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Free-lances ou prête-noms de partis ?
Transition démocratique : J-5 - Enquête : candidats indépendants
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 10 - 2011

Un Tunisien sur mille est candidat à la Constituante. Phénomène plus saisissant, sur les 11.686 candidats, ils sont plus de cinq milles "indépendants"… à faire irruption dans le nouveau paysage politique. Qui sont ces candidats d'un nouveau type et quels sont leurs profils et leurs ambitions‑? D'où vient ce raz-de-marée des candidatures indépendantes et jusqu'où va-t-il ? S'agit-il d'une rupture profonde avec la logique politique en place, d'une véritable force face aux machines à élections que sont les grands partis, ou d'une simple poussée conjoncturelle…? Notre enquête.
Difficile de dire vraiment qui ils sont tous ni d'où ils viennent en majorité. Ce n'est pas pour la seule raison déontologique qu'on n'identifiera pas les candidats indépendants aux élections de l'Assemblée nationale constituante, mais c'est aussi parce qu'ils se comptent par milliers d'individus et par centaines de listes. Ils sont plus de cinq mille répartis sur six cent cinquante cinq listes. Et les listes restent muettes. Elles ne donnent pas la couleur, ne dévoilent pas l'appartenance, ne dessinent pas le profil. Il y a à peine des noms et des logos, ressemblants pour la plupart, insolites parfois. Toutefois, il y a dans les statistiques générales de l'Instance indépendante pour les élections matière à cerner un tant soit peu les contours des listes indépendantes.
Du côté des indépendants, on est majoritaire à Jendouba, plus jeunes que dans les listes partisanes, avec moins de femmes têtes de liste et une majorité d'enseignants…
Les indépendants sont plus nombreux à Jendouba que partout ailleurs en Tunisie. A elle seule, cette circonscription enregistre le taux le plus élevé de listes indépendantes (58%), loin devant une moyenne générale de 43% et loin devant la circonscription voisine de Béja qui connaît le taux le plus faible‑: 29 %. Hasard ou motivations objectives d'un Nord-Ouest profond qui décide de se prendre en main, il faudra un travail de sociologue pour y répondre.
Autre réalité à prendre en compte‑: il y a, contre toute attente, moins de femmes têtes de listes indépendantes qu'il n'y en a à la tête des listes partisanes. Elles ne représentent que 3%, contre 7% pour ces dernières, avec ce record chez les coalitions où les femmes têtes de liste représentent 35 %...
On note par ailleurs un léger coup de jeune du côté des candidatures indépendantes où l'on est sensiblement plus " frais " que dans les listes partisanes. 7% des indépendants ont moins de 30 ans (contre 3,5% dans les listes des partis), 25,9 % ont entre 30 et 40 ans, 32,7% ont entre 40 et 50 ans, 24,1% entre 50 et 60 ans, 10,3% ont plus de 60 ans (contre 13,3% dans les listes partisanes et 17,6% dans les coalitions).
Tout comme du côté des partis et des coalitions, les indépendants têtes de liste viennent majoritairement du milieu de l'enseignement‑: sur 655, ils sont 134 professeurs, 33 instituteurs et 6 inspecteurs. Ils sont suivis par les avocats : 54, les médecins : 21, les ouvriers et les agriculteurs : 14, les notaires‑: 5, les chefs d'entreprise‑: 13. Ils sont vaguement 49 directeurs et 288 autres professions…
On ne sait pas de quelle idéologie viennent les noms des listes, mais on attribue aux mouvances islamistes le registre des valeurs morales comme vertu, chasteté, pureté, miséricorde et aux dérivés de l'ex-RCD la récurrence des thèmes de la réconciliation et de l'avenir…
Avec des noms qui sonnent comme des slogans ou des programmes, il est évident que l'appellation d'une liste indépendante autorise ses baptiseurs à en dire un peu plus long sur son intention que dans la marque exiguë d'un parti. Parcourir les centaines de dénominations plus ou moins ressemblantes ou abracadabrantes, banales ou fantaisistes, permet de les classer schématiquement en quelques grandes catégories : les loquaces, les cocasses, les poétiques, les rêveuses, les ambitieuses, les lucides, les moralisatrices…
A l'épreuve des thématiques invoquées, cela donne : la constitution, les régions, l'égalité, la liberté, la justice, la dignité, la démocratie, la citoyenneté, la compétence, le consensus, la volonté du peuple, la voix des jeunes, la voix de la révolution, la fidélité aux martyrs, la modernité, l'avant-gardisme, l'espoir, l'optimisme, la délivrance, la sécurité, l'unité, la paix, le travail, la science, la réforme, la clarté, la prospérité, le progrès, l'innovation, la créativité, la sincérité, la fierté, la diversité, l'avenir prometteur et les lendemains meilleurs…
On ne sait pas toujours de quelle assise idéologique ou de quelle couleur politique originelles viennent ces dénominations qui ne sont pas toujours aussi "indépendantes" qu'elles le revendiquent. Mais on attribue particulièrement aux mouvances islamistes le registre des valeurs morales, où l'on peut croiser la vertu, la chasteté, la pureté, le Bien, la miséricorde, la sagesse, la confiance, mais aussi la récurrence du couple justice et développement, les thèmes de la solidarité, de l'authenticité et de l'identité… Aux héritiers du parti unique, on attribue notamment la récurrence des thèmes de la réconciliation et de l'avenir… Mais là aussi, il n'y a rien de tangible ni d'écrit.
