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Au fil d'un jour de vote
Dimanche le 23 Octobre
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 10 - 2011

Il est six heures trente. Tunis s'éveille plus tôt que d'habitude. La météo est du côté des électeurs, des candidats et des organisateurs du premier vote libre jamais connu par la Tunisie. Le soleil se lève à peine mais il n'est visiblement pas de grasse matinée en ce dimanche pas comme les autres où voitures personnelles, transports en commun et piétons habitent déjà les grandes artères et les petites rues. L'animation va crescendo à mesure que les minutes s'égrènent et que les centres défilent. Sur notre chemin, ils arborent le même drapeau national qui frémit au contact de la brise matinale, les mêmes équipes de militaires et de forces de sécurité, les mêmes files déjà en place de personnes et des voitures en stationnement.
Il est sept heures quinze, dans un bureau de vote d'une périphérie du centre-ville. A quinze minutes à peine de l'Avenue Bourguiba, une école primaire au nom de sa rue, «école rue de la Somme», appelée ainsi au dernier baptême d'avant l'indépendance. La rue et l'école font le lien entre le quartier résidentiel de Bellevue et le quartier populaire de Dubosville, concentration périurbaine connue pour son fort taux d'exode. Très tôt, les habitants des deux rives se sont croisés devant l'école dans une file qui s'est allongée bien avant l'ouverture du bureau. Sur un mot d'ordre lancé par on ne sait qui et d'un commun accord, la file s'est scindée en deux à l'intérieur de la cour d'école. Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre avec une voie de salut au juste milieu pour les personnes âgées, les femmes enceintes et les handicapés.
Sur un youyou fusant d'on ne sait où, la première femme qui quitte le bureau de vote, agitant un index bleu indigo, est accueillie avec des félicitations pour un vote; un «mabrouk al intikhab !» qui sonne comme un cri de nouveau-né.
Il est neuf heures trente. L'ambiance bon enfant du petit matin commence à fondre au soleil. Les files s'allongent indéfiniment devant les trois bureaux de vote que compte l'école. Toutes se ressemblent : à l'œil nu, on y voit un peu moins de femmes que d'hommes et beaucoup plus de personnes âgées que de jeunes. La file du milieu est particulièrement investie. Elle avance plus rapidement, priorité aux plus âgés oblige. Par ailleurs la lenteur d'avancement des files commence à user de la patience. Les nerfs se tendent. Mais très vite, l'on se raisonne, se sermonne, se redonne raison d'attendre. Il faudra plus de cela pour faire revenir les centaines d'électeurs réunis dans cette cour d'école sur leur décision de voter, de prendre part à leur toute première expérience électorale. Alors on se remet à causer de tout sauf de ceux qu'on vient élire, réserve oblige. Les voix s'élèvent mais ne s'accordent à personne ici encore. Qui a dit que ces Tunisiens n'ont jamais voté ?...
Il est onze heures. Un intérieur de bureau de vote comme un autre, avec son président, ses membres et ses observateurs et au retour de l'isoloir, son urne. Il faut bien plier son bulletin sur son secret avant de le glisser dans la trappe entrouverte. Acte décisif d'une pièce encore longue. A la sortie du bureau, les têtes de file avancent. L'émotion gagne et la longue attente est un souvenir déjà loin. Pas pour ceux qui occupent les queues de file, encore moins ceux qui affluent encore à la porte de l'école. Dehors, les enfants font la fête. Ils sont interdits d'école. A bord d'un véhicule arborant une grosse calligraphie noire aux lettres d'Allah , un groupe de jeunes scandent le nom d'un parti aux oreilles de qui veut s'en souvenir dans le recueillement de l'isoloir... D'autres jeunes non inscrits remontent la pente qui mène vers l'école. Ils ne s'étaient pas inscrits sur les listes volontaires, mais ils viennent de prendre connaissance de leur bureau de vote et leur numéro via un SMS de la dernière chance... Pour eux, il n'est jamais trop tard.
