Par Ali CHAABANE* J'ai appris avec malaise la décision du ministère de l'Education de supprimer le concours du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement secondaire (CAPES) dans sa forme quasi universelle basée sur des critères scientifiques et techniques, cédant ainsi à la pression populaire. De nouveaux critères qui, de mon point de vue, sont injustes et non crédibles pour recruter des professeurs valables et compétents. Je suis d'avis que le recrutement des professeurs du secondaire ne doit en aucun cas tenir compte de considérations sociales, économiques ou régionales. Enseigner, messieurs, n'est pas un métier comme les autres, c'est une véritable passion que chaque futur enseignant doit découvrir en soi depuis son plus jeune âge. Enseigner c'est un art complexe, difficile, qui exige souplesse et autorité. Un professeur n'est pas un fonctionnaire comme un autre, qui perçoit un salaire à la fin du mois, mais c'est plutôt quelqu'un qui, doué d'un sens d'écoute et de dialogue, de disponibilité et de patience,est constamment en mesure d'éveiller et de développer les aptitudes de l'apprenant. C'est quelqu'un qui doit avoir des qualités innées de créativité, d'enthousiasme, d'aptitude à la polyvalence et une capacité d'intervention immédiate et efficace. Je suis pleinement persuadé que le recrutement d'un professeur doit être fondé uniquement sur des critères purement pédagogiques et scientifiques. Les nouveaux critères reposant sur des considérations en partie sociale et économique risquent, non seulement de défavoriser les lauréats, mais aussi de recruter des candidats qui ne manifestent pas la motivation requise pour réussir la classe. Je suis tout à fait convaincu que les nouveaux critères favorisent les anciens (date d'obtention du diplôme) et les plus âgés, mais je suis encore plus convaincu que pour former de bons enseignants et par conséquent de brillants étudiants, il faut que le professeur soit doué d'un savoir-faire pédagogique et scientifique sans limites, une grande capacité d'attention, de persuasion, de bons réflexes et une bonne résistance. Cette façon de recruter incite ceux qui ont, depuis plusieurs années, quitté la faculté et qui se sont fait leurs petits projets, de refaçonner leur avenir et de saisir cette nouvelle occasion qui leur a été offerte pour réaliser leur rêve d'intégrer la Fonction publique. Or ce sont les plus anciens et favoris qui sont effectivement les moins adaptés à la classe. La question mérite sûrement une consultation élargie et un dialogue entre les différents partenaires de la société civile ,auprès des étudiants et du corps pédagogique afin de garantir l'équité et la transparence mais surtout l'aptitude à une vie professionnelle réussie pour que les générations futures ne soient pas lésées dans leur formation et que la crédibilité du système éducatif ne soit pas ternie. Pour terminer j'aimerais dire à tout candidat voulant se présenter à ce concours, que vous remplissez pleinement ou partiellement les critères arrêtés de recrutement, ne vous lancez pas dans cette expérience si vous n'êtes pas doté des qualités sus-indiquées, car la classe n'est pas un bureau derrière lequel vous pouvez vous cacher, mais un plateau dont vous êtes le principal acteur constamment regardé, sollicité et interrogé. Vous n'avez droit à aucune faute de n'importe quelle nature… sinon votre classe risque de vous conduire très vite… loin très très loin…