Les éléments de la nature ne sont pas en reste dans les appellations des listes indépendantes, où l'on rencontre le soleil, l'aube, le printemps, le jasmin, les roses, l'hirondelle, les étoiles… Autant de poésie, autant d'aspiration et d'engagement, de justes causes et de promesses évasives nés d'anciennes frustrations et de nouvelles possibilités formulées toutes dans la fièvre encore innommée de l'après-14 janvier… Un janvier qui a donné nom à bien des listes allant du 14 au 18 en passant par le 15 et le 16…
"Je suis un faux indépendant, je crois beaucoup aux partis pour construire la démocratie. Mais à ce stade, il n'y en a pas encore qui portent de vrais projets ; ce sont les indépendants qui vont recréer le lien entre l'électorat et l'élite politique." Un indépendant anonyme.
M. X est tête d'une liste indépendante à Jendouba, circonscription qui totalise 27 listes indépendantes contre seulement 19 listes de partis. Au cours d'un entretien téléphonique, sous le couvert de l'anonymat, on lui demande de se présenter et il se définit ainsi : "Je suis un faux indépendant. Je crois beaucoup aux partis pour construire la démocratie. Malheureusement, en cette période, nous sommes contraints à emprunter cette voie des candidatures indépendantes parce qu'il n'existe pas de partis dans le sens vrai du terme, avec des programmes et un projet..."
A quoi sert-il alors d'être indépendant ? " J'ai fait cette liste pour être dans le sujet : proposer un programme qui a une relation avec la Constitution", répond notre candidat, qui ajoute : " J'ai choisi de m'inscrire dans une logique régionale. J'ai pris sur moi de défendre tout le Nord-Ouest dans la perspective de la nouvelle division géographique. Nous nous engageons dans un processus très long ; celui de recréer la vie politique. Nous commençons par une sorte de réseautage. Cela permet de recréer le lien entre l'électorat et l'élite politique, de créer une dynamique. Les gens vont voter pour ceux qu'ils connaissent…"
Mais d'où vient notre candidat‑? "Je suis un militant de gauche, je viens d'un parti. Mais, aujourd'hui, la bataille n'est plus idéologique. On ne peut rester trop élitiste, en rupture avec le peuple, empêtré dans le médiéval... On a besoin de modernité. Le peuple est civilisé et jusqu'au fin fond des régions, on a des gens qui sont en avance sur les élites…
Indépendant jusqu'où et jusqu'à quand‑?" Pas pour toujours, pas pour longtemps ! promet notre candidat. Je réintégrerai au plus tôt un parti ou j'en créerai un. Les indépendants les plus indépendants se doivent de créer des partis ou de faire partie d'anciens partis. L'essentiel est d'être indépendant dans la pensée. Je ne m'impose pas de frontières, ni de grilles. Et citant Churchill, il termine : "Si j'ai eu un cœur à 20 ans, je dois tout de même garder ma tête après 40…"
"Le scrutin de liste donne la liberté aux candidats, quels qu'ils soient, de se présenter. Il permet la représentation proportionnelle de toutes les composantes de la société. Le problème est qu'on ne connaît pas les indépendants ; il y a ceux qui sont déçus par leurs partis, il y a ceux qui cachent bien leur appartenance…", Hafidha Chekir, juriste.
