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Faire des économies pour l'économie
Conjoncture
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 12 - 2011

Sous d'autres cieux, le pouvoir d'achat des citoyens fait partie des lignes rouges auquelles les décideurs ne doivent pas se frotter. Il est même défendu par les pouvoirs publics, non pas pour faire de la propagande pure et simple dans le cadre d'un agenda politique, mais par conscience que du pouvoir d'achat dépendent beaucoup de choses, entre autres, le maintien de la consommation, l'un des principaux moteurs de la croissance, mais surtout du bien-être des citoyens, source de motivation, de fierté et d'appartenance. Ce n'était pas le cas en Tunisie, du moins jusqu'avant la révolution, où tout le monde se plaignait de la dégradation du pouvoir d'achat, de la cherté de la vie et des difficultés de plus en plus insurmontables à subvenir à ses besoins. Inutile de rappeler qu'en partie c'était dû aux crises internationales successives, car sous nos regards, les personnes qui menaient des vies de prince devenaient de plus en plus nombreux, les derniers jours de «l'ère nouvelle ». Inégalités donc de répartition des revenus.
Dix mois après le soulèvement, et comme si on n'a rien appris de tout cela, l'opinion publique a été soudainement bombardée par l'annonce de l'intention du législateur de prélever quatre jours des salaires des employés dans le secteur public comme dans le secteur privé pour l'exercice 2012. «Aberrant!», «Injuste!», «Impossible !» «On n'en peut plus !», etc. Les réactions à cette mesure sont loin d'être favorables notamment dans les rangs des travailleurs. «Solution facile !», «Mesure à la Ben Ali !», «Que va-t-on nous infliger encore ?», se prononcent certains acteurs relativement politisés, contrairement à certains autres qui se veulent défenseurs de l'intérêt du pays et qui considèrent que le trou dans le budget doit être comblé par les Tunisiens eux-mêmes pour éviter le recours à l'endettement, déjà critique. Or il y a lieu de s'interroger s'il existe d'autres alternatives pour éviter de combler ce trou dans le budget de l'Etat par le creusement d'une faille dans le budget familial.
Après la chute de Ben Ali, plusieurs entreprises et participations de la «famille mafieuse» ont été reprises par l'Etat, sans compter les fonds gelés à l'étranger. Pourquoi ne pas transformer ces biens en actions et les mettre à la disposition des petits porteurs, de sorte à dynamiser la Bourse et les transformer en ressources budgétaires ? C'est le moment ! Pourquoi ne pas songer à une sorte d'endettement intérieur de l'Etat, du moment où de nombreux ménages stockent les billets dans des coffres forts. Pourquoi ne pas procéder à un système d'avance sur impôt déductible sur l'impôt sur les revenus et l'impôt sur les sociétés des années futures, moyennant des incitations, bien sûr ? Pourquoi ne pas procéder à la vente à des Tunisiens de certains domaines de l'Etat, jusque-là inexploités. Pourquoi le pauvre salarié doit-il toujours payer pour un confort infect de l'Etat et sans rien encaisser en retour. Enfin, pourquoi ne pas procéder à un plan d'austérité, qui limite les dépenses inutiles et le gaspillage de l'Etat et sensibiliser tous les Tunisiens à faire des économies jusqu'à ce que l'économie régénère ses forces ? N'est-ce pas en faisant des économies que l'économie peut retrouver son essor et sa prospérité ?
A méditer.


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