à vrai dire, l'on n'a pu trouver, jusque-là, des solutions efficaces à cette question. Comment vous est venue l'idée de créer une application permettant l'affiliation à distance aux caisses sociales ?
L'idée m'est venue le jour même où ma mère est décédée. Je suis le fils d'une femme rurale qui travaille durement et qui fait tant de sacrifices pour contribuer aux dépenses de la famille. Elle était, comme toutes ces femmes rurales qui vivent au jour le jour sans penser à cotiser ni à bénéficier d'une assurance maladie. Elle ne s'est rendue compte de l'importance d'une telle action, qu'au moment où il était trop tard. Elle avait une tumeur qui a affecté sa colonne vertébrale. Lorsqu'elle a été diagnostiquée, elle a été dans un stade très avancé. Ce laisser-aller à l'égard de la santé des femmes rurales est dû à une mentalité très répandue dans ces milieux et qui prône le travail souvent précaire au détriment de leur santé.
Expliquez-nous, d'une manière détaillée, l'idée sur laquelle s'est basé votre projet.
Le projet consiste à donner aux femmes rurales, qui travaillent informellement dans le secteur agricole, un accès à la couverture sociale moyennant la technologie. Tout d'abord, il faut rappeler que sur le plan juridique, il n'y a pas de loi qui permette aux femmes rurales, qui travaillent informellement et occasionnellement dans le secteur agricole, de s'affilier à la Cnss. La loi actuelle stipule une durée de travail minimale de 45 jours/trimestre, pour pouvoir s'affilier à la Cnss. Alors que réellement, le nombre de jours travaillés est de l'ordre de 35 jours par trimestre.
De surcroît, elles ne disposent d'aucun document qui atteste le nombre de jours occupés. Les statistiques ont révélé que plus de 90% des femmes rurales ne possèdent aucune couverture sociale. En contrepartie, plus de 96% de ces femmes possèdent des téléphones. Alors la nouveauté du projet consiste à améliorer l'inclusion financière de ces couches vulnérables en utilisant une application mobile. Comment cela pourrait-il se faire? Tout d'abord un travail sur le volet juridique est en train de se faire pour rectifier ladite loi et permettre aux femmes rurales de cotiser avec des montants faibles.
Ensuite, il y a le côté gouvernance et gestion et c'est là où l'application A7mini intervient. Elle permettra aux femmes rurales de s'affilier à distance, sans se rendre à la Cnss et de verser leurs cotisations, via le payement mobile. Pour ce faire, des ambassadrices collaboratrices de «A7mini» se déplaceront vers les zones éloignées pour immatriculer toutes les femmes qui travaillent dans le secteur agricole, d'une manière informelle. Par la suite, ces femmes peuvent verser leurs cotisations, quotidiennement, via l'application. En outre, pour les femmes qui n'ont pas l'autonomie de réaliser ces tâches toutes seules, elles peuvent désormais se rendre chez les épiciers de proximité et c'est eux qui se chargeront de le faire.
Comment avez-vous procédé pour financer votre projet?
Actuellement, l'incubateur du projet est la Banque mondiale qui m'aide à lever des fonds. En effet, l'idée de l'application a été retenue et soutenue lorsque j'ai participé, en 2017, au Hackathon «Empower Her», organisé par la Banque mondiale. Il vise à créer des projets qui contribuent à l'autonomisation économique et financière de la femme tunisienne dans les régions. Au départ, l'idée que j'ai proposée a choqué les gens, notamment les membres du jury. J'ai suggéré de créer une micro-assurance pour les femmes rurales.
D'un point de vue financier, ce n'était pas faisable. Mais l'idée a pu se concrétiser grâce à des coachs qui m'ont soutenu jusqu'au bout. Afef Hadad, mon coach principal, m'a fait confiance. Nous avons travaillé durement ensemble. Nous avons changé le business plan plus de 4 fois. Juste pour vous dire combien l'idée n'était pas facile à concrétiser au départ. Et lorsque j'ai entamé le montage du projet, j'ai trouvé beaucoup de difficultés, au niveau du financement. Les banques ont du mal à croire en un tel projet qui paraît, de prime abord, non rentable. J'ai participé à plusieurs concours et j'ai remporté divers prix. Ce qui m'a aidé, énormément, en première étape, à collecter des fonds.
Je vous cite le concours «Andi Fekra» dont j'ai remporté le 5ème prix. Egalement, j'ai remporté le 1er prix pour le meilleur projet social en Algérie décerné par ANILOV, une fondation qui opère dans le Grand Maghreb. Récemment, j'étais à la tête du palmarès du concours Bloommasters de la fondation Biat, catégorie entreprise sociale. Tous ces prix m'ont aidé à collecter des fonds propres. Actuellement, on est en train de récupérer des fonds de la part de Sim Sicar, une filiale de la Banque de l'Habitat. Le projet est sur de bons rails.
Est-ce que vous avez trouvé des problèmes au niveau de l'administration ?
Au contraire ! Le projet a été le bienvenu. Le ministère de la Femme était le premier ministère à adopter l'idée. Actuellement, il travaille sur l'élaboration d'une stratégie nationale pour l'inclusion financière et sociale de la femme rurale. Aussi, le projet a été bien accueilli de la part du ministère des Affaires sociales et notamment la Cnss. La Poste Tunisienne est également notre premier partenaire dans le projet, puisque c'est l'institution financière à laquelle les Tunisiens font le plus confiance. Et puis, il y a le ministère de l'Agriculture qui a, récemment, confirmé, sa coopération. Toutes les parties concernées ont immédiatement adhéré à cette idée innovante, parce qu'elle défend la cause de la femme rurale. En effet, depuis décembre 2017, je me réunis avec les diverses parties prenantes, au sein des ministères concernés, 3 fois par semaine. Le travail avance à un rythme soutenu, et ce, dans le but de mener le projet à terme.
Quelles sont les étapes à venir dans votre projet A7mini ?
Le 1er juillet, l'application sera lancée dans 3 zones pilotes, à savoir Kairouan et 2 autres villages du Nord-Ouest. A l'horizon 2019, l'application «A7mini» sera fonctionnelle sur toute la région du Nord-Ouest. Vers la fin de 2020, les ambassadrices «A7mini» couvriront toute la Tunisie. À partir de 2021, nous allons nous orienter vers l'Afrique. Et avant de terminer, je veux lancer un appel à la société civile pour qu'elle contribue à cet effort national, parce que c'est le chaînon qui nous manque actuellement pour mener le projet à terme.


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