Il est midi. Au Palais des Congrès de Tunis, les membres de l'Isie donnent la première conférence de presse de la journée, où ils livrent les données préliminaires sur une matinée électorale à l'origine de toutes les surprises. Pas de taux qui le confirment, mais aux derniers témoignages reçus dans leur salle d'opération, les bureaux de vote du Nord au Sud et d'Est en Ouest de la Tunisie accueillent les mêmes populations résolues à voter, vivent la même affluence qui dépasse déjà toutes les attentes. Si au vu de cette affluence, il sera décidé de prolonger les heures du vote et de retarder la fermeture des bureaux fixée à dix neuf heures, la réponse se fait négative et ferme. L'Isie ne jouera pas les prolongations. D'autant qu'à ce stade, «les files restent disciplinées et les problèmes tout à fait gérables».
S'il n'est pas encore possible d'avancer quelque taux de participation à l'intérieur du pays, ceux enregistrés à l'étranger commencent à pointer. Contre une moyenne mondiale de participation d'électeurs vivant loin de leurs pays généralement située entre 10 et 15%, le vote des Tunisiens à l'étranger se situe déjà autour d'un record de 40% et pourrait même atteindre 50%. Dans la circonscription de France 1, il avoisinerait les 70%.
Il est dix-sept heures. Au Palais des Congrès, le centre de presse affiche comble. Sur les deux mille journalistes accrédités à travers le pays (900 étrangers et 1.100 Tunisiens), beaucoup attendent les dernières nouvelles sur les taux de participation et pourquoi pas le scoop sur quelques résultats. Le président de l'Isie n'en donnera pas vraiment lors de son dernier point de presse. C'est un appel à la responsabilité qu'il lance en direction des partis et des listes. Les rumeurs circulant depuis ce matin et les rapports des observateurs confirment des irrégularités qui se résument au non-respect du silence électoral, à l'usage de différents moyens pour orienter les choix des électeurs, à la diffusion de messages, à l'intimidation des électeurs; «une intimidation soft», rassure cependant le président de l'Isie... Et même si ces dépassements sont sans impact réel sur le cours des élections et ne touchent aucunement à leur crédibilité, l'Isie ne manquera pas de réagir selon le niveau de l'irrégularité et d'en référer à la justice le cas échéant. Partout le vote se poursuit dans une affluence visiblement record mais encore impossible à chiffrer. Techniquement, cela se justifie par l'affluence qui aura empêché les membres des bureaux de décompter et de communiquer les taux de participation. Un chiffre est cependant avancé : 90% des inscrits volontaires auraient voté, selon les données fournies par certains bureaux où le vote a pris fin. Pour la majorité des autres bureaux, il est toutefois prévu que le vote se poursuive quelques heures après la fermeture. L'affluence n'est pas moindre du côté des centres spéciaux et des bureaux des non-inscrits.
Parler des résultats relève à cette heure-ci de l'impossible. Il faudra attendre les opérations de dépouillement et de collecte. Elles se passeront toutes les deux en présence d'observateurs, de journalistes et de représentants de listes et seront clôturées par des PV. Ces opérations s'avèrent longues, le dépouillement peut durer toute la nuit et la collecte est manuelle. «Reste que pour l'Isie, l'heure n'est pas à l'urgence autant qu'elle est à la précision»...
Il est vingt-deux heures. Outre quelques rumeurs et quelques chiffres circulant sur les réseaux sociaux, rien de précis n'est encore communiqué. Il faudra attendre cette journée de lundi pour que des résultats partiels soient publiés peu à peu à partir de centres de vote et de circonscriptions. Mais pour le président de l'Isie, il n'y aura pas de résultat global et officiel en dehors de l'Isie et avant mardi après-midi.
A la sortie du Palais des Congrès, la nuit s'avère longue. Les derniers électeurs viennent de rentrer et les derniers bureaux de vote ferment leurs portes sur une nuit de décompte. Dans les sièges et les QG de campagne de beaucoup de partis, on s'apprête à veiller et dans certains centres de collecte, on est déjà demain...


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