Pour les observateurs du paysage politique tunisien, le phénomène des indépendants est à prendre en considération. Il ne vient pas de nulle part. Il trouve sa première raison dans le mode de scrutin choisi pour les élections de la Constituante. Hafidha Chekir en convient. Elle est maître de conférences, professeure de droit à l'Université de Tunis, et membre du comité des experts de la Haute Instance qui a eu la charge d'élaborer le code électoral. "Le scrutin de liste – la représentation proportionnelle — ne précise rien quant aux indépendants, aux partis ou aux coalitions. C'est juste qu'il donne la liberté aux candidats quels qu'ils soient de se présenter. Il ouvre la scène politique au plus grand nombre et permet la représentation de toutes les composantes de la société; les femmes, les jeunes… Il favorise la parité et l'alternance. Il ne donne pas une majorité écrasante à une liste, mais donne un éventail de représentations où le plus fort reste… Malheureusement, cela n'a pas donné autant de femmes têtes de liste qu'on l'espérait. En revanche, il y a eu ce phénomène des listes indépendantes qui s'explique aussi par le désengagement vis-à-vis des partis traditionnels".
Une chance de voir la sphère politique se connecter à la réalité des citoyens. Mais les candidats indépendants ont-ils leur chance face aux machines à élections que sont les grands partis politiques ? "C'est certes un phénomène à prendre en considération, répond la juriste, mais cela pose aussi problème car on ne connaît pas les indépendants ni leurs positions. Il y a ceux qui sont réellement indépendants, ceux qui ont été déçus de leurs partis, ceux qui cachent bien leur appartenance, par exemple les dérivés du RCD et d'Ennahdha. Les vrais indépendants vont être marginalisés car les électeurs vont voter utile… Les gens crédibles que l'on connaît ne sont pas forcément ceux pour qui l'on vote…"
"La démocratie ne peut pas fonctionner avec les indépendants. Elle a besoin de stabilité. C'est un métier. Alors que les indépendants n'ont souvent qu'une expérience politique individuelle qu'ils font valoir en dehors d'un parti, mais ils n'ont de comptes à rendre à personne et risquent de perturber le jeu politique qui a besoin de pesanteur", Hamadi Rédissi, politologue.
Autre lecture du côté de Hamadi Rédissi. Il est professeur de sciences politiques et président de l'Observatoire tunisien de la transition démocratique. Il soutient : "Le phénomène des indépendants a une histoire en Tunisie. Il date des années 70 à 80. C'est l'effet immédiat d'une situation antérieure où les partis perdent leurs bases sociales en raison de la chape de plomb. Les gens ne veulent plus s'organiser dans les formations traditionnelles à responsabilité historique, car il y a moins de risque politique à revendiquer qu'on n'a pas vocation à prendre le pouvoir. L'indépendant, c'est souvent quelqu'un qui se considère plus grand qu'un parti…". Cependant, pour le politologue, si le phénomène des indépendants est compréhensible, la démocratie, elle, se fait encore et toujours entre les partis et non pas entre les personnalités fortes‑: "…Les indépendants n'ont souvent qu'une expérience politique individuelle qu'ils veulent capitaliser et faire valoir en dehors d'un parti, mais ils n'en ont ni l'expérience ni les moyens…"
Notre politologue cite quelques familles d'indépendants : les notabilités régionales, bien présentes cette fois dans le Nord-Ouest et le Sud. Dans certaines régions, les notables ont d'autant plus de chances que les partis. Ils ont d'autant plus de poids que la révolution est partie des profondeurs des régions. Il est, par ailleurs, des indépendants qui émergent et interviennent dans le débat avec une vision de sage. Il en est qui ont une formation universitaire et disposent d'un pouvoir réel sur l'économie de la région, le commerce, l'industrie. Il y a des ingénieurs et des médecins… "Les indépendants, c'est un phénomène qui ne disparaîtra jamais. Mais tout compte fait, ce n'est pas bon pour une démocratie qui se veut stable de compter sans les grandes formations. Les partis, ce sont les organisations professionnelles alors que les indépendants sont les dilettantes et les amateurs. Il est de la particularité de la politique d'être formée à l'intérieur des structures partisanes; véritables excroissances de l'Etat".
Il n'empêche que, sur le terrain, le mouvement indépendant est plein d'ambitions en cette veille d'élections. Il y a ceux qui briguent juste un rôle clé dans la rédaction de la Constitution et s'interdisent toute ambition politique au-delà. Il s'agit d'intellectuels, d'universitaires et de juristes militant pour un projet de société moderniste que doit contenir notre future Constitution. Ils se veulent en rupture avec la logique politique en place. Ils se définissent comme échappant aux guerres idéologiques et partisanes et travaillant pour le seul intérêt du pays. Le dernier sondage de l'Observatoire de la transition démocratique montre que les indépendants représentent à quelque 31% la tendance politique majoritaire souhaitée… Au nom de l'ancrage démocratique, vont-ils durer ou intégrer les grands partis ? Au soir du 23 octobre, on en saura quelque chose